De l'Identité d'origine, de composition et de propriétés médicales des sources minérales du bassin de Vichy, et de l'avantage que présente, pour la consommation à domicile, l'usage de l'eau des sources froides des Célestins ou de St-Yorre contre les maladies de l'estomac, du foie et des reins
L'EAU DES SOURCES MINÉRALES DE SAINT-YORRE EST DE L’EAU DE VICHV AU MÊME TITRE QUE CELLE DE LA GRANDE-GRILLE, DE L’HÔPITAL, DES CÉLESTINS et D’HAUTERIVE — LES BAISONS D’INTÉRÊT PUBLIC QUI S’OP¬ POSERAIENT A CE QUE L’eau des sources de saint-yorre ne soit annoncée ET VENDUE SOUS LE NOM ])'Eau de Vtchy, sources de Sl-Yorre, EXISTERAIENT, PAREILLEMENT, POUR L’eaU DES SOURCES D’IIAUTERIVE QUI SONT SITUÉES A LA MEME DI^TANCE DE VICHY, DANS LA VALLEE DE L' AL¬ LIER, PRESQUE EN FACE DES PREMIÈRES, SUR LE CÔTÉ OPPOSÉ DELA RIVIERE.
— L’administration ne pourrait, dans tous les cas, en dehors de TOUTES stipulations LEGALES, ET SANS PROFIT POUR LE TRESOR PUBLIC, permettre aux fermiers DE l’etablissement DOMANIAL DE VICHY DONT LES SOURCES D’HAUTERIVE DÉPENDENT, CE QU’ELLE DÉFENDRAIT AU PROPRIÉTAIRE DES SOURCES DE SaINT-YORRE; ELLE NE SAURAIT, A CET effet, cumuler, au surplus, LE POUVOIR JUDICIAIRE AVEC LE POUVOIR ADMINISTRATIF.
Mon but en publiant ce Mémoire est d’éclairer l’Administration supérieure et d’empêcher que sa religion ne soit encore égarée par des assertions inexactes ou des appréciations erronées. Les que.slions qui lui sont soumises en valent
la peine, tant à raison des intérêts considérables qui s’y rattachent qu’à cause du vaste théâtre sur lequel leur solution est appelée à recevoir son application. L’eau de Vichy est de jour en jour plus employée à mesure que ses propriétés médicales sont mieux connues, et qu’il est plus facile de s’en procurer; et la métropole des établissements thermaux de l’Empire est aujourd’ hui le rendez-vous de l’élite de la société de tous les pays. Les actes du Pouvoir, en ce qui concerne cette localité thermale, doivent être, plus spécialement, s’il est possible, marqués au coin de la sagesse et de l’équité, parce qu’ils touchent à la santé publique, et qu’ils ont pour témoins des représentants de tout l’univers, qui, souvent, ne jugent et ne peuvent juger de l’Administration française que parce qu’ils en voient à Vichy,
Jamais Gouvernement n’a mieux compris que le nôtre, que pour développer la richesse nationale et accroître le bien-être des populations, il fallait, au lieu de chercher à les étouffer, seconder les efforts de l’initiative individuelle, supprimer les entraves administratives et favoriser la concurrence.
C’est encouragé par les proclamations réitérées de ces grands principes économiques que je me suis décidé, dès 1852, à consacrer mon activité, mon mince patrimoine et le fruit de bien des années de pénibles labeurs, à mettre les sources minérales naturelles de St-Yorre en état d’être exploitées utilement (1). Je n’entreprendrai pas d’énumérer ici les misérables moyens, les procédés méprisables qui ont été mis en pratique pour faire avorter mon projet, les manœuvres de toutes natures contre lesquelles j’ai eu à lutter, pendant plusieurs années, et à l’aide desquelles mes principaux concurrents et leurs affidés avaient espéré, en se coalisant et en se prêtant un mutuel concours, arriver à la suppression (car c’était, évidemment, le but si ardem-
(1) Tel est le commencement de cette guerre prétendue déloyale qu’on ne craint pas de m’accuser de faire aux fermiers de l’Etablissement domanial.
ment et si audacieusement poursuivi ) de l’établissement que je venais de fonder.
Après avoir, grâce à Dieu, grâce à notre auguste et bien-aimé Souverain, triomphé de toutes ces difficultés, il est assez naturel que je désire voir mes sources rendre aux malades tous les services qu’ils ont le droit d’en attendre. Or, il y a à cela un obstacle qu’il était de mon devoir de signaler à l’Administration supérieure, c’est l’interdiction qui a été faite, uniquement, comme je le prouverai tout à l’heure, dans V intérêt privé des fermiers de V Etablissement domanial, de donner à l’eau de mes sources le nom (ï Eau de Vichy, sources de St-Yorre, sous lequel elles sont désignées par tous les auteurs qui ont écrit sur les eaux de Vichy depuis une douzaine d’années. Cette défense est d’autant plus arbitraire que les fermiers domaniaux vendent et ont toujours vendu l’eau des sources d’Hauterive sous le nom d’ Eau de Vichy j, Hauterive. Cette différence d’étiquette est cause qu’un grand nombre de malades aiment mieux acheter l’eau d’Hauterive à 60 centimes la bouteille ou se résigner à se passer d'un remède qui leur serait si nécessaire, plutôt que d’acheter l’eau des sources de Saint-Yorre à raison de 40 centimes le litre.
Il en est de même des produits de Vichy : à la faveur d’une étiquette indiquant en gros caractères, un prétendu contrôle de VElat (1) que les agents du Gouvernement (dit le prospectus) exerceraient sur la fabrication de tous les sels et pastilles qu’ils débitent, les fermiers du Domaine sont parvenus à accaparer le monopole de la vente de ces produits à mon préjudice et à celui des consommateurs.
Cet état de choses est d’autant plus grave qu’il constitue ^en dehors de la loi de concession, et même sans aucun profit ipour le Trésor public, en faveur des concessionnaires de iV Etablissement domanial, une sorte de protectorat gouver- \nemental tout à fait contraire à la liberté du commerce et
(1) U est désormais avéré que ce contrôle n’est ni praticable ni pratiqué, let que celte étiquette ne sert qu’à assurer à la Compagnie le monopole [des produits de Vichy. N. L
de l’industrie ; et qu’il a pour résultat final une véritable spéculation sur la santé publique qui mérite de fixer l’attention de l’Administration supérieure.
C’est parce que je suis intimement convaincu que mieux renseignée qu’elle ne l'a été jusqu’à présent à cet égard, elle ne permettra pas que l’intérêt du public soit plus longtemps sacrifié à celui des fermiers du Domaine, que je n’ai pas hésité à former le pourvoi sur lequel le Conseil d’Etat est appelé à statuer.
Si, comme le prétend la Commission des eaux minérales des Bureaux du ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics, c'esldans Vintérêl de la santé publique et pour empêcher que les malades ne soient trompés sur la nature et sur la composition de mes eaux, que défense in a été faite d'accoler le nom de Vichy à celui de St-Yorre, sous peine du retrait de V autorisation de les exploiter, il n’aurait pas été superflu, avant de prendre une décision d’une telle gravité, de consulter sur ce point le Conseil général des mines , le Comité supérieur d’hygiène publique de l’Empire, et surtout l’Académie impériale de médecine. Car, aux termes de l’art. 2 de l’ordonnance du 18 juin 1823, cette t'ompagnie savante a mission d’éclairer le Gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique, et notamment sur les Eaux minérales naturelles et artificielles. Or, l’Académie n’a pas été consultée sur les inconvénients ou sur les avantages qu’il pourrait y avoir pour les malades à ce que dans mes annonces ou prospectus, j’accole ou n accole pas le nom de Vichy à celui de Saint-Yorre. Bien, dans les trois Rapports qu’elle a eu à faire à l’Administration sur l’eau des sources de St-Yorre, ne saurait, en aucune façon, autoriser ni justifier l’interdiction dont il s’agit. Loin de là, tous les trois constatent l'identité d’origine, de composition et de propriétés de cette eau avec celle des sources qui émergent au milieu de la ville de Vichy même.
Ainsi, nous lisons dans le premier de ces rapports officiels, après les constatations analytiques :
« UEau de Saint-Yorrey comme on peut le reconnaître, .SC rapproche par failemerit de la composition générale des sources nombreuses qui alimentent Vichy. Elle doit en représenter aussi les propriétés médicales ; c’est, d’ailleurs, ce qui a été constaté par un grand nombre de médecins dont les certificats sont joints aux pièces remises a V Académie avec la demande de M. Larbaud, etc. (1). »
L’eau de Sainl-Yorre venait alors suinter sur divers points d’une plaine appelée les Boulets; c’est dans cet état que la trouva, en 1853, le chimiste de l’Ecole des mines, qui fut envoyé sur la recommandation de M. Dufrenoy, par le Gouvernement, pour analyser sur place toutes les sources minérales du bassin de Vichy. Déjà. Vannée précédente y un échantillon de ces eaux, celle de Sainl-Yorre non exportée, avait été adressé au bureau de l’Ecole des mines ^ à Paris, par M. Leroy, alors régisseur de l’étahlissement thernjal, qui les avait recueillies de concert avec M. de Sénarmont. (Bouquet, Histoire chimique des eaux de Vichy y première page de l’introduction. )
Ainsi qu’on le voit, ce n’est pas d’aujourd’hui que les sources de Saint-Yorre sont comprises dans le hassiii liydrologicjue de Vichy; et ceux-l’i même qui les y ont classées seraient mal venus maintenant à contester leur similitude. Elles étaient connues de MM. A. Gallon et avant «pi’ils ne traitassent avec l’Etat 10 juin 1853); la nouvelle source des Célestins, la source Larbaud aîné et Mercier, sont d’exploitation beaucoup plus récente, et leur existence, comme celle de toutes les sources artificielles de la localité, sans exception, n’était point encore constatée alors que les sources naturelles de Saint-Yorre étaient connues, usitées dans le pays, et il ne restait plus qu’à les capter. On aurait donc pu stipuler dans la convention qui est annexée à la loi du 10 juin 1853, et à titre onéreux y qu’il ne serait pas permis de vendre l’eau des sources de Saint-
(1) Par l’entremise des Bureaux du rninistère de l’Agriculture et du Coinmerce.
Yorre sous le nom d’eau de Vichy. Il n’en a rien été ; et la seule chose que le Gouvernement ait garantie aux fermiers domaniaux, c’est l’exécution du décret du 28 mars 1848, qui interdisait les forages dans un rayon de 1,000 mètres au moins, autour des sources concédées.
On sait avec quelle rigueur fut observée cette convention, puisque l’administration, sur le rapport de M. Leroy, devenu commissaire du Gouvernement près l’établissement thermal, prétendant que par 1,000 mètres au moins, il fallait entendre un 'peu plus de 1,000 mètres, avait défendu à MM. Larbaud aîné et Mercier, de forer à 1,350 mètres des sources dont il s’agit. Le Conseil d’Etat n’a pas été de l’avis de l’Administration, et un Décret impérial du 13 décembre 1855 a fait justice de ses prétentions à cet égard.
Avant d’aller plus loin, je vais achever de prouver jusqu’à la dernière évidence l’identité d’origine, de composition et de propriétés des sources de Saint-Yorre et de Yichy. Pour cela faire, je n’aurai qu’à citer l’opinion des auteurs les plus autorisés.
MM. ïlîénard^ Chevreul, Balard, Dufrenoy et de Sénarmont rendant compte à l’Académie des sciences de l’ouvrage de M. Bouquet sur les eaux de Vichy constatent l’importance de ce travail et l’exactitude des résultats qu’il indique. « Si l’on compare, disent-ils, les analyses des différentes sources du bassin de Vichy, on est frappé d\ine identité presque complète , difficilemenl explicable si elles n avaient tomes une origine commune. » (Comptes-rendus des séances de l’Académie des sciences, t. xxxix, séance du 13 novembre 1854. )
Nous reportant à l’ouvrage de M. Bouquet, nous lisons aux pages 19 et 20 ce qui suit :
« Les sources minérales du bassin de Vichy qui percent les couches lacustres et tous les terrains meubles superficiels, ont, probablement une origine commune : leur identité de composition ne laisse guère de doute à cet égard. Les eaux souterraines et l’acide carbonique qui les accompagne,
semblent d'ailleurs parcourir en tous sens et en quelque sorte imprégner toute la masse des terrains stratifiés. De tous côtés on les voit jaillir naturellement et partout la sonde les a rencontrées ; il n’est pas rare, aux environs de Vichy^ de trouver des flaques d’eau stagnante, desquelles s’élèvent lentement des bulles de gaz ou qui résistent plus ou moins à la congélation, signe à peu près certain d’un épanchement superficiel des émanations souterraines.
» Tout doit faire considérer les sources de Vichy comme le centre de ces émanations : leur volume, leur température, leur réunion dans un périmètre assez circonscrit, ainsi que la masse des dépôts formés par elles. Nulle part leur trait ne paraît plus direct ; et si la sonde a partout ramené à la surface du sol des eaux relativement froides^ il est infiniment probable qu’il faut l’attribuer au peu de profondeur des forages toujours arrêtés à la première nappe ascendante, » Il n’est pas douleux, d’ailleurs, que ces eaux thermales aient leur point de départ au-dessous du terrain lacustre, et ne soient réellement de formation géologique, comme les roches cristallisées auxquelles elles paraissent subordonnées, etc., etc...
» Enfin, dit M. Bouquet (page 24), nous compléterons ce dénombrement des sources naturelles du bassin de Vichy, en ajoutant aux sept sources existant aujoud’hui dans l’intérieur de la ville, les deux fontaines qui sourdent spontanément auprès de Saint-Yorre. »
Le puits artésien qui a servi de texte et de prétexte à toutes les équivoques dont mes adversaires se sont repus pendant plusieurs années, n’exislait point encore.
» Pendant ceîlc courte période de six années 18i7 à 1853), dit encore iM. Bouquet (page 25), dix puits arté-
peu étendu, et ont, par suite, porté en définitive, à dixneuf, le nombre des issues naturelles et artificielles actuellement ouvertes à la nappe d'eau alcaline gazeuse du bassin hydrologique de Vichy. »
Ajoutons que ces indications de l’auteur sur le régime des eaux de Vichy, sont en partie empruntées au Rapport que M. Dufrenoy, dont personne, assurément, ne contestera la compétence en pareille matière, a présenté n M. le ministre de l’agriculture et du commerce, à la suite d’une mis^don spéciale dont il avait été chargé officiellement en 1851. (V. Bouquet, p. 25),
A la page 38 de son ouvrage, M. Bouquet complète les notions sommaires qu’il a données sur le régime des eaux deVichy,^hv la transcription d’une notice intéressante qu’il devait à l’obligeance de M. François, ingénieur en chef des mines; en voici le texte littéral :
« Les eaux minérales du kassin de Vichy jaillissent en se » faisant naturellement jour au travers des marnes calcaires » tertiaires et des alluvions anciennes de l’Ailier. Ces eaux » paraissent liées de position et d’origine, soit aux roches » de porphyre rouge quartzifère, dont la vallée de l’Ailier » marque sensiblement la limite occidentale depuis l’amont » de Vichy jusqu’au dessus de Cliâteldon, soit aux roches » de basalte et de Irapp qui se sont fait jour au travers des » porphyres. »
» .. .... L’ensemble de ces roches compose au sous-sol des
» cheminées ascensionnelles plus ou moins régulières, au )> milieu desqjucHes jaillissent les eaux minérales. Quelque- )) fois ces cheminées s’élèvent jusqu’au travers des sables »> et graviers qui composent les alluvions anciennes et mo- » déniés de l’Ailier. »
Aux pages 128, 129 et 152 du même ouvrage, nous trouvons le tableau comparatif de la richesse minérale des sources du bassin dont il est question dans la Notice de M. l’ingénieur François. Il suffit de jeter un coup d’œil sur ce tableau pour reconnaître leur identité de composition et admettre leur identité d’origine et de propriétés thérapeutiques,
Tableau comparatif de la richesse minérale des sources naturel les du bassin de Vichy et de leur température.
(Bouquet, 19, 128, 129 et 152, et 6 d’un Bouveau Mémoire).
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