PATHOGÉNIE
Le mode de production de l’hémoptysie dans l’hystérie a donné lieu à diverses interprétations, mais il nous semble aujourd’hui parfaitement .élucidé.
La théorie utérine qui associe l'hémoptysie hystérique au molimen menstruel et la met sous sa dépendance, fut soutenue par Pomme, Briquet. « Peter (Dict. de Jaccoud, art. HÉMoR- RAGIE) avance que chez certaines femmes,principalement celles qui présententun tempérament nerveux etchezles hystériques, on voit les menstrues remplacées pendant un temps plus ou moins long par des pertes de sang qui se produisent par le
nez, par l'estomac et par l’appareil respiratoire.» Bernutz
(Dict. de Jaccoud, art. HYsTÉRIE), le premier, s'élève contre ces idées et, « tout en admettant les rapports de l’hémoptysie névropathique avec les troubles menstruels, fait une large part à l'élément nerveux comme cause productrice » ; cette distinction excellente est reprise et soutenue brillamment par Carre: « Beaucoup d’hystériques, dit-il, crachent le sang, mais comme ces malades sont pour la plupart sujettes à des troubles menstruels, on a généralement considéré à tort l’hémoptysie comme une dérivation du flux cataménial. »
Il est certain que, dans quelques cas, ces hémoptysies sont de simples suppléances du flux menstruel, qu’elles constituent des règles déviées. « L'arrêt brusque de la fonction menstruelle, dit Vulpian, ou sa suppression complète détermine sans doute un état de souffrance dans les parties vasomotrices des centres moteurs qui président à celte fonction et cet état de souffrance, se transmettant à d’autres centres moteurs, il en résulte des congestions. »
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Mais la théorie utérine serait impuissante dans d’autres cas à expliquer ces hémorragies qui peuvent survenir chez des enfants non formées (Observation de Larbaud, 1882), chez des femmes bien réglées, ou chez deshommes, comme l’ontobservé Voisin et Laurent ; elles ne peuvent donc être manifestement dans ce cas, dit Bernutz, « que le résultat de la perturbation imprimée par l’hystérie à l’hématopoièse et doivent être regardées comme le fait d’un trouble analogue à celui que cette névrose peut susciter dans toutes les fonctions de l’économie. »
L'influence du système nerveux nous paraît donc indéniable, elle a été mise en relief par Parrot, qui dans un remarquable travail sur les sueurs de sang névropathiques (Gaz. hebd., 1859, p. 633) fait ressortir l'influence de l’hystérie sur la production d’hémorragies de toutes sortes. Magnus Huss, cité par Parrot, avait rapporté un fait identique, Ferron et Rathery, plus tard, relatent des phénomènes du même genre. Les physiologistes, notre illustre Claude Bernard, Brown-Sequard, Vulpian,prouvent d'une façonremarquable que les hémorragies pulmonaires produites par la section des deux pneumogastriques se reproduisent par l'excitation de certains points du système cérébral, tel quele pont de Varole, sous l'influence de certaines maladies de la moelle ou du cerveau, ou de certaines névroses (congestion cérébrale, atrophie musculaire progressive, épilepsie, chorée, hystérie). Toutes ces causes agissent en troublant le fonctionnement des nerfs vasomoteurs.
La moelle, point de départ des vasomoteurs, sous l'influence de lhystérie, réagit sur le sympathique, d’où partent des filets nerveux vasomoteurs ; il se produit consécutivement une contraction des vaisseaux, une exagération de leur tonus, un spasme, un excès de tension de sang qui se traduira par une
extravasation du sang. Cette opinion, exposée par Brown- Sequard, n’est pas admise par Vulpian, qui avec raison fait
constater que l’hémoptysie n'est pas toujours consécutive à l'attaque et est le plus souvent indépendante. Pour lui, après la période active, après la crise, survient une période de réaction dans laquelle le pouvoir excito-moteur de la moelle se trouve affaibli : il se produit une paralysie vaso-motrice transitoire, une cessation du tonus des vaisseaux qui se tra duira, si elle est poussée assez loin par une dilatation excessive et des hémorragies.
Pourquoi cependant cette localisation sur les poumons (?), pourquoi l’hémoptysie au lieu d’une hémorragie survenant sur un point quelconque du corps humain ? Peut-être à cause de la richesse du double réseau vasculaire du poumon, à cause des connexions de celui-ci avec le cœur, à cause de la fragilité de sa couche endothéliale. C’est enfin peut-être à cause des conditions constitutionnelles qui nous échappent, qui rendent le poumon moins apte à résister, qui en font un organe de minoris resistentiæ.
La distinction de l’hémoptysie considérée comme règle déviée et de l’hémoptysie indépendante de tout trouble menstruel, semblent ainsi complètement justifiée : nous pouvons même,à ces deux groupes d’hémoptysies hystériques, en ajouter un troisièmeet constituer alors trois grandes divisions. Nous aurons:
1° Les hémoptysies survenant au moment des règles, soit que celles-ci soient complètement supprimées, soit qu’elles soient diminuées d’abondance ; ce sont les vraies hémorragies supplémentaires qui se font par les diverses muqueuses bronchique, pituitaire ou stomacale ;
2° Les hémoptysies qui coïncident avec des menstrues normales, parfois même exagérées, et quipar ce fait ne pouvant être considérées comme des congestions compensatrices, admettent forcément la participation de l’élément nerveux.
3° Enfin dans un troisième groupe nous considérerons les
HAT IE hémoptysies qui sont indépendantes de toute menstruation, et manifestement provoquées par les perturbations vasomotrices que l’hystérie apporte dans certains organismes.