‹ De l'identité de certains maîtres anonymesChapitre 7 sur 8 · VI. - JEHAN PERRÉAL DE PARIS · texte numérisé non relu

VI. - JEHAN PERRÉAL DE PARIS

ET

le Maître des Portraits des Bourbons 1488

(» le Maître de Moulins).

Parmi les diverses identifications que nous proposons, il n'en est aucune (celle d'Aelbrecht Bouts exceptée) . qui nous inspire une confiance plus complète que celle-ci, bien que nous n'ayons de preuve directe pour aucune œuvre en particulier.

Pour faire partager cette conviction, nous devrions, à plus forte raison que pour le Maître de Flémalle, entrer dans des explications détaillées : les coïncidences sont ici beaucoup plus nombreuses encore, et plus précises. En outre, certains arguments ne pourraient être développés qu'avec l'aide de reproductions photographiques, car, dans le cas présent, nous devrions commencer par établir l'unité de l'œuvre.

Nous ne ferons donc quénumérer les principaux modes de preuve.

La tâche préalable serait, comme nous venons de le dire, de reconstituer l'œuvre du maître anonyme dans la totalité de ses manifestations connues. Nous avions commencé à rassembler des notes dans ce but, lorsque parut le beau travail de M. Camille Benoit dans la « Gazette des Beaux- Arts ». Nous saisissons avec plaisir l'occasion de féliciter Fauteur, qui a rendu à la

France et à l'histoire de l'Art en général, un vérital service, en attirant, avec l'élégance de plume qu'on connaît, l'attention du public sur l'art français de fin du XV* siècle, toujours si injustement méconr Personnellement, nous lui devons de la gratitu pour avoir appris à connaître par lui, notamment le portrait de petite fille (Suzanne de Bourbon), et ce du dauphin Charles-Orlant , qui a apporté une nouve confirmation à notre hypothèse.

Toutefois, si intéressante et si instructive qu été pour nous.la lecture de ces articles, nous ne pouv( en partager toutes les conclusions.

Il faut reconnaître que, lorsqu'un nouveau grou ment d'œuvres commence à prendre forme, la grai difficulté est de distinguer, d'une part l'identité de i'arl, qui évolue d'après les directions successives de recherche, d'après la variété des milieux et des tem et se manifeste en des œuvres diverses; — d'autre p \'umlê d'aspect à laquelle aboutissent les productions mains multiples qui travaillent dans le même tem le même lieu, d'après des modèles et des enseigneme communs : là, différentes manières d'un même peintre ici, même manière de peintres différents.

Les critiques tombent le plus souvent dans extrême ou dans l'autre, suivant leur tempéramen téméraire ou timide. On disait jadis des théologi qu'ils inclinaient par nature à devenir jansénistes jésuites — La casuistique de l'art connaît les mêr

s : ceux-ci sont naturellement trop larges, )p étroits. Placés devant un groupe d'œuvres semblent, presque d'instinct les premiers se "tés à dire : « tout cela est du même peintre » mds par un effet d'habitude également autoîurprendront sur leurs lèvres les mots : « il guer plusieurs mains ".

;ant chaque auteur, il faut tenir compte de ints : M. Camille Benoit nous semble être un t des derniers. Il ne permet pas aux artistes ie l'ornière une fois tracée; volontiers, à la aviation, )e ne dirai pas qu'il pousse la cruauté

condamner à l'écarièlement, — disons qu'il lie par scissiparité. Nous croyons que tel fut r sa distinction entre le » Maître des Portraits

et le " Maître de Moulins », notre part, nous n'avons ni doigte ni hésitation nt : nous sommes aussi sûrs qu'on peut l'être latière, que ces deux groupes émanent d'un titique, et nous croyons même pouvoir deviner qui ont amené entre eux certaines diversités ;e.

Jmonstration de cette unité est essentielle;

pivot de notre argumentation ultérieure. — endra sans peine qu'il est impossible de la . Nous devons supposer acquis le point de lavoir que le même peintre est le Maître des le 1488 et le Maitre de Moulins.

Ce point de départ posé, voici, non pas le dé' ment des raisons qui nous font croire à son avec Jehan de Paris, mais les rubriques pri sous lesquelles ces raisons se rangent —

1° Argument du mérite et de la célébriti Aux environs de i5oo, Jehan de Paris et nul doute et sans comparaison possible, le p< plus renotnmé de la France. Le fait est tro( pour que la preuve nous incombe. — De même 1 inconnu, n'eût-il fait que le triptyque de Mou l'un quelconque des beaux portraits qui nous de lui, auteur d'une telle œuvre, il était sans ( inégalé en France à la même époque. Là-dessus pas n'est besoin d'insister.

30 Coïncidence entre la biographie de J Paris et la série des personnages dont le maître a fit les portraits.

En règle générale, lorsque nous savons qu"u a été officiellement attaché à la personne d'i seigneur, et que nous rencontrons des portraits ci et de sa famille, nous sommes déjà portés que cet artiste en est vraisemblablement l'aute lorsque ce peintre a été attaché à plusieurs pers et qu'on trouve des portraits de tous, sortis de main, alors il semble que le doute ne so^t plu;

Il en est ainsi pour Jehan Perréal :

Nous trouvons Jehan Perréal de Paris (proba- ..yonnais de naissance) établi à Lyon dès 1483 (i). ivons pas la preuve écrite, i) est vrai, que que l'ait employé; mais que celui-ci, voulant e son portrait, se soit adressé au meilleur e sa ville, c'est au moins chose fort probable. >r l'cçuvre la plus ancienne en date que nous ons du maître anonyme, est le portrait du de Bourbon, qui fit son entrée solennelle comme ue de Lyon en 1485. (On sait que Jehan de rigea les décors de cette entrée.) Le portrait Dn se trouve au Musée germanique à N'urenberg.

Jehan de Paris passe ensuite au service du duc e Bourbon et de sa ÎQmrat Anne de France.

î nous avons des renseignements : c'est par son :, nous rapporte-t-on, que son ami Jean Lemaire s fut attaché à la maison du duc.

Lussi trouvons-nous du maître anonyme toute ; de portraits : portraits du duc Pierre et de se Anne 1488 (Louvre) —portrait de leur fille (collection privée à Paris) — le triptyque de

Jehan de Paris fut le peintre officiel de Charles

le soyons pas surpris que le maître anonyme

:. Jthan Perréal, par E. L. tj, Clian'cl. — Lyon, 1874.

ait peint les portraits de Charles VIII et à'Ânnt tagne (Bibliothèque nationale), découverts par chot, — et le portrait du petit dauphin Charte.

d) — Jehan de Paris fut encore peintre en successeur de Charles VIII: Louis XII.

— Aucun portrait de Louis XII n'est citi étant de la même main A notre avis pourtan considérer comme exécuté par lui un portrait à 1'. dont nous ne connaissons malheureusement photographie par Braun (n" 18020).

Les autres œuvres du maître sont provis passées sous silence.

3" Nous ne nous contenton? pas du parai rénumération des fonctions de Jehan de Paris de ses patrons que les portraits nous représe parallèle deviendra infiniment plus frappant entrons dans le détail chronologique.

Sans nous étendre sur cette question, c seulement quelques points parmi les plus sa

A-t-on songé que l'âge apparent du de Bourbon fixe la date de son portrait p son entrée solennelle à Lyon, dont nous v dire que Jehan de Paris dirigea les décors?

A-t-on remarqué que la date attribuée, nous mais par M. Bouchot, d'après l'âge aux portraits de Charles VIII et d'Anne de est précisément l'année où, pour la première f(

itra en rapports directs avec eux, lors de inelle à Lyon, et où nous savons qu'il a dessiné ils en vue d'une médaille, occasion naturelle à eux de lui commander leurs portraits

tenu compte de la date précise du portrait uphin Charles-Orlant et compris les conséen découlent? Le dauphin y est peint à l'âge , qu'il n'atteignit que le 40 décembre 1494,

le départ du Roi pour l'Italie : celui-ci porter avec lui. — Le portrait fut pourtant 1 bagages à la bataille de Fornoue. Comment !nu? Il n'est pas difficile de le deviner :

;e d'épouse çt de mère, Anne de Bretagne pour le Roi absent l'image de son fils, nvoya. — Qft" peu après la bataille de us trouvons Jehan de Paris avec le roi à luî-ci, qui l'a attaché à sa personne en ilet de chambre, en informe le magistrat de qu'il soit exonéré de certaines charges. — aire de conclure que les deux faits sont ue le portrait a été porté au roi par son [ue celui-ci en a reçu la récompense?

approchement chronologique. Quand on

aux portraits de 1488, le triptyque de ésente quelques modifications de style ; dIus de généralisation dans les formes, plus i. — Réponse ; entre les deux œuvres se

place le voyage d'Italie qui laissa, nous le s si profonde impression dans l'esprit de Per

La composition des volets de Moulins d des portraits de i4''8, en ce que, au 1 détacher sur un fond de paysage, les pen sont représentés agenouillés dans une cham de courtines de deux couleurs. — Explical disposition est indubitablement imitée du tr roi René, à Aix. Aix n'est-elle pas sur l iltalie? N'est-ii pas naturel que Jehan de I passé, et qu'étant ensuite chargé dune œi importance et d'un caractère solennel analo soit souvenu du chef-d'œuvre de Nicolas — Voilà que même les différences sîgnaléi Cam. Benoit tourrient en faveur de notre

N'en disons pas plus long.

4" Argument, tiré des caractères de 1 l'anonyme, comparés avec ce que nous s tendances artistiques de Jehan de Paris.

Nous ne citerons ici qu'un seul trait : Benoit relève, avec sa finesse d'analyse habitue tion, la recherche et le goût qui distingue gement et l'ornementation des costumes chez de Moulins.'-— Nous songeons aussitôt à un< connue de Jehan de Paris, le costumier lence, qui non seulement était clMirgé d'h figurants de toutes les grandes cérémonies

jrailles, mais qui, lors du second mariage de XII, fut envoyé exprès en Angleterre pour y les couturiers chargés de composer à la mode nce les toilettes de Marie d'Angleterre, la nou- ;ine.

fin 5° : il nous reste une œuvre authentique an Perréal de Paris, bien que nous ne puissions

qu'à travers sa traduction en marbre : c'est ïre tombeau du duc de Bretagne François II, es, sculpté par Michel Colombe de i5o2 à i5o6,

les dessins de Perréal. Certes, l'exécuiion, ta hension de la forme, appartiennent au sculplaîs toute l'invention est du peintre-architecte. li par exemple qui a dicté la pose, et l'attifeles quatre grandes statues d'angles. — Comparez ■e de la Tempérance au point de vue de la , de la draperie, et même de certains détails ume, tels que les manches, avec celles de la le du triptyque de Moulins, de la S"^ Madee la coll. de Somzée.

lis déjà nous avons dépassé les limites que ■ions tracées à cette esquisse, bornons-nous aux ons résumées que nous venons de donner, garautres arguments en réserve.

Nous ne pouvons pourtant terminer i consacrée à l'un des plus grands artistes fva déplorer que des paroles aussi autorisées de M. Benoit et de plusieurs autres cher font honneur à leur pays, ne parviennent pa; en France le retentissement qui aboutit à d que dans ce pays, à part quelques louable) privées (nous pensons surtout au grand citoyi le duc d'AumaIe)(i) rien n'ait été fait pou musées de séries d'œuvres des premiers si peinture française. L'art français du XV' s commencement du XVI* est si rare dans 1 publiques, si absent, que maints Français bonne foi qu'il a été inexistant ou sans val quand d'aventure une œuvre se rencontre, r les mains d'un amateur éclairé, celui-ci régulièrement quelque école étrangère : el tîsée allemande, espagnole, italienne, fiamar Si flatteuses que soient pour nous ces anne lontaires, il y aurait de notre part injustice à 1( Ce n'est pas sous des noms d'emprunt et dans étrangers que doivent briller les joyaux de

Est-ce par inconscience ou par insoucia laisse ses trésors dans l'oubli? — Attendétranger, l'un ou l'autre patient érudit Aile

(i) Il convient aussi de citer M. Macict, dont la gi : a enrichi la France d'une œuvre des plus ptédeus<

la recherche des œuvres éparses, à leur on et à leur étude, et qu'à force de déraarbeur et d'obstination, il arrive enfin à montrer de la France et du monde quel a été, avant an italienne, l'art national français? — L'exis-

certain nombre de ces œuvres est connue; se trouvent encore en divers points du terans tout autre pays, elles seraient photoan en trouverait partout aisément les épreuves, Is en populariseraient les clichés, et les enfants traient dès l'école. — Mais, s'il est facile, lême, de trouver les documents nécessaires ie de tous les musées d'Italie, si l'on peut •er la reproduction de telle œuvre qu'on ; Meister Wilhelm, ou de Stephan Lochner, impie Herlin, qui se trouve dans n'importe ite ville d'Allemagne, on y chercherait par

vain, chez tous les marchands, les photoles tableaux et des peintures murales d'Avi- Villeneuve, d'Aix, du Puy, de Lyon, de e Dijon, de Troyes, d'Amiens, d'Arras, de Valenciennes, d'Abbeville, de Rouen (Cour le Loches, de Vieure, d'Ambîerle, etc., etc.

otographies, ou bien n'existent pas, ou bien iuvent renseignées nulle part. Parfois des t été exécutés, mais (ceci est un comble !) 'fendu den mettre les épreuves dans le cornit par pure étroitesse d'esprit, soit par l'effet

d'un mercantilisme bien malavisé, chaque détenteur ; d'une œuvre intéressante met un soin jaloux à empêcher qu'on en répande l'image : conservateur de '*^ musée, administrateurs d'hospice, concierge, bedeau, ou président de Cour, chacun met sa lumière sous le boisseau, comme s'il avait peur qu'elle ne rayonne, et qu'on ne puisse de loin profiter de sa clarté : pour rhistoire de l'art, la provincç, française est un vaste éteignoir. Que disons-nous : la province? — Tâchez donc seulement de voir le Calvaire du Palais . de Justice de' Paris!... *.

Qu'à l'époque où se sont constitués les musées français, époque où on n'admirait rien tant que les Italiens de la décadence, on ait négligé le vieil art national, cela n'a rien que de naturel et de général en Europe; — mais depuis?... Depuis que l'attention tiniverselle s'est portée sur l'art préromaniste, comment se fait-il qu'on nait pas, comme dans les autres pays, à tout prix cherché à combler la lacune?

Sans doute, le mode d'organisation des musées doit y être pour quelque chose : en France, comme en Belgique, sévit l'exécrable système àts commissions, garantie illusoire contre les abus, mais entrave efficace à toute action intelligente et rapide. Une collection placée sous un tel régime, ne saurait concourir avec la libre initiative d'un chef unique, capable et responsable, assisté de spécialistes, méthodiquement formés dès leur jeunesse en vue de l'aider, de le sup-

entuellement de le remplacer. Vouloir que re ou le Musée de Bruxelles fassent des ussi judicieux et à des conditions aussi faque le Musée de Berlin, c'est demander qu'un en liberté soit battu à la course par des de trait, attelés à des omnibus.

> cette explication est insuffisante. Ce n'est ement quand il fallait faire des découvertes re des décisions rapides que les musées franperdu l'enjeu de la lutte ; voici un exemple ; it d'Etienne Chevalier, le chef-d'œuvre de Jean

et de la peinture française du XV« siècle, ar son propriétaire, un vieux Francfortois, la France, et qui n'aimait pas les Prussiens,

Louvre à des conditions plus avantageuses 5 auxquelles il a fini par être vendu au Musée n, dont il est aujourd'hui l'un des plus préjphées. A quoi bon chercher dans le passé nples trop abondants ; au cours même de an de Bruges, vient de se vendre une des les œuvres de notre Jehan de Paris ; — elle été achetée pour la France.

s les connaisseurs étrangers s'étonnent d'une ction, et ce que nous disons ici tout haut, ; depuis longtemps, non sans commentaires, sterre comme en Allemagne.

is ne connaissons pas assez intimement les roual'administ ration française pour savoir à quel

vice il faut attribuer ces défaites successives, il s'agit de choses qui n'ont pour aucun autre p prix qu'elles ont pour la France.

Ce ne peut être le manque d'argent qui en un peuple aussi riche d'acquérir les œuvres le précieuses de son art national alors qu'il se à Paris des amateurs qui paient plus de cent francs pour de simples objets d'ameublement, c les tableaux d'un Nattier.

Plusieurs pertes sont déjà irréparables, ma couple de millions bien ménagés et judicieus employés permettraient encore à l'heure actue combler l'impardonnable et béante lacune des r de France. Bientôt il sera trop tard ; alors il : que les Français, enfin avertis que leur art a < ancêtres, aillent hors de France, chercher pénibl les reliques dispersées, et apprendre de rétran, connaître l'œuvre glorieux de leur race. — Le presse !

Serait-il vrai que le gouvernement français, i naire si prodigue de dépenses vaines, du momen peut en attendre une répercussion sur les voti montre parcimonieux envers ses collections natif même envers le Louvre? Cet incomparable et veilleux trésor, dont les monarchies abolies ont e la France, n'a-t-il rien à attendre de la démoi

L'Art et la Science ne répondent, il est vr aux instincts grossiers de la foule, ni aux a]

iers des coleries politiques exploitantes. — Sans les politiciens parlementaires français et les lements éphémères qu'ils chargent du service s passions et de leurs intérêts, sont exclusivebsorbés par les questions qui divisent ]a nation, it ni le loisir ni le souci de s'occuper des evés et des hautes entreprises en vue desquels vrait unir ses efforts — qu'il s'agisse du prestige ir de la France, ou de l'intégrité interne de deur morale.

st dans l'unique désir de rendre service à la et à l'Art, que nous avons dit les dures paroles :é. Les flatteurs ne sont pas les amis; les indiffée font pas de reproches : qui amat castigat.

isque les appels français ne réussissent pas à : entendre, le cri d'alarme d'un étranger pourraeiller les mauvais gardiens qui dorment ou nt?

lUS n'avons point d'illusions sur la portée de oix.

s amis de la France n'ont d'ailleurs, c'est à e, rien de bon à espérer pour elle d'un gouent qui sacrifie à de mesquines préoccupations lies (si ce n'est à des sollicitations que nous ons entrevoir) une des merveilles de la France l'Europe : les remparts d'Avignon, déjà battus :he par un acte de brigandage — resté impuni.

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