AVANT-PROPOS
L' « id6e de la mort, » c'est-a-dire la maniere dont toutetre, peuple ou individu, se represente la fin de rhomme, est, parmi iios raisons d'etre et d*agir, Tune des plus essentielles. Car il est peut-etre inutile de montrer que le sens de la vie m6me en depend. Suivant que Texistence s*arrete a la tombe ou qu'elle continue apres elle, rhomme borne ses d6sirs a la terre ou ne cherche au contraire qu'i s'en afiFranchir : selon les cas, un esprit different dirige sa conduite, et I'ideal ou il tend cesse d*6Lre le m6me. — Par suite , si nous arrivions k determiner la maniere dont les Grecs ont con^u la mort, nous verrions mieux ce que la vie etait pour eux et comment ils la comprenaient. J'ajoute que ce sont surtout ces consequences pratiques que nous nous proposons ici d'etudier. Par la, notre enquete, de philosophique et d'abstraite qu'elle pourrait 6tre, devient a la fois moins ambitieuse et plus precise.
De ce principe pos6 se deduit immediatement une premiere et importante consequence. Dans nos recherches, qui sont de fait et d'observation , nous sommes forces de nous appuyer sur des documents indiscutables, en assez grand nombre et assez probants pour que toute contestation soit impossible : seule leur concordance pent nous permettre d'en tirer quelque conclusion sur Fetat d'esprit des Hellenes. Or ou trouver ces documents, sinon a I'epoque classique, c'est-a-dire aux cinquieme et quatrieme si6cles? Avant le cinquieme siecle, les textes sont rares et