‹ De l'Hystérie chez les enfantsChapitre 24 sur 34 · Clinique de M. Charcot · texte numérisé non relu

Clinique de M. Charcot

Le surlendemain elle-a eu douze attaques de nerfs. Elle sent d’abord comme des crampesfdans les pieds, puis une douleur violente k l’ovaire droitf et au creux épigastrique. Les mains se tordent alors et la malade cherche à ’arracher ses vêtements et à se mordre. Elle sent des battements dansfla tempe droite. Le côté droit est toujours plus agité que le gauche.

Dès que son attaque est finie, elle se remet àjouer.

Hémianesthésie gauche permanente.

Pas d’achromatapsie, mais rétrécissement considérable du champ visuel des deux côtés, à!droite surtout.

Chez Lucien P..., le rétrécissement pour la lumière blanche est double ; beaucoup plus marqué à droite. Les cercles de couleurs sont normalement placés à gauche, tandis qu’à droite, le rouge s’est extériorisé comprenant le bleu dans son cercle.

Cette persistance de la rétine à se laisser impressionner par le rouge chez ces jeunes hystériques en des points de sa surface où les autres couleurs ne produisent plus rien est curieuse à relater. Pourquoi cette préférence ? En tous cas, c’est un phénomène de plus que révèle la symptomatologie chez l’adulte et l’enfant, car ces faits sont fréquents chez les hystériques, hommes ou femmes, adultes.

Du reste, il ne faut pas croire que cette transposition du cercle des couleurs soit constante. On peut observer des rétrécissements considérables du champ visuel sans transposition de ces cercles. Tel est le cas d’Elise F...

Hyperesthésie. — L’hyperesthésie est l’exagération de la faculté de sentir. On la rencontre fréquemment dans le cours de l’hystérie infantile. 11 y a plusieurs modes de sentir, d’où plusieurs sortes d’hyperesthésie. L’hypéresthésie à la douleur porte plus spécialement le nom d’hyperalgie. C’est elle qu’on trouve le plus souvent. Elle est disséminée par plaques sur toute l’étendue de la surface du tégument et ces plaques ont été désignées sous le nom de zône hystérogène.

Zones hystérogènes. — On a désigné sous ce nom des régions du corps, en général Irès circonscrites, au niveau desquelles une pression plus ou moins forte produit, dans un temps variable, en totalité ou en partie, les phénomènes qui caractérisent l’hystérie etqui jouent le plus souvent et spontanément un rôle important dans 1 aura hystérique.

Ces zones ont des régions de prédilection sur lesquelles il faut toujours commencer à les rechercher lorsqu’on fait une exploration. Ce sont : la région des ovaires chez la petite fille, les régions des fosses iliaques et le testicule chez le jeune garçon. Indépendamment de ces sièges de prédilection, il en existe d’autres en assez grand nombre, mais ceux-ci sont de beaucoup les plus fréquents. Le point douloureux siège tantôt à droite, tantôt à gauche. Il ne nous a pas semblé qu’il eut une sorte de prédilection pour se localiser à gauche comme cela a été signalé chez les adultes. ChezL... l’ovarite existe à droite, chez MarieDg..., également, il en est de même chez Augustine Henriette G... Chez le jeune Albert P. c'est dans le flanc droit que se trouve la zone hystérogène, chez le jeune Lan... la zone douloureuse existe des deux côtés. Elle est localisée à droite chez le petit Lucien P... Les deux fosses iliaques sont douloureuses, la gauche surtout, chez Rouz.... Elisa F... est ovarique gauche. Eu somme, il est difficile de savoir de quel côté la zone hystérogène siège de préférence, et cette notion n’a, du reste, qu'une médiocre importance.

On trouve encore fréquemment des points douloureux le long de la colonne vertébrale, surtout au niveau des 5 8 6° et 7 e apophyses épineuses comme chez Rouz... et Lan... Un de leurs sièges de prédilection est encore le sommet de la tête au niveau de la zone bregmatique (clou hystérique). Les espaces intercostaux en portent souvent ainsi que les régions sus et sous-mammaires. On en rencontre encore dans les flancs. Enfin, et ceux-là sont les plus rares, on en a signalé sur les membres supérieurs ou inférieurs.

Ils paraissent, dans ces cas, siéger de préférence dans le voisinage des articulations, du côté de la flexion, s’éloignant peu du pli articulaire.

Voilà, esquissée à grands traits, ce que l’on pourrait appeler lagéo-

graphie des points hystérogènes que nous avons rencontrés le plus souvent chez les enfants, (l’est la même topographie, on le voit, que cher l’adulte. Comme chez l’adulte, il n’est pas rare de rencontrer plusieurs zones hystérogènes chez le même sujet. C’est ce que nous pouvons remarquer chez le jeune Rouz.qui possède une zone breg-

matique(clou), une rachialgie s’étendant aux cinquième, sixième, septième apophyses épineuses dorsales, un point dans le septième espace intercostal gauche et un symétrique de l’autre côté. Un sixième à la partie supérieure du sternum, deux autres dans les flancs et deux autres enfin dans les fosses iliaques. Alfred Lam... en présente également plusieurs. De même Lucien Per.

La peau, au niveau de ces zones hystérogènes, est souvent insensible au pincement et à la piqûre, mais le frôlement simple en est pénible et la pression la plus légère y provoque des douleurs atroces.

Ces zones sont elles-mêmes et spontanément le point de départ de phénomènes douloureux qui sont quelquefois très tenacés et tourmentent le petit malade d’une façon presque continuelle. D’autres fois, les douleurs sont intermittentes et lorsqu’elles apparaissent elles sont presque toujours les avant-coureurs d’une attaque. Dans ces cas, c’est du point hystérogène douloureux que part l’aura qui ouvre la crise.

Comme chez l’adulte encore, les zones hystérogènes peuvent, lorsqu’on y exerce une pression un peu violente, déterminer une attaque chez l’enfant. Le jeune X... présente une zone douloureuse s’étendant le long du dernier cartilage costal gauche, partant de l’appendice xyphoïde et allant jusqu’à la partie latérale du tronc. La pression sur cette zone détermine l’attaque. Cependant, tous les points hystérogènes ne jouissent pas de cette propriété. Quelques-uns ne présentent que les caractères que nous avons signalés plus haut. Lorsqu’une attaque a été ainsi provoquée par une pression sur une zone hystérogène, on peut souvent l’enrayer en répétant la pression sur ce même point ou sur un point voisin. Faisons remarquer en passant que ces pressions, lorsqu'elles sont pratiquées sur la région ovarienne de la petite fille ou dans la fosse iljaque du jeune garçon, doivent être faites progressivement et avec le poing fermé, non avec

la pulpe des doigts. Pratiquée ainsi, la pression peut être violente sans danger pour les organes situés derrière la paroi abdominale.

Lorsque le testicule est resté dans l’abdomen sans descendre dans les bourses, que le malade est monorchyde, la zone hysterogene qui, à l’état normal serait au niveau du scrotum, est remontée avec le testicule et se trouve alors dans le pli de l’aîne. Ce déplacement du point douloureux n’est qu’une conséquence du déplacement de organe qui en est le siège.

Lorsque la peau seule est douloureuse l’affection prend le nom de dermalgie. On la trouve souvent associée à l’hémianesthésie et il n’est pas rare de rencontrer chez un enfant une anesthésie cutanée d’un côté, de l’autre une dermalgie.

Quelquefois, ce sont les muscles qui sont douloureux (myalgie). Les douleurs, dans ce cas, s’exaspèrent au plus petit mouvement. L’électricité, les secousses galvaniques, sont très difficilement tolérées.

La céphalalgie est fréquente chez les jeunes hystériques ; outre le clou hystérique dont nous avons parlé, il existe souvent des douleurs frontales, péri-orbitaires qui tourmentent beaucoup les petits malades. Tel était le cas de la

^Tes arthralgies sont rares, plus rares que chez les adultes. il faut néanmoins savoir qu’elles peuvent exister, car lorsqu’elles se compliquent, comme chez la jeune L..., de contracture et d’impotence fonctionnelle, le diagnostic pourrait être indécis et délicat. Elle est en générul monoarticulaire et siège de préférence à l’épaule, à la hanche ou au genou. Nous y reviendrons du reste à propos des paralysies et des contractures.

Ces accidents, le plus souvent éclatent d’une façon brus-

que, rarement ils s’établissent peu à peu. Ils se dissipent fréquemment à la suite d’une émotion vive, d’une frayeur ; quelquefois, tout à coup, sans cause appréciable.

Quant aux névralgies , nous ne croyons pas qu’elles soient plus fréquentes chez les jeunes hystériques que chez les autres enfants. Les troubles hyperesthésiques de la peau, des muscles ou des articulations ont pu en imposer pour des douleurs névralgiques, mais les névralgies vraies n’y sont pas plus communes que chez les sujets sains.

Les hyperesthesies sensorielles n’ont guère été signalées. Cependant il peut arriver que la rétine soit douloureusement impressionnée par la lumière. Ce phénomène, que Fœrster a désigné sous le nom de kopiopie, était très net chez la jeune L.... qui ne pouvait ouvrir l’œil sans être aussitôt atteinte de douleurs frontales péri-orbitaires atroces.

Les viscères eux-mêmes peuvent être atteints d’hyperalgie.

La gastralgie est fréquente chez les jeunes hystériques. La perte de l’appétit en est une conséquence presque fatale, et souvent Y anorexie hystérique n’est qu’une conséquence de la peur qu’éprouvent les petits malades à surcharger d'aliments un estomac qui est si douloureux à l’état de vacuité. Elle peut s’accompagner de vomissements. L’observation de la jeune X... en est un exemple.

Elle peut exister seule ou s’accompagner de phénomènes spasmodiques, tels que Yœsophagisme et le pylorisme. C’est une complication assez grave chez les enfants qui, à l’époque de la croissance, ont un impérieux besoin de nourriture pour réparer leurs torces d’une part, et s’assi-

miler des matériaux destinés à leur accroissement d’autre part. Aussi, chez les sujets prédisposés, la gastralgie peutelle avoir pour conséquence la tuberculose et la mort.

L’entéralgie, la néphralgie. la cystalgie sont autant d’autres phénomènes douloureux que l’on peut rencontrer chez les enfants comme chez les adultes, mais qui ne présentent rien de bien spécial.

Troubles de la motilité

Ils sont moins fréquents que les troubles de la sensibilité ; comme eux on peut les diviser en deux catégorie :

1° les troubles dépendant d’une exagération des fonctions motrices du cerveau et de la moelle ; 2" les troubles dependant d’une diminution ou d’une suppression partielle des fonctions motrices de ces mêmes organes.

Parmi les troubles du premier genre, nous avons a envisager les spasmes, la contracture, la chorée rhythmique.

1- Spasmes. — Les spasmes du pharynx et de 1 œsophage sont très fréquents chez les enfants ; nous avons pu

en réunir plusieurs exemples. Il est infiniment probable

que c'est à un spasme de l’œsophage qu’est due la sensation de la boule hystérique, nous avons décrit plus haut ce phénomène. Quelquefois, l’énergie de ces spasmes est telle que les malades ne peuvent arriver à avaler la moindre parcelle d’aliment liquide ou solide. Dans d’autres cas le spasme siégeant probablement un peu plus bas, la déglutition est possible, mais à peine le bol alimentaire a-t-il franchi l’isthme du gosier qu’une violente contraction de l’œsophage le rejette hors de la bouche. L’alimentation de-

vient alors difficile et on est quelquefois obligé de recourir à la sonde œsophagienne pour nourrir les petits malades. Dans ces cas, l'introduction de la sonde est très pénible, mais les aliments qui vont à l’estomac ne produisant plus d’excitation directe sur la muqueuse de l’œsophage, la sonde une fois introduite, on peut sans crainte envoyer dans l’estomac des substances nutritives, elles sont dès lors tolérées.

Dans d’autres circonstances, la déglutition est possible, les aliments arrivent même jusque dans l’estomac, il n'y a donc ni spasmes du pharynx, ni œsophagisme, puis, après un intervalle de temps variant entre quelques minutes et plusieurs heures après l’ingestion des aliments, on voit brusquement apparaître une secousse brusque de tout le corps, qui renvoie presque d’un seul coup, en un seul hoquet, les aliments ingérés quelques instants ou quelques heures auparavant. Ici, c’est l’estomac qui est en cause, ou plutôt c'est un de ses orifices ; on a donné à ce phénomène le nom de pylorisme. On le rencontre chez l’enfant hystérique. On peut tenter d’y remédier par l’emploi de la sonde œsophagienne, comme dans l’œsophagisme, bien qu’ici, nous l’avouons, l’hypothèse émise plus haut pour expliquer l'heureuse intervention de cet instrument, ne soit plus applicable.

Enfin, l’intestin lui-même peut être le siège de spasmes. Ceux-ci ne se produisent pas toujours au même endroit, mais glissent pour ainsi dire le long de l’intestin, promènent dans son intérieur du gaz, dont le déplacement est accompagné de bruits quelquefois sonores ; le plus souvent ce sont des grondements plus ou moins sourds mais s’en-

Peugniez 14

tendant très bien, très perceptibles pour les personnes étrangères. Ces borborygmes gênent beaucoup les malades. Nous avons vu, dans une famille, une petite malade hystérique être prise de ces phénomènes : bientôt sa sœur en fut à son tour atteinte, et une troisième sœur plus jeune ne tarda pas à se mettre de la partie de sorte qu’actuellement, au milieu d’une conversation, il arrive fréquemment que des roulements sourds se fassent entendre en des points différents de la pièce occupée par les enfants, grondements qui ne sont autres que les borborygmes, résultat de spasmes intestinaux des petites malades qui en sont, du reste extrêmement incommodées.

Mais les spasmes peuvent avoir pour siège les fibres circulaires de l’intestin, et alors, entre les deux barrières formées par la contracture de ces fibres en deux points différents, il peut se former, par la distension des gaz accumulés, une tumeur sonore, quelquefois douloureuse et qui pourrait, si on n’était prévenu de la possibilité de sa présence, faire errer le diagnostic.

Voici une observation d’œsophagisme chez un jeune enfant ayant nécessité l’usage de la sonde œsophagienne.

Observation XIX

Hystérie chez un garçon de dix ans. - Œsophagisme. - Paraplégie. — Caractère féminin. — Amélioration par l’hydrothérapie et l’isolement (1).

X..., âgé de dis ans, bonne santé antérieure, mère très nerveuse. En 1877, au mois d’octobre, se plaint de malaises, de maux d'es-

Page 1