‹ De l'hystérie consécutive à la grippeChapitre 9 sur 11 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dans les chapitres précédents, nous avons vu la grippe jouer le rôle d’agent provocateur de la névrose hystérique, il ne nous reste -plus qu’à étudier son mode d’action, c’est-à-dire la pathogénie et le mécanisme de développement des accidents hystériques sous son influence.

Examinons d’abord le cas le plus fréquent, celui où les phénomènes hystériques surviennent soit pendant la période fébrile, soit pendant la convalescence.

Dans ce cas, l’explication paraît facile. 11 suffit, en effet, de rappeler ce qu’est la grippe, de rappeler ce qu’est sa convalescence.

« La grippe, dit Landouzy (1), c’est un anéantisse- (( ment général. La prostration caractéristique de <r cette maladie, jointe aux douleurs dans les mem- « bres, dans le dos et dans tout le rachis, semble « indiquer que le poison morbide a touché le système « nerveux tout entier. »

(1) Des paralysies dans les ma’adies aiguës. Th. d’agrég.,80.

Quaiil: à la convalescence, écoutons ce que dit M. le professeur Peter : « La grippe, maladie infectieuse, (( a une convalescence traînante, aussi traînante que « celle de la fièvre typhoïde. Le convalescent a la tête (( pesante; il est fatigué; son aptitude intellectuelle (( est étrange ; ses centres nerveux restent touchés.»

De son côté, M. le professeur Potain, dans une leçon sur l’asthénie post-grippale, dit ; « On observe sur « un grand nombre de malades un affaiblissement « physique, intellectuel, moral même tout particuc( lier; les forces sont très diminuées, rintelligence « baissée ; il y a même quelquefois de la perversion (( de l’état moral, de l’indifférence, etc. »

Ces quelques citations, que nous choisissons, presque au hasard, ne prouvent-elles pas surabondamment l’influence de. la grippe sur le système nerveux ? . - .

Or, qu’elle survienne chez un sujet déjà prédisposé aux affections nerveuses, qu’arrivera-t-il ?

La grippe, comme toutes les maladies infectieuses, entraînant une altération profonde de la nutrition, altération qui aura son retentissement sur l’organisme tout entier et sur le système nerveux en particulier, la grippe, dis-je, par son influence spéciale sur le centre cérébro-spinal, troublera celui-ci dans son fonctionnement et, d’après les prédispositions de chacun, provoquera ou l’hystérie, ou la mélancolie, ou la folie, ou encore d’autres troubles nerveux.

Mais l’hystérie seule nous regarde. Or, faut-il un trouble si profond de l’organisme pour provoquer

l’hystérie chez une personne prédisposée par ses antécédents?

Nous ne le croyons pas. Brodie, en effet, dès 1837, écrivait les lignes suivantes, à propos d’une malade prédisposée (1) : « Tant qu’elle sera forte et bien por- « tante, il ne se montrera aucun symptôme d’hys- « térie, mais qu’elle vienne à s’affaiblir soit par un « accès de fièvre, une perte de sang, un travail cor- « porel ou intellectuel exagéré, ou à subir l’effet c( dépressif de la tristesse, du chagrin ; et aussitôt « l’hystérie se présente sous une forme ou sous une « autre, alors qu’une partie ou une autre du système « nerveux sera atteinte ». Or si l’hystérie se présente après les causes citées par Brodie, nul doute qu’elle ne se présente aussi lorsque la grippe en sera la cause occasionnelle, étant donné, en effet, son grand retentissement sur le système nerveux.

11 nous reste maintenant à examiner le mode d’action de la grippe, lorsque l’hystérie semble précéder la période fébrile, ou mieux lorsqu’une attaque d’hystérie est le symptôme initial de la grippe.

Ici l’explication nous paraît plus difficile, car nous ne pouvons invoquer l’altération de nutrition et l’asthénie post-grippale, puisque l’hystérie semble précéder la grippe.

Dans l’observation de Grasset, nous voyons, en effet, le soldat auquel il fait allusion avoir une attaque d’hystérie comme symptôme initiai de la grippe, de

(1) Cité par Guinon. Th. de Paris, 89.

même chez la malade de notre Observation IV, la grippe débuta par une attaque d’hystérie.

Ce sont là des phénomènes que l’on observe parfois dans les maladies infectieuses. Tel est, par exemple, le cas cité par Landouzy dans sa thèse d’agrégation, cas, emprunté aux cliniques de Trousseau, dans lequel une paraplégie fut le symptôme initial d’une fièvre typhoïde ; tel est aussi le cas que nous avons entendu raconter par M. le professeur Peter, dans lequel une dame de sa clientèle avait eu une syncope comme phénomène initial de sa grippe.

Gomment expliquer, dans ces cas, le mode d’action de la grippe, sinon par l’infection ?

La grippe est, en effet, une maladie infectieuse, et, comme telle, doit avoir une période d’incubation, que nous ne connaissons pas, il est vrai, mais qui doit exister. Or, outre sa prédilection naturelle pour le système nerveux, il ne nous répugne pas d’admettre que chez les malades dont nous parlons, c’est-à-dire chez des sujets qui ont déjà une tare du côté de ce système, le poison grippal frappe en premier lieu ce point faible, qui est pour eux un locus mmoris resïstentiæ ; de même que chez les enfants prédisposés par leurs antécédents héréditaires, nous voyons tout état fébrile débuter par des convulsions.

La grippe agit donc de deux façons :

Dans un premier cas, et c’est de beaucoup le plus fréquent, elle laisse le sujet dans un état d’affaissement tel qu’il est hors d’état de résister à la névrose hystérique.

Dans un second cas, l’infection grippale, concentrant son action sur un système nerveux déjà malade, laisse l’hystérie se développer par suite du défaut de résistance de ce dernier. ^ ï

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