‹ De l'hystérie consécutive à la grippeChapitre 4 sur 11 · CHAPITRE PREMIEH · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEH

(Historique.)

Jusqu’à ces dernières années l’on ,ne connaissait guère comme cause provocatrice de l’hystérie que les émotions ; on avait bien observé des phénomènes hystériques à la suite des intoxications, mais on en méconnaissait la nature et l’on admettait, avec M. le professeur Debove et son élève Achard, que l’intoxication était capable de créer de toutes pièces une hystérie, qui lui était propre, et qui, dès lors, devait être dénommée hystérie toxique.

Telle n’était pas l’opinion de M. le professeur Charcot, qui, dans sa leçon du 26 juin 1886 , concluait à la nature hystérique du plus grand nombre de ces anesthésies d’origine soi-disant toxiques, et, dans cette leçon, il faisait surtout allusion aux anesthésies . que l’on avait observées chez les saturnins. Un an plus tard, le savant professeur affirmait de nouveau ses vues sur la question et faisait des hëmianesthésies

toxiques des hémianesthésies hystériques, survenant chez des saturnins et chez des alcooliques.

A partir de ce moment, les travaux se multiplient, venant confirmer la théorie de M. Charcot, qui, peu de temps auparavant, avait fait faire un grand pas à la question, en décrivant minutieusement l’hystérie masculine, névrose que la plupart des médecins ne faisaient plus de difficulté d’admettre chez l’homme.

Les travaux, publiés sur les agents provocateurs de l’hystérie, sont si nombreux que nous ne pouvons les rappeler tous, nous nous contenterons d’en mentionner les principaux.

Nous trouvons, d’abord, dans la Gazette hebdomadaiYe du 23-30 septembre 1887, le compte rendu d’une communication faite à la Société des Hôpitaux, par M. Letulle, sur l’hystéro-hydrargyrisme ; au .31 décembre de la même année, M. Dutil signalait le réveil de manifestations hystériques, disparues depuis treize ans, à la suite d’une colique de plomb. Dans la Gazette des Hôpitaux (14 janvier 1888), Berbez attirait de nouveau l’attention sur l’hystérie provoquée par le plomb et l’alcool. Au mois de février, Hischmann, dans sa thèse inaugurale, après avoir rappelé le rôle joué par le plomb et l’alcool, publiait des observations, dans lesquelles les intoxications, produites par la santonine, le camphre et l’urémie, avaient joué le rôle d’agents provocateurs. Au mois de juillet suivant, paraissait la thèse de Furet, qui établissait l’influence de la syphilis, de la fièvre typhoïde, du rhumatisme et de la tuberculose sur le

réveil de la névrose hystérique. Enfin, au commencement de Tannée dernière (février 1889), nous trouvons la remarquable thèse de M. Georges Guinon.

Get auteur, après avoir passé en revue tout ce qui avait été fait avant lui, au sujet des agents provocateurs de la névrose, venait, à Taide de nombreuses observations, établir, d’une façon que Ton aurait pu croire définitive, Tétiologie de Tbystérie.

Le cadre, que nous nous sommes tracé, est trop restreint, pour pouvoir donner même un rapide aperçu de ce travail si complet; nous ne pouvons qu’énulnérer la liste, déjà longue, des agents provocateurs, mentionnés dans cette thèse.

Ce sont ; Les émotions morales simples (la peur, Témotion, la mauvaise éducation, les pratiques de spirites, l’imitation) ; les tentatives d’hypnotisation ; le shock nerveux (le traumatisme, les tremblements de terre, le choc de la foudre) ; les maladies générales et infectieuses (fièvre typhoïde, pneumonie, scarlatine , rhumatisme articulaire aigu, diabète sucré, paludisme, syphilis) ; les états pathologiques ou combinés, se caractérisant par un affaiblissement considérable du malade (hémorragies, surmenage physique et intellectuel , onanisme et excès vénériens, anémie et chlorose) ; les intoxications chroniques (plomb, alcool, mercure, sulfure de carbone) ; les intoxications aiguës (camphre, chloroforme) ; les maladies de l’appareil génital ; les maladies du système nerveux (sclérose en plaques, tabès dorsal, maladie de Friedreich, myopathie progressive primitive,

Le Joubioux. 2

compression lente de la moelle par un mal de Pott).

Après un travail aussi complet, tout semblait avoir été dit sur l’étiologie de l’hystérie, lorsque la récente épidémie de grippe est venue fournir des faits, qui permettent de ranger cette maladie auprès des agents précédemment cités. Mentionnons, en terminant ce chapitre, l’hystérie tabagique, décrite par M. A. Gif bert dans la Gazette des Hôpitaux (12 déc. 1889).

Enfin, il y a quelques jours, notre maître, M. le docteur Jules Voisin, dans sa communication à la Société médicale des Hôpitaux, a démontré que l’intoxication morphinitique, comme toutes les intoxications en général, produit la névrose hystérique chez les sujets prédisposés et que, pendant que le sujet est sous la puissance de l’ivresse morphinitique, cette névrose est latente, mais elle apparaît aussitôt que cette ivresse disparaît.

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