‹ De l'Hystérie chez les enfantsChapitre 23 sur 34 · SYMPTOMES INTERMÉDIAIRES AUX ATTAQUES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES INTERMÉDIAIRES AUX ATTAQUES

Troubles de la sensibilité. — Les troubles de la sensibilité jouent un rôle considérable dans la symptomatologie de l’hystérie et ils viennent souvent éclairer un diagnostic resté obscur avant leur constatation.

Ces troubles sensitifs peuvent être de deux sortes. Tantôt c’est une diminution considérable de la sensibilité pouvant aller même jusqu’à la disparition complète de celle-ci : c’est l’anesthésie. Dans d’autres cas, au contraire, on a affaire à une exagération de cette faculté : c’est l’hyperesthésie.

Anesthésie. — L’anesthésie est un des troubles de sensibilité que l’on rencontre le plus fréquemment chez les jeunes hystériques. On peut dire qu’elle a chez eux la même valeur diagnostique que chez l’adulte. Cette anesthésie peut porter sur tous les modes de sensibilité à la fois ou n’intéresser que l’un quelconque de ces modes à l’exclusion des autres. C’est ainsi qu’il arrive fréquemment que la piqûre et le pincement n’étant pas perçus dans une région du corps, le simple contact est nettement senti au même

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endroit : il en est de même de la sensibilité à la chaleur Si, sur une région où la piqûre et le pincement n’ont déterminé aucune réaction, vous promenez un morceau de glace, l’enfant réagira très bien, indiquant le froid perçu.

Cette variété d’anesthésie est l’analgésie. C’est elle qui est de beaucoup la plus fréquente.

Le plus souvent, la peau seule est atteinte, car si une complication articulaire, par exemple, survient dans le cours de l’anesthésie, des douleurs très vives, ayant pour point de départ l’articulation, peuvent en être la conséquence, la peau, à l’endroit même le plus douloureux, restant insensible à la piqûre et aux pincements. Il peut arriver qu’un enfant en jouant se donne une entorse, par exemple. La pression au niveau des ligaments déchirés déterminera une vive douleur ; mais si la peau de la région, était le siège d’une anesthésie avant la chute, cette anesthésie persistera, et, làoû vous ne pouvez exercer une pression sans faire sauter le malade, vous pourrez tirailler, traverser la peau avec une épingle sans que l'enfant s’en aperçoive s’il a les yeux fermés.

L’anesthésie se distribue de façons différentes sur la surface du corps.

Son mode de répartition le plus fréquent chez l’adulte est l’hémi-anesthésie. On l’observe peut-être un peu moins fréquemment, chez l’enfant que chez l’adulte. Dans le jeune âge, ce sont surtout les plaques d’anesthésie qui se rencontrent fréquemment. Cependant l’hémi-aneslhésie n’est pas rare chez l’enfant, et dans les observations que nous avons rapportées dans ce travail, elle y est assez fréquemment noté,-. Dans ces cas, toute une moitié du corps est le siège de

l’anesthésie, et une ligne verticale allant du vertex à la symphise pubienne et se prolongeant entre les deux membres inférieurs, établit la limite entre la moitié sensible et celle qui ne l’est pas. Généralement, s’il existe un point hystérogène, l’hémi-anesthésie se trouve du même côté que celui-ci.

11 est à remarquer que cette lésion passe le plus souvent inaperçue $ux yeux du petit malade. Dans ses jeux, il se heurte violemment sans s’en douter, aux objets qui l’environnent, et on l’étonne souvent en lui montrant son côté insensible couvert d’ecchymoses dont il lui est impossible d’expliquer la provenance. Même remarque avait du reste été faite pour l’adulte.

L’hémi-anesthèsie ne reste pas toujours localisée chez le même sujet au côté du corps qu’elle avait tout d’abord envahi. On là voit passer fréquemment du côté opposé, le côté primitivement atteint recouvrant sa sensibilité.

Le phénomène peut s’observer spontanément, mais certains agents ont le pouvoir de le provoquer. C’est ce que l’on a appelé les agents esthésiogènes. Les principaux sont les aimants et l'électricité, et parmi les différents modes d’électricité, c’est à l’électricité statique qu’il faut donner la préférence. Sous leur influence, on voit l’anesthésie quitter la moitié du corps envahi, repasser sur l’autre moitié et si l’on continue l’expérience, on voit le phénomène se reproduire en sens inverse de sorte qu’au bout d’un certain temps, on a assisté à une série d’oscillations de la sensibilité ; si alors on cesse l’expérience, ou voit l’anesthésie, après un temps variable, mais généralement très court, repasser du côté qu’elle avait primitivement choisi pour s’y

établir. Mais si l’on a la patience de renouveler fréquemment les expériences, on constate le plus souvent que cette anesthésie revient à son ancien siège de plus en plus tardivement, it un jour arrive où elle disparaît complètement. Certains métaux appliqués sur la peau du sujet déterminent les mêmes phénomènes.

Nous rapportons dans l’observation du jeune Lam.. un bel exemple de celle propriété de l’hémianesthesie d etre influencée par les agents esthésiogènes. Le jeune sujet était hémianesthésique droit. Après différentes expériences dans lesquelles les oscillations de la sensibilité furent fréquentes, le retour à l’étal normal demeura définitif.

La peau du côté anesthésié est souvent le siège d’une ischémie notable, ce qui explique qu’on puisse la piquer et la traverser sans déterminer d’écoulement de sang.

Au lieu de se répartir sur une moitié du corps, la perte de la sensibilité peut se localiser sur des points différents de la surface cutanée. On observe alors des plaques d’anesthésie disséminées ça et là sur le tégument externe. Il n’est guère possible d’assigner des régions de prédilection à ces zones. Elles varient avec chaque sujet, et sur le même enfant, elles changent d’un jour à, l’autre. Ce mode de répartition de l’anesthésie, que 1 on rencontre chez l’adulte moins fréquemment que l’hémianesthésie, est très fréquent dans le jeune âge. Il semble qae ce soit par ébats séparés que l’anesthésie commence à élire domicile chez le malade et que, peu à peu, les régions envahies grandissent à la façon d’une tache d’huile, les intervalles de peau saine devenant de plus en plus restreints, l’hémianesthésie se constitue peu à peu. Ce qui

semble corroborer cette manière de voir, c’est qu’il arrive souvent qu'après avoir observé un entant qui présentait pendant un certain temps des zônes d’anesthésie éparses ça et là, on voit de jour en jour ces plaques se cantonner à un côté du corps, puis s’étendre et enfin, se rejoignant, constituer Phémianeslhèse. Quoi qu’il en soit, il faut retenir que ces plaques sont susceptibles de se déplacer et chaque examen donne le plus souvent un résultat spécial, différent des précédents.

Enfin, l’anesthésie peut être générale, c'est-à-dire occuper la totalité du corps. Celte forme, que l’on rencontre assez fréquemment chez les hystériques adultes, est très rare chez les enfants.

Nous n’avons pas parié dans cette étude de l’anesthésie des jeunes hystériques, des troubles de sensibilité pouvant affecter les organes du sens. Cependant, l’anesthésie peut les atteindre également. Le goût, l’ouïe, l’odorat peuvent être frappés d’insensibilité ; cependant, le plus souvent, un seul côté est pris. Dans ces cas, une oreille n’entend plus les bruits que l’on fait autour du petit malade ; si l’on ferme la narine saine, il ne perçoit plus les odeurs. Si l’on dépose sur la moitié de la langue, siège de l’anesthésie, des substances sapides, elles ne sont pas goûtées.

Quant aux troubles de la vue, ils ont une importance capitale et nous y insisterons un peu plus.

Amblyopie. — L’amblyopie se rencontre fréquemment chez les jeunes hystériques, elle peut être passagère ou permanente. Généralement, lorsqu’elle n’est que passagère, son ai rivée annonce une attaque prochaine. Lorsqu’elle est permanente, les malades se plaignent de voir tous les

objets et les personnes qui les environnent comme à travers un brouillard. Elle est rarement double et lorsqu’elle ne frappe qu’un côté, c’est celui qui est anesthésique qu’elle choisit de préférence ; quand elle est double, son intensité va rarement jusqu’à faire perdre la vue aux petits malades. L’amaurose hystérique dans le jeune âge n'a point encore été signalée, à notre connaissance du moins.

Dyschromatopsie. — La dischromatopsie est un phénomène ordinaire de l’hystérie infantile. Elle existe rarement sans troubles de la sensibilité générale. Lorsqu’elle ne frappe qu’un œil, le sujet ignore souvent celte complication, l’œil sain suppléant le plus souvent, mais si ces deux yeux sont atteints, la distinction des couleurs devient très difficile. La première couleur qui disparaît est le violet, puis le vert, le rouge est celle qui persiste le plus longtemps et sa perception nette est encore passible alors que toutes les autres nuances se fondent en un gris uniforme pour le petit malade.

Achromatopsie. - Ce trouble pour la vision des couleurs peut aller en augmentant, si bien, qu’il peut arriver un moment où les couleurs ont toutes disparu pour l’enfant. Tout autour de lui, il ne voit plus que des objets, des visages estompés d’une teinte légère d’une désespérante uniformité. C’est l’achromatopsie. Comme pour la dischromatopsie, lorsque l’achromatopsie ne frappe qu’un œil, l’autre supplée parfaitemement à la vision des couleurs et il faut que les deux yeux soient atteints pour que l’acbromatopsie présente le tableau que nous venons de tracer.

Rétrécissement concentrique du champ visuel. Le

symptôme a, chez l’enfant, une valeur considérable : ,on peut même dire qu’il est pathognomonique de l’hystérie. En tous cas, son importance est beaucoup plus grande chez l’enfant que chez l’adulte. On sait, en effet, que le rétrécissement concentrique du champ visuel esi un ensemble symptomatique, un syndrôme clinique que l’on peut rencontrer dans d’autres affections que l’hystérie. Ces affections sont le saturnisme, l’alcoolisme et les lésions cérébrales en foyer intéressant le carrefour sensitif. Or dans l’enfance, le saturnisme a bien peu de chance de se développer, l’alcoolisme s’y rencontre encore plus rarement, et l’état des artères exclut presque fatalement les lésions cérébrales en foyer. L’hystérie seule reste donc en ligne pour venir donner une explication de ce rétrécissement concentrique du champ visuel observée chez certains sujets.

Comme pour les autres troubles visuels, il peut être unilatéral, et dans ce cas, il existe du côté de l’hémianesthésie. Qu'il soit unilatéral ou bilatéral, il doit toujours être minutieusement recherché au moyen du périmètre, parce que dans un cas comme dans l’autre, le sujet n'a pas le plus souvent conscience de son existence. Ce rétrécissement peut être poussé très loin, et sur une de nos malades, la jeune Marie Dy... le cercle représentant le champ visuel des deux côtés a des dimensions très inférieures à celles d’une pièce de vingt centimes. Chez la petite L..., atteinte de ptosis. paralytique de l’œil droit, le rétrécissement du champ visuel n’existe que du côté droit. Il est double également chez Ëlisa B... et chez Ëlisa F... Chez Lucien P..., il est très marqué à gauche, très peu à droite.

Ce rétrécissement concentrique peut persister très long-

temps, mais il est soumis à des oscillations : il augmente ou diminue, disparaît quelquefois pour revenir ensuite. Il oscille généralement avec l’anesthésie, et comme la plupart des autres troubles visuelsque nous avons signalés plus haut, il est susceptible d’être influencé par les mêmes agents que l’anesthésie. Si celle-ci passe d’un côté à l’autre, le rétrécissement en fait autant et le plus souvent lorsque l’anesthésie disparaît, il diminue peu à peu et on le voit aller rapidement en s’atténuant jusqu’à complète disparition.

Cependant, il peut exister concurremment avec des troubles très légers de sensibilité comme chez Lucien P.... ou même à l’état tout a fait isolé. Il constitue dans ces cas, un puissant moyen de diagnostic.

Toutes les considérations qui précèdent ne se rattachent qu’à la lumière blanche. L’étude du rétrécissement concentrique du champ visuel pour les couleurs n’est pas moins intéressant. Même à l’état normal, le champ visuel est plus étendu pour certaines couleurs que pour d’autres. Le bleu est celle pour laquelle le cercle rétinien est le plus large, puis vient en diminuant le cercle du jaune, de l’orangé, du rouge, du vert et du violet. Sur les champs visuels normaux, ces cercles sont toujours disposés concentriquement dans l’ordre que nous venons d’indiquer (Remarquons, pour faciliter la mémoire, qu’en commençant par le blanc, le plus excentrique, les autres, suivant la lettre qui commence leur nom, sont placés par ordre alphabétique, les uns en dedans des autres).

Or, si nous examinons les champs visuels des jeunes hystériques, nous verrons que bien souvent des interver-

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Rétrécissement concentrique du champ visuel

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sions ont lieu dans l’ordre de concentration de ces cercles. Le rouge est le plus souvent rejeté en dehors, le bleu et le jaune ne formant en dedans de lui que des cercles beaucoup plus petits.

Prenons, par exemple, le champ visuel de la jeune L... A gauche, le champ visuel est normal pour la lumière blanche, mais il n’en est pas de même pour les couleurs. Le cercle du jaune s’est rétréci au point de se rapprocher tellement de celui du vert, qu’il laisse le rouge en dehors de lui ; mais le trouble visuel ne fait que commencer, nous pouvons presque saisir là son processus de formation, car le cercle du bleu, lui, est resté intact et il est encore extérieur à celui du rouge. Examinons maintenant le champ visuel de l’œil malade. Ici, même pour la lumière blanche, le cercle rétinien est diminué. Mais, dans les couleurs, le trouble visuel est aussi plus avancé que de l’autre côté, car dans cet œil, le cercle du rouge se trouve immédiatement à côté de celui du blanc ; celui du jaune et du bleu se sont tellement rétrécis qu’ils l’ont laissé s’extérioriser le plus, contrairement à ce qui devrait exister dans un œil normal.

Chez Élisa B... la même remarque est applicable, mais elle peut s’étendre aux deux yeux : le cercle du rouge a dépassé ceux du jaune et du bleu.

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Observation XVIII

Hystérie chez une enfant de 13 ans et demi. Hémianesthésie gauche. Rétrécissement concentrique du champ visuel. Transposition \du\ cercle du rouge (1).

Elisa B...., 13 ans et demi.

La malade a un frère actuellement âgé de 18 ans, et qui, jusqu’à treize ans, a eu des attaques pendant lesquelles il se débattait très énergiquement, se soulevant de terre, faisant l’arc defcercle, etavant des convulsions clowniques d’une grande intensité. Ces attaques duraient quelquefois une heure, puis des pleurs survenaient et mettaient fin à la crise. Une colère violente était souvent la cause déterminante de ces accidents convulsifs.

Une petite sœur de deux ans aurait eu .aussi des accidents convulsifs.

Un oncle paternel est mort fou après deux ans de séjour à Bicêtre.

La maladie remonte à trois mois. Elisa était placée chez une marchande des halles. Elle se levait à 2 heures et demi de l’après-midi et se couchait à 10 heures du soir. Elle était toute la journée dans les marchés pour vendre.

Elle n’est pas réglée.

Tous les matins au lever, on lui faisait prendre trois à quatre verres de vulnéraire et quelquefois de l’absinthe. Un jour, pendant qu’elle buvait elle a senti des bourdonnements d’oreille, puis est tombée à la renverse, elle a perdu connaissance, mais ne s'est fait aucun mal.

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