TRAITEMENT
La névrose, une fois constituée, sera toujours traitée de la même façon : c'est dire qu'il n'y a qu'un traitement de l'hystérie, et que celui de l'hystérie post-grippale se confond presque entièrement avec celui de la névrose en général.
a) Traitement prophylactique. — Nous avons déjà incidemment parlé du traitement prophylactique de l'hystérie, et nous ne reviendrons pas sur la question du mariage et de la grossesse en particulier.
Si l'hystérie se déclare chez un enfant, il y a des règles à observer au sujet de l'éducation de ce dernier. On conseillera l'habitation à la campagne, les lotions froides, l'exercice, la promenade et les jeux fatigants : on fortifiera en un mot le côté physique. On évitera, au contraire, les spectacles, la lecture des romans, la musique sentimentale.
b) Traitement interne. — Pour le traitement interne, les moyens médicamenteux employés ont été si nombreux, qu'il est nécessaire d'en faire le choix et de les classer.
Le premier soin sera de remédier d'abord à l'affaiblissement qui a été consécutif à la grippe : le trouble de la constitution est d'ailleurs si prononcé qu'il attirera presque de suite l'attention. La face a pâli, les forces sont perdues : les malades ont de l'anémie ou de la chlorose. Parfois, sans constater un trouble bien notable dans la constitution, il y aura une grande surexcitabilité nerveuse : le caractère du malade a changé, il
est plus irascible, plus impressionnable, le sommeil est agité, les fonctions digeslives troublées. Tout cet état anémique sera traité par les amers, les toniques, le fer, le repos et la bonne alimentation. Il faudra mettre naturellement beaucoup d'opiniâtreté dans le traitement, car l'effet produit ne se fait que lentement en général.
La question des antispasmodiques a été totalement changée dans ces dernières années. D'après les anciens auteurs, l'utérus, qui craignait les mauvaises odeurs, les évitait par la fuite. Il aimait, au contraire, les parfums, et de là fumigations aussi nombreuses que ridicules que l'on pratiquait à la vulve, afin de l'attirer en bas et lui faire reprendre sa place naturelle.
Au fait, quelle est la valeur des antispasmodiques pour l'hystérie ? Faut-il croire Bernutz qui les préconise ou Briquet qui, au contraire, les défend absolument? Il faut savoir que, pour la névrose hystérique, ils sont autant inutiles qu'utiles pour ses diverses manifestations. Ils dissiperont, en effet, le nervosisme, l'agacement, l'éréthisme nerveux des malades : ils permettront de la sorte au traitement de fond d'agir plus efficacement. Toutefois, il est bon de tenir compte, dans ces cas, des susceptibilités personnelles, qui, avec la névrose, peuvent être poussées cà l'excès. L'opium sera préféré à la belladone. Le chloral peut être également employé, ainsi que le bromure de camphre. On les alterne les uns avec les autres, car, non seulement il faut les employer pendant longtemps, mais encore et surtout il faut les changer très souvent.
c) Traitement externe. — \J hydrothérapie, qui a été l'objet d'opinions contradictoires parmi les auteurs, est cependant un des moyens les plus sûrs que nous ayons pour lutter contre l'hystérie. Tous les phénomènes d'excitation disparaîtront par l'emploi de bains tièdes prolongés pendant quatre à huit
— r.\2 — heures. Les procédés varient avec les troubles fonctionnels, en procédant avec réserve dans leur choix.
Contre la dysménnorrhée, les douches en jet, généralisées ou localisées à la région hypogastrique ou le bassin, produiront les résultats les plus heureux.
Dans l'intervalle des attaques, des immersions tièdes ou peu froides, des lotions, des frictions avec un drap mouillé et non tordu et pratiquées en commençant par les régions inférieures du corps (1), feront disparaître, par leur effet sédatif, l'excitabilité nerveuse de l'individu. Après cette première tentative, on restaurera la nutrition et on rétablira l'équilibre du système nerveux en faisant des applications plus énergiques et en abaissant progressivement la température de l'eau.
L'élcctrisation faradique cutanée a aussi son indication dans les anesthésies : son action est lente, mais elle est indiscutable (2). Pendant les attaques de grande hystérie, M. Tessier (3), au moyen de courants continus de 10 à 15 éléments, a obtenu l'arrêt des convulsions, et, par l'interversion brusque et répétée d'un courant de 30 à 40 éléments, il a quelquefois fait avorter l'attaque. Il n'y a pas toutefois à se faire de l'illusion, et l'on peut dire avec Becquerel (4) que le traitement « de ces paralysies a fait la fortune de plus d'un électriseur, parce que dans leur traitement tout réussitet rien ne réussit ». Peut-on aussi se demander quelle est la véritable valeur thérapeutique de l'électricité dans l'hystérie? En remarquant la variabilité des résultats obtenus dans les divers troubles fonctionnels, il est impossible, jusqu'à maintenant, de formuler des indications bien précises et des règles thérapeutiques bien certaines.
(1) Beni-Barde, Traité d'hydrothérapie, 1879.
(2) Blanu Fonlenille, Progrès méd., 19 février 1887.
(3) De la valeur thêrap, des courants continus (Th. agr. Paris, 1878, p. 61).
(4) Traité des applications de ièlectr. à la thérapeutique, Paris, 1867.
La métallothérapie a sa place à côté de l'électrisation. Cette question a été très étudiée par Despine (1) (d'Aix-en-Savoie), Monard (2), Burq (3), Moricourt et beaucoup d'autres auteurs encore dans la suite. Chez certains hystériques anesthésiques et amyosthéniques, l'application de métaux sur la peau, pendant dix à vingt minutes, provoque en effet le retour de la sensibilité et de la force musculaire. Chaque malade est sensible à un métal et insensible aux autres : c'est là son « aptitude métallique ». Il peut être toutefois « bimétallique », « polymétallique » même.
Le phénomène que l'on développe ainsi est transitoire : l'anesthésie de retour ne tarde pas à revenir, qu'on enlève ou que l'on laisse sur la peau le métal « actif ».
Toute cette médication dont on trouvera tous les détails dans Charcot, Vigouroux (4), Dujardin-Beaumetz et Jourdanis (5), ne nous intéresse point tant à cause de son résultat thérapeutique, qu'à cause de l'importance diagnostique qu'elle peut fournir. Les résultats diffèrent selon que l'on s'adresse à l'hystérie en général, ou bien à une hystérie infectieuse. Dans le premier cas, en effet, les métaux ramènent la sensibilité avec transfert ; elle est ramenée sans transfert, au contraire, dans l'hystérie toxique. On voit de là toute l'importance que peut avoir, dans la suite, ce traitement.il est évident qu'à l'avenir, lorsque dans certains cas l'étiologie de la névrose sera douteuse, les services que peut rendre cette méthode seront immenses, car, là aussi, de la cause dépend un peu le traitement.
La Kinésithérapie fait aussi partie du traitement externe, et comprend la gymnastique et le massage. Charcot apréco-
(1) 06s. de méd. pratique, Annecy, 1833.
(2) Lyon médical, 1880.
(3) Lyon médical, et Bulletin de thérap., 1881.
(4) Vigouroux, Progrès méd. (12 septembre 1880).
(5) Soc. de thérap. (28 juillet 1880).
nisé, en effet, l'emploi du dynamomètre dans les monoplégies brachiales : chaque jour, on fait presser au malade le dynanomètre et l'on établit ensuite la courbe des résultats obtenus.
De même Seifert (1) et Bach (2) ont recommandé, dans les cas d'aphonie, le massage externe du larynx et des exercices méthodiques d'articulation.
Le traitement moral, enfin, a dans l'hystérie une importance considérable, car c'est peut-être celui qui porte le plus de fruits. Il faut toutefois, pour réussir dans ces cas, inspirer une très grande confiance à sa malade et la persuader que l'on a l'idée la plus exacte sur son mal. C'est ainsi que Guéneau de Mussy réussit à faire cesser les convulsions choréiformes à une de ses malades avec une pilule de mica panis.
Ce traitement a des relations très étroites avec un autre traitement très étudié par Blocq (3) et Charcot (4), connu sous le nom de traitement psychique. « Sans contestation possible, dit Charcot, il joue dans la plupart des cas un rôle considérable s'il n'est pas prédominant. Il y a près de quinze ans que je suis fermement attaché à cette doctrine, et tout ce que j'ai vu, tout ce que je vois, ne fait que confirmer de plus en plus mon opinion. » Il faut en effet isoler le névrosé, car son entourage contribue à lui favoriser un terrain de culture, autant par la sollicitude qui lui est prodiguée, que par la compassion qu'il peut inspirer. Le dédain que l'on peut avoir pour le mal du névrosé produit aussi le même mauvais effet. L'isolement donc s'impose de toute façon : mais il doit être excessivement rigoureux.
C'est dire qu'aucun membre delà famille ne doit accompagner le névrosé : il doit aller tout seul dans une station d'hy-
(1) Sent, médicale (15 novembre 1893).
(2) New-York med. Journal (22 octobre 1892).
(3) Trait, de l'h.yst. (Gaz. des hop.. 21 mai 1892).
(4) Essai sur les mal. du syst. nerv. (t. 111).
drothérapie, il doit se trouver dans un milieu complètement étranger, s'il veut réussir dans sa tentative. En Allemagne et en Angleterre, le traitement de Weir-Mitchell comprend, en effet, cet isolement auquel on joint naturellement les toniques, le massage, l'électricité et le repos.
h'hypnotisme peut être aussi d'une très grande utilité pour l'hystérie (1). « L'hypnotisation a pour but, dit M. Grasset, de modifier, en utilisant la suggestibilité du malade, c'est-àdire sa tendance à accepter sans contrôle les idées qu'on cherche à lui imposer, les conceptions dans lesquelles il se complaît et auxquelles il s'abandonne (2). »
Comme le remarque Babinski (3), tous les hystériques ne sont pas hypnotisables : toutefois avec de la patience on arrive la plupart du temps à des résultats inespérés. On arrivera parfois à atténuer les phénomènes morbides, parfois on ne leur donnera qu'une disparition passagère, parfois, enfin, on pourra arriver à les faire disparaître entièrement.
C'est là, d'ailleurs, l'opinion de Babinski : « L'hypnotisme est un état pathologique, dit-il, et non physiologique, c'est une manifestation névropathique qu'il est permis de rapprocher de l'hystérie. » Sans être tous des hystériques, les sujets hypnotisables sont toujours des névrosés et font toujours partie de la famille névropathique : ce sont des nerveux ou des prédisposés.
M. Grasset a fait, en 1889, une clinique sur l'hypnotisme tellement complète (4) que nous ne pouvons mieux faire que d'y renvoyer ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir, sur cette question, les plus grands et les plus exacts détails. C'est
(1) Janet, Arch. de neurologie (novembre 1892, p. 448). Blocq, Bul. mèd. (1889, n° 58, p. 921).
(2) Traité du syst. nerv. (t. II, p. 825).
(3) Gaz. hebd., juillet 1891 (n° s 30 et 31).
(4) Cliniques (p. 264 et suiv.).
là que nous puisons les quelques lignes qui suivent, car l'hypnotisme a, de nos jours, une place tellement nette et scientifique, qu'il nous semble nécessaire d'y insister.
Dans les applications curatives pour l'hystérie, le petit hypnotisme arrive à des résultats sans conteste, car il n'est pas nécessaire de développer la grande hypnose pour soulager fortement les symptômes de l'hystérique ; lorsqu'il faut ces derniers, tout au contraire, on est autorisé de caractériser la névrose comme étant beaucoup plus invétérée, partant plus pénible à enrayer.
La suggestion est, en effet, un des principaux éléments de la thérapeutique. Comme dit M. Grasset : « Thérapeutique hypnolique et thérapeutique suggestive sont deux synonymes. » C'est là, d'ailleurs, ce qui explique pourquoi Bernheim entre sur ce sujet dans de forts longs détails, alors que Charcot n'y consacre que quelques lignes : c'est qu'en effet l'hypnotisme de l'École de Nancy est le véritable hypnotisme thérapeutique. C'est en employant ce dernier que nous avons vu, à Montpellier, faire disparaître, chez des hystériques, des paralysies, des insomnies, des douleurs vives et des vomissements.
Dans ces derniers temps, enfin, on a voulu proposer et pratiquer, pour l'hystérie, un traitement chirurgical et faire l'ovariotomie, la clitoridectomie (1). Pitres (2) a fait ainsi la critique de cette thérapeutique: « Rien ne justifie ces opérations; rien, pas même le succès; car, avant de faire courir à une malade les dangers inhérents à une intervention san-
(1) Spencer Wells, Am. Journ. ofthe med. se, octobre 1886. Teissier, Thèse Paris, 1885.
Magnin, Th. Paris, 1886.
Castagne, Ablation des annexes de l'ut, dans l'hyst. (Th. Mont., 1891).
Polaillon, France mèd., 1892, n° 16, p. 254.
Antona et Jamii, Rifvrma médic, 1893.
(2) Revue générale de clin, et therap.
glante, il faudrait être certain que la guérison ne peut être obtenue par des méthodes plus inoffensives; et cette certitude on ne l'a jamais, on ne peut pas l'avoir. Il paraît même démontré que, dans les cas heureux où les mutilations organiques graves ont été suivies de la guérison d'accidents hystériques anciens, ce n'est pas l'opération elle-même qui a fait la cure, mais bien l'émotion provoquée par l'opération. »
Ce traitement donc n'est point rationnel, et d'ailleurs l'observation de Debove (1), qui a vu l'hystérie après une double ovariotomie, montre bien qu'il n'y a rien à attendre de ce traitement chirurgical.
(1) Soc. mêd. des Uâp., 18 nov. 1893.