‹ De l'hystérie consécutive à la grippeChapitre 7 sur 11 · X..., 48 ans · texte numérisé non relu

X..., 48 ans

Cette malade est grande, forte, et a jusqu’à ce jour joui -d’une bonne santé ; elle n’aurait jamais eu d’attaques de nerfs; en outre, on ne trouve dans ses antécédents, tant héréditaires que personnels, rien qu’on puisse rattacher à la névrose hystérique.

Chez cette malade la grippe s’est localisée surtout sur les voies respiratoires et sur les voies digestives.

Au bout de huit jours la fièvre avait disparu, mais la femme était devenue très nerveuse.

Elle éprouvait des spasmes de l’œsophage et ne pouvait manger parce qu’elle sentait une boule qui l’étranglait ; en même temps l’insensibilité apparaissait dans sa main gauche, ainsi que le ïphénomène de doigt mort et de parésie musculaire, elle ne pouvait serrer les objets et les maintenir à la main.

Très effrayée et surtout très étonnée de son état, elle fait demander M. le docteur J. Voisin, qui, en recherchant des points hystérogènes lui trouve deux points ovariens, dont le gauche plus accentué, un point mamaire gauche et enfin

le clou ; de plus des plaques d’anesthésie sur le membre inférieur et sur la face. Le champ visuel paraissait diminué. L’ouïe gauche était aussi très diminuée. Le diagnostic porté fut ; phénomènes hystériques consécutifs à la grippe.

Dans cette observation, Fon voit tes phénomènes hystériques survenir pendant la convalecsence. Nul doute que l’état d’abattement et de prostration, dans lesquel s’est trouvée notre malade à la suite de la grippe, n’ait été la cause des accidents, hystériques que nous avons signalés. Mais ce qu’il y a de plus curieux dans ce cas, c’est que ces phénomènes hystériques se sont montrés pour la première fois chez une personne qui, par ses antécédents tant personnels qu’héréditaires, ne semblait pas prédisposée à la névrose hystérique. Néanmoins nous ne pouvons admettre que la grippe ait créé de toutes pièces cette hystérie, et si tes antécédents personnels sont muets à l’égard de la névrose, il faut croire que celle-ci, bien qu’existant à l’état latent, n^a pas eu l’occasion de se manifester et qu’il a fallu l’infection grippale et l’asthénie con.sécutive, pour lui permettre d’apparaître. Quant aux antécédents héréditaires qui, eux aussi, sont négatifs, nous ne pouvons y attacher trop d’importance, car tout le monde sait combien il est difficile, dans la clientèle privée, d’avoir des renseignements exacts, surtout lorsqu’il s’agit de maladies nerveuses.

OBSEVATION III (inédite).

Communiquée par M. le docteur Louis Rambaud.

Hystérie consécutive à Vinfluenza : Somnambulisme.

D... François, âgé de 9 ans.

Antécédents de famille. — La mère, bien qu’elle n’ait jamais eu de crise, est très nerveuse et impressionnable, parle avec volubilité, revient toujours sur les mêmes questions, embrasse son fils comme si elle voulait le dévorer.

. Le père est très calme.

La sœur aînée âgée de H ans, est très nerveuse, elle est sujette à des colères violentes, pendant lesquelles elle casse tout et se roule à terre en poussant des cris.

Antécédents personnels. — En se promenant sur son petit vélocipède, l’enfant se mettait dans une sorte d’état somnambulique : les yeux grands ouverts, il continuait à avancer mécaniquement sans savoir où il allait et sans regarder les obstacles; maispourtant sans éprouver aucun accident. Farfois aussi il se mettait dans ce même état, lorsqu’il regardait le balancier de la pendule, et alors il perdait la conscience et le souvenir de ses actes, allait arroser le rôti delà cuisine, soulevait le couvercle d’une casserole, montait au grenier pour redescendre de même, sans raison apparente et sans but.

Au début de sa maladie en plein jour, il rêvait tout haut, les yeux fermés et cherchait à mordre sion voulaitle réveiller; plus tard les yeux étaient toujours ouverts.

Les lignes suivantes sont empruntées à une note, communiquée à M. Rambaud par les deux médecins qui avaient soigné le jeune D... pendant sa grippe.

A 1 âge de 18 mois, l’enfant aurait eu une indisposition

causée \mQ crise de dentüionQi caractérisée pardela fièvre et des symptômes d’irritation gastro-intestinale et encéphaliques.

D’un caractère un peu volontaire, il n’a jamais présenté aucun signe pouvant faire présumer une prédisposition aux affections nerveuses ; sa seule préoccupation, pouvant présenter quelque chose d’insolite, consistait à ne pas manquer son étude du matin et il lui arrivait souvent de se lever deux ou trois fois dans la nuit et d’aller consulter la pendule, afin de s’assurer qu’il n’avait pas laissé passer l’heure de son lever. Depuis qu’il est malade l’enfant a avoué qu’il lui était arrivé d’éprouver quelquefois des raideurs dans la main, qui disparaissaient très promptement et il n’avait pas cru devoir en avertir ses parents.

Au 4 janvier, le jeune D... est atteint de l’influenza, qui, revêt chez lui la forme gastro-intestinale ; coliques, nausées, céphalalgie intense, anorexie complète. Diverses médications sont mises en œuvre sans amener un grand soulagement.

Dans l’après-midi du 16 janvier, l’enfant étant levé, il, parut se laisser aller au sommeil et se mit aussitôt à parler comme s’il avait eu le délire. Cette situation dura jusqu’à l’heure du coucher et l’enfant s’endormit d’un sommeil paisible.

Le 47 au matin, première crise nerveuse, débutant par des cris rauques et des symptômes d’excitation pendant lesquels l’enfant se jetait sur ses draps et déchirait ses oreillers avec les dents.

A partir de ce moment les crises nerveuses ont toujours persisté et ont revêtu deux types,différents : dans l’im, contracture, contorsions, aboiement ; dans l’autre phénomènes extatiques et même cataleptiques. Dans les deux cas, la crise dure de quelques minutes à un quart d’heure et seter- Le Joubioux. 4

mine de la même façon, l’enfant regagne son lit, devient très càressant, embrasse sa mère et dit que la crise l’a bien fatigué.

L’enfant a conscience de l’arrivée des crises.

Plusieurs fois l’enfant a perdu subitement la parole et est obligé d’écrire ce qu’il veut demander, et, lorsqu’au bout de quelques minutes, la parole lui revient, il explique que ce n’est que dans une moitié de la langue qu’il éprouve la sensation qui l’empêche de parler.

Lé malade n’a pas de fièvre, pouls calme et régulier.

Tel était l’état du malade, lorsqu’il fut adressé à M. Rambaud, ,1e 22 février 1890.

Etat actuel. — Le matin de son arrivée, M. Rambaud le trouve en proie à une crise vers neuf heures. Le père le maintient. 11 est debout, les yeux sont très grands ouverts et les pupilles très dilatées ; il crie, se débat, donne des coups de pied et cherche à mordre. Il paraît avoir des hallucinations de la vue; il crie au voleur, à l’assassin, il appelle au secours; brigand, canaille! menace ces êtres imaginaires de leur donner des coups de couteau.

Si on s’approche de lui, il s’élance vers vous en rugissant et montrant les dents comme un petit lion irrité. Si on veut le maintenir, il pousse de grands cris et se débat de toutes ses forces. Il est facile de voir que la volonté joue un grand rôle dans ces crises; car en le maintenant solidement et en le menaçant de la gifle, il se tait, mais pour recommencer bientôt après.

On le fait conduire à la douche et la crise s’arrête aussitôt.

Examen. — L’examen des yeux n’a rien révélé d’^anormal, pas de rétrécissement du champ visuel.

Les pupilles sont dilatées mais égales et se contractent avec énergie à la lumière.

La sensibilité au contact, à la douleur, à la température est absolument normale dans tous les points du corps et des membres. Pas d’hyperesthésie. Pas de point hystérogène. Les testicules sont tous deux dans les bourses; phimosis peu prononcé.

La vision des couleurs est normale, même pour les nuances les plus fines du violet et du blanc.

L’ouïe est très aiguë.

L’odorat subtil.

Le goût parfait.

Les réflexes rotuliens sont normaux, ainsi que le réflexe pharyngé.

Tête volumineuse, reposant par un cou court sur un corps grêle ; intelligence très vive ; facultés intellectuelles prématurément développées.

Du 5 mars au 15 n’a pas eu de crises diurnes; mais la nuit il a des cauchemars, il crie, appelle au secours, se lève sur son lit, crie à l’assassin, au voleur, dit qu’il va « leur crever la paillasse avec son couteau », se recouche ensuite et le sommeil continue.

Demeure quelques jours calme, les nuits sont tranquilles.

Le 19 mars a eu un cauchemar, qui est comme une ' sorte de crise nocturne, le malade s’est levé, a crié..., etc., s’est recouché et s’est rendormi sans s’être éveille.

M. le professeur Charcot, à qui on a présenté le malade, ordonne du bromure le soir.

Le 31 mars, les cauchemars ont complètement disparu ; ils reparaissent dans les premiers jours d’avril avec une intensité variable.

Dans la nuit du 16 au 17 avril, accès de somnambulisme des plus nets : cela commence comme un cauchemar par fie l’agitation, fies paroles, fies cris, puis l’enfant se lèvefi’un

bond, saute à terre, voyage dans la chambre„ change les chaises et les petits meubles de place; puis il va vers la porte et vers la fenêtre et cherche à les ouvrir pour aller dehors. Les yeux sont grands ouverts. 11 passe devant la glace, s’y arrête et se fait un sourire ou une grimace (une veilleuse reste allumée la nuit). La garde se lève, le met dans son lit sans qu’il s’éveille et le sommeil paisible reprend et dure jusqu’au matin.

Une autre fois, pris entre une malle et un fauteuil, il se réveille, regarde autour de lui d’un air ahuri et ne sait pas ce qui lui arrive. Ce n’est que dans ces cas seulement que le matin il garde le souvenir du fait.

6 mai. — Depuis le 20 avril, il ii’y a pas eu de cauchemars ; le sommeil est très paisible; il prend toujours du bromure le soir.

L’enfant sort le 21 mai. sans avoir présenté de cauchemar nocturne depuis un mois. Les crises diurnes n’ont jamais reparu depuis le premier jour. La guérison est au moins momentanée.

Traitement. — Hydrothérapie, bromure et isolement.

Gette observation est suffisamment probante par elle-même; du reste, M. le professeur Charcot, à qui Ton a présenté le jeune malade, ayant porté le diagnostic d’hystérie consécutive à l’influenza et de somnambulisme, il serait puéril de notre part de discuter un diagnostic si favorable à la thèse que nous soutenons.

OBSERVATION IV (inédite)

Communiquée par M. Amand Guibert, interne de M, J. Voisin.

Asphxie symétrique des extrémités, de nature hystérique, survenue à la suite de la grippe.

J..,, 35 ans.

Ant.hér. Père: se mettait facilement en colère, aurait eu des attaques d’épilepsie? mort subitement à l’âge de 62 ans.

Mère: nerveuse, cinq jours aveugle à la suite de ses couches ; douleurs fréquentes au niveau des talons, ou apparaissaient en même temps des plaques rouges. Cette rougeur persistait quelques heures, d’autres fois quelques jours (deux à trois) ; la nuit, crampes fréquentes. Son père était mort de congestion cérébrale; sa mère, par l’eau,,

s’était jétée dans une rivière.

Frères (trois) et sœurs (deux) : tous vivants. Une sœur a de fréquentes douleurs dans les jambes, douleurs qui l’obligent à garder le lit. Le frère ainé est sanguin, a des érysipèles fréquents (tous les ans) et des furoncles.

Ant. pers. — La malade n’a rien eu jusqu’à l’âge de 7 ans; à cette époque elle tombe à l’eau : pneumonie double avec paralysie des quatre membres et aphonie pendant trois quatre mois; elle se lève, nouvelle rechute de trois mois.

Pendant trois ans, à la même époque, rechute.

Depuis, extinctions de voix fréquentes; il suffit d’une colère pour qu’il survienne de l’aphonie pendant trois ou jours ; une fois même l’aphonie a duré pendant trois mois. Réglée à 11 ans 1/2. Vives douleurs à l’estomac. Crises de

nerfs. A la suite d’une violente contrariété (mariage manqué), la malade perd connaissance, à la fin de la crise elle pleure ; depuis cette époque elle a souvent deux crises par semaine.

Mariée à 20 ans, la malade contracte la syphilis auprès de son mari et garde le lit pendant trois mois. A cette époque apparaissent des vomissements fréquents, survenant aussitôt après le repas et sans efforts, Ces vomissements persistent plusieurs années avec une intensité variable ; mais l’amélioration de la santé générale était très notable depuis plusieurs années, lorsqu’au 25 décembre dernier survint la grippe.

La maladie débuta par une violente crise de nerfs, fièvre intense 39”5 ; les vomissements réapparaissent plus fréquénts que jamais.

Les douleurs sont très vives au niveau des articulations, on met ,des cerceaux pour empêcher le contact des draps. Cet état suraigu dura trois j ours pendant lesquels la malade garde le lit. Les jours suivants la malade se sentait fatiguée et abattue, et la convalescence traînait depuis quinze jours lorsque MP*® J... se sent les doigts douloureux et remarque avec étonnement qu’ils deviennent blancs puis bleus. Au moment de la pâleur, la malade éprouve comme un retrait dé la peau et au moment de la congestion, comme un gonflement, sensation pui persiste toute la journée ; les doigts se plient plus difficilement.

La pâleur survient quand elle met ses mains dans l’eau, quand elle les élève (pour se peigner) et quand elle est émue.

Presque tous les soirs la face devient rouge d’un côté et pâle de l’autre ; de plus, la malade éprouve dans le reste du corps, une sensation analogue à celle qu’elle ressent au niveau des doigts.

Douleur très vive au niveau de la région précordiale, douleur qui nécessite parfois l’arrêt.

Points hystérogènes : Au dessous du sein droit et au niveau du rachis.

La sensibilité générale paraît normale.

Insensibilité pharyngée ; champ visuel rétréci ; chorio-rétinite spécifique.

La malade se trouve considérablement améliorée, depuis qu’elle est soumise au traitement hydrothérapique et, aussi, à la suggestion hypnotique. Chez elle, le sommeil est amené facilement par la fixation d’un objet brillant.

Le phénomène d’asphyxie symétrique a presque entièrement disparu, c’est à peine si les doigts pâlissent un peu et à la suite seulement de la douche froide. L’état général est considérablement remonté.

Depuis que l’observation a été prise, nous avons revu plusieurs fois la malade, qui, depuis le commencement de mai, est parfaitement guérie.

Dans le cas précédent, la grippe n’a fait que réveiller une hystérie dont les manifestations s’étaient tues depuis un certain nombre d’années ; la grippe ayant agi ici comme autrefois la pneumonie qui, chez notre malade, âgée alors de 7 ans, suscita la névrose ; et à ce propos, qu’il nous soit permis d’attirer l’attention sur cette hystérie de l’enfance qui est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit généralement, comme nous l’a fait remarquer notre maître, M. J. Voisin. Nous trouvons également dans cette observation, outre le réveil de la névrose à la suite d’un violent chagrin et à la suite de la syphilis, le

phénomène de doigt mort^ signalé déjà dans l’observation IL Ce phénomène, étudié par Armaingaud, est de nature hystérique et semble dépendre « d’une « névrose vaso-motrice, qui serait caractérisée par (( l’exagération du pouvoir excito-moteur des parties « de la moelle présidant à l’innervation vascu- « laire(l). » Cette névrose vaso-motrice semble avoir existé aussi chez la mère de notre malade, qui, au dire de cette dernière, aurait fréquemment présenté au niveau des talons des plaques rouges^ qui persistaient tantôt quelques heures, tantôt quelques jours.

OBSERVATION V. {Personnelle) (t).

Automatisme ambulatoire; Mélancolie.

Augustine R...., 27 ans.

Père : Cirrhotique.

Mère : Rien ; six enfants.

Un frère de la malade, âgé de 18 ans, est à Vaucluse, pour idiotie et épilepsie.

Antécédents personnels. — La malade n’aurait pas eu de convulsions étant enfant. A 7 ans, elle est atteinte de rougeole, puis de scarlatine; à 13 ans, elle présente quelques phénomènes nerveux à la suite d’une attaque de rhumatisme articulaire aigu et, quelques mois plus tard, elle ébauchait des attaques d’hystérie.

Il y a trois ans, à la suite d’une fièvre typhoïde, pendant la-

(1) Sur une névrose vaso-motrice se rattachant à l’état hystérique, par Armaingaud, 1876.

(1) Leçons de la Salpêtrière. Polyclinique de MM. Joffroy et J. Voisin,

quelle elle fut longtemps en proie au délire, elle eut une crise de mélancolie qui dura deux mois, en même temps qu’une paralysie vésicale de trois mois et quelques attaques d’hys. térie.

Depuis, la malade se portait parfaitement^bien ; durant ces trois années, en effet, la malade n’avait présenté ni troubles nerveux de nature hystérique, ni troubles mentaux.

Au mois de décembre dernier, elle est prise de la grippe. Elle reste quinze jours au lit, et c’est au moment où elle entrait en convalescence qu’elle fut atteinte de mélancolie, période pendant laquelle elle eut une fugue hystérique dans les circonstances suivantes : Elle part de chez elle pour se rendre à Saint-Mandé, puis se retrouve étonnée à Bercy. Elle s’arrête sur la berge, effrayée par la vue de l’eau. Tout d’abord, elle ne reconnaît pas l’endroit où elle se trouve, ne sait pas pourquoi elle y est venue, et ignore complètement le chemin qu’elle a suivi pour s’y rendre.

Le lendemain de cette fugue, la malade, toujours triste et, comme elle nous l’a raconté quelques jours après, croyant toujours qu’on lui en veut et craignant de devenir folle comme son frère, elle essaye de se tuer avec un revolver, mais la balle ne l’atteint pas. Aussitôt après la détonation, èlle fond en larmes, assure qu’elle ne recommencera plus et se demande si elle ne sort pas d’un rêve.

Lorsque la malade vint à la consultation de la Salpétrière, et qu’elle nous eût raconté son histoire, M. Voisin porta le diagnostic d’automatisme ambulatoire et de mélancolie. On endormit la malade et, par ce moyen, on eut tous les détails de sa fugue. Elle nous fit la description des rues qu’elle avait traversées et nous dit que, pendant son voyage, elle souffrait d’une violente céphalalgie. 11 s’agissait donc bien là, d’un cas d’automatisme ambulatoire.chez une hystérique.

A l’examen, on trouve plusieurs stigmates : points ova- Le Joubioux. 5

riens, anesthésie pharyngée, rétrécissement du champ visuel.

Voilà donc une malade, dont les antécédents héréditaires sont très chargés, et qui de plus est hystérique, de par ses antécédents personnels et ses stigmates actuels ; or, pendant trois ans, elle ne présente aucun trouble nerveux, la grippe survient et nous observons pendant la convalescence, en outre des troubles mentaux, sur lequels nous n’attirons pas l’attention, parce qu’ils sortent de notre cadre, une crise d’automatisme ambulatoire, phénomène hystérique, provoquée sans nul doute par la grippe.

Nous ajouterons que, soumise au traitement de la suggestion hypnotique, la malade a retrouvé sa gaieté d’autrefois.

OBSERVATION VI (personnellej.

Neuraslhénie et hystérie,

Olivier D.. 12 ans.

Antécédents héréditaires. — Père, grand’mère paternelle et sœur du père, tous migraineux.

Mère très nerveuse, n’ayant jamais néanmoins présenté de crises.

Antécédents personnels. — Dans son enfance, le jeune Olivier I). aurait eu plusieurs bronchites, n’a pas eu de

convulsions à l’époque de sa dentition.

Depuis le mois d’août 1888, aurait suivi divers traitements

pour une céphalalgie frontale et occipitale, dont, on avait méconnu la nature.

Au commencement de janvier, est atteint de la grippe, qui le retient trois jours au lit. Le quatrième jour, se sentant mieux, il veut sortir, mais à peine est-il dehors qu’il se trouve étourdi, tombe et reste par terre environ trois à quatre minutes. 11 entendait tout ce qui se disait autour de lui, mais ne pouvait parler.

De nouvelles crises survenant les jours suivants, sa famille se décide à le conduire à la consultation de la Salpétrière.

Examen. — Le malade est de taille moyenne, maigre, pâle, il a les oreilles détachées et inégales, le front élevé, pas d’asymétrie faciale, une belle dentition, la voûte palatine assez large, la figure fine.

Ses parents nous racontent et ses antécédents et ses crises. Quant au jeune malade, il se plaint seulement d’une violente céphalalgie, dont l’origine semble remonter à deux ans ; il nous dit qu’il sent sa tête surchargée comme d’une calotte de fer; ses yeux sont douloureux et c’est avec grande peiiie qu’il peut clore ses paupières.

Interrogé, au sujet de ses crises, il nous dit qu’il ne sent pas de boule lui remonter à la gorge, mais il est- oppressé et nous montre l’endroit de sa poitrine qui est chargé comme d’un poids, lorsqu’il va avoir son attaque.

La pression, exercée au niveau de la région qu’il nous indique (point sous-mamaire gauche), provoque en effet un sentiment d’anxiété et d’oppression qui déterminerait sans doute une attaque, si l’on continuait.

C’est un penseur impressionnable, qui ne peut aller se coucher sans lumière; il a peur et ne sait pas de quoi.

On lui trouve quelques plaques d’anesthéSie au membre

supérieur droit et des points hyperesthésiques au niveau du mamelon gauche, de la fosse iliaque gauche et du rachis.

Le dignostic porté par M. J. Voisin, est neurasthénie et hystérie au début.

Traitement : Régime tonique et hydrothérapie.

A sa première douche, le jeune Olivier 1)."s’est trouvé

mal, lorsque le jet est arrivé dans le dos et au niveau du côté gauche ; bien que la douche nous eût semblé avoir été donnée en jet, on remplaça les douches par des lotions, que le malade supporte bien.

Pendant les premiers jours du traitement, le malade présenta encore quelques ébauches d’attaques, mais au bout de quinze jours, celles-ci cessèrent. Quant à la céphalalgie, elle persista ; néanmoins elle était moins vive qu’au début du traitement. Le 20 mai dernier, nous avons revu notre malade en voie de guérison, ne se plaignant plus de sa céphalalgie qu’à la nuit tombante ; ses attaques ont complètement disparu.

Dans les cas que nous venons de rapporter, nous avons affaire à un jeune neurasthénique qui sans doute n’attendait qu’une occasion pour devenir hystérique. La grippe a été cette occasion. Le terrain était, il- est vrai, bien préparé, néanmoins on ne peut contester le rôle provocateur, joué par la grippe, puisque c’est au sortir de cette maladie que la névrose s’est manifestée pour la première fois chez le jeune Olivier D...

Nous recevons au dernier moment l’observation suivante, de notre excellent ami M. le docteur Voyer,

qu’il nous permette de lui adresser ici nos meilleurs remerciements.

OBSERVATION VII (Inédite).

M. L..., 46, ans.

Antécédents héréditaires. —Père mort d’une cirrhose hépatique ; un frère rhumatisant ; un autre frère plus jeune que lui a présenté, à plusieurs reprises, des attaques d’hystérie.

Antécédents personnels. — M. L... est un homme d’une assez bonne santé habituelle, n’ayant jamais fait de maladies graves. 11 présente des signes très accusés d’arthritisme, a eu, à plusieurs reprises, de l’eczéma de la face et des mains, et de l’urticaire, après l’ingestion de certains coquillages.

La grippe débuta chez lui au commencement de janvier 1890, elle dura huit jours, fut légère et se manifesta seulement par de l’inappétence, quelques maux de tète et une petite élévation de température.

La fièvre avait complètement disparu huit jours après le début de la grippe ; seuls les symptômes gastriques, inappétence, langue saburrale, sensation de pesanteur à l’épigastre, production exagérée de gaz après les repas, persistaient. En même temps, les urines devenaient rares (300 grammes à peine par jour) et sédimenteuses, les selles irrégulières ; de plus, la percussion de l’épigastre faisait percevoir une dilatation de l’estomac.

En présence de tous ces phénomènes, le malade devient très inquiet, il accuse des maux de tête, siégeant surtout à l’occiput, au point qu’il ne peut, dit-il, appuyer la tête sur l’oreiller; il éprouve des sensations alternatives de vide et de plénitude du crâne, il lui semble, à certains moments, qu’il « s’en va », suivant son expression.

A partir de ce moment, les idées noires Tobsèdent, il prétend qu’il ne guérira pas, il ne peut arrêter son attention sur rien, il ne dort pas la nuit. Quand par hasard, le sommeil survient, il se réveille en sursaut et ne peut se rendre compte qu’il se trouve dans son lit, dans sa chambre. 11 pleure à tout propos ; la nuit, il a des pollutions, toutes les fois, prétend-il, qu’il prend du bromure ou du chloral.

Cet état persiste jusqu’à la fin du mois de mai ; à ce moment, •on renonce à lui donner quelqup médicament que ce soit ; tous les nervins possibles ayant été essayés sans résultat. Jusque-là, on pouvait, en présence, de la dilatation de l’estomac, qui avait existé depuis le mois de janvier, jusqu’au milieu d’avril, penser que cet état nerveux était ce qu’on a appelé la neurasthénie des dyspeptiques, mais il était étonnant de le voir se prolonger apres la disparition des troubles gastriques, malgré les nervins, les douches et le drap mouillé.

Jusqu’aux premiers jours de juin pas de changement notable, lorsque apparaît un phénomène nouveau qui apportait avec lui son diagnostic. Le malade, au milieu d’une conversation, devient aphone et muet et, malgré tous ses efforts, ne peut non seulement parler, mais même proférer un son. Depuis lors, ce phénomène se reproduit tous les jours et dure de 3 à 4 minutes ; le malade, pendant ce temps, est obligé d’écrire pour se faire comprendre. Les premiers jours, il se montrait très effrayé de ce phénomène et, au moment où il se produisait, ses yeux devenaient hagards et la figure tout entière exprimait une grande terreur.

Actuellement, le malade est plus calme et quand <£ la voix .s’en va », il traduit sa pensée par des gestes.

La recherche de stigmates hystériques n’a fait

découvrir que de l’anesthésie pharyngée, et du rétrécissement du champ visuel. •

Malgré cette absence de stigmates, il est hors de doute que nous avons affaire à un hystérique, son mutisme passager ne pouvant en effet être rattaché à aucune autre cause. Maintenant la grippe peut-elle être incriminée ici, alors que le phénomène hystérique n’est survenu que cinq mois après l’infection grippale ? Certainement, étant donné surtout que depuis le malade n’est jamais revenu à la santé. Il est vrai, les troubles gastriques et neurasthéniques ont pu joindre leur action à celle de la grippe, mais celle-ci en est la cause première et bien qu’un long espace de temps se soit écoulé entre la période fébrile de la grippe et le phénomène hystérique, on ne peut refuser à celle-là une influence directe sur celui-ci. Qu’on n’aille pas invoquer contre notre affirmation l’origine éloignée de la grippe, car l’on voit encore des gens qui sont encore sous l’influence de cette maladie et qui n’arrivent pas à sortir.de l’état de prostration dans lequel les avait mis la grippe. Du reste, dans le cas qui nous occupe, il n’y a ,pas eu de rémissions et si la fièvre a disparu au huitième jour de l’infection grippale les phénomènes gastro-intestinaux ont persisté pendant des mois, laissant le malade dans un état d’anéantissement complet ; état éminemment propre au développement des névroses. Aussi est-ce grâce à cette faiblesse et à cette débilité que l’hystérie est apparue chez cet homme, prédisposé tant par ses antécédents personnels (arthritique) que

par ses antécédents héréditaires (rhumatisme et hystérie).

OBSERVATION VIII (inédite).

Communiquée par M. le docteur Jules Voisin.

Aggravation des phénomènes hystériques et neurasthéniques

sous l'influence de la grippe; Hypocondrie consécutive;

Guérison de l'hypocondrie.

M™Z,...., 58 ans, d’un tempérament nerveux, a dans ses antécédents héréditaires une tante vésanique ; comme antécédents personnels, elle présente, à la suite de fatigues, des crises de rires et de pleurs, de la strangulation et des troubles de la sensibilité générale.

Elle a la grippe au mois de janvier ; celle-ci revêt la forme pulmonaire.

Pendant la convalescence, les phénomènes hystériques s'accentuent ; en même temps apparaissent des phénomènes de neurasthénie.

Quinze jours après, à ces phénomènes nerveux s’ajoutaient des phénomènes mentaux, de l’hypocondrie.

Toute la journée, la malade se tâtait le pouls, examinait ses selles et ses urines, disait qu’elle était perdue, qu’elle était bouchée (constipation), qu’elle avait un cancer de l’intestin; elle inscrivait en outre toutes ses sensations sur de petits bouts de papier.

Cet état fut combattu par des lotions et des toniques. Au bout de six semaines, les phénomènes hypocondriaques disparurent. Les phénomènes neurasthéniques et hystériques persistèrent encore un certain temps à l’état d’acuité.

Dans cette observation, il n’y a-pas eu, à proprement parler, de réveil de l’hystérie, il y a eu tout simplement aggravation des phénomènes hystériques sous l’influence de la grippe. Maintenant, mentionnons l’apparition des phénomènes mentaux pendant la convalescence, ceux-ci arrivent les derniers et disparaissent les premiers ; ils semblent, eux aussi, avoir profité de l’asthénie post-grippale pour se développer et avoir disparu dès que l’organisme s’est relevé par une médication appropriée. Nous avons déjà vu la grippe provoquer ces phénomènes mentaux (Obs. V et VII), du reste, cette question a déjà fait l’objet de plusieurs communications à la Société des Hôpitaux (février et mars 90).

Page 1