‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 11 sur 150 · CHAPITRE PREMIER. 3I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. 3I

Nous avons jusqu'à présent considéré la perception comme l'efFet d'une action directe de l'univers sur l'âme, et, raisonnant dans cette hypothèse, il nous a été impossible de rendre compte du phénomène; mais cette hypothèse ne serait-elle point fausse?

Elle l'est indubitablement. Il est faux que tous les corps soient capables d'exciter dans l'âme une perception. Un seul a ce privilège, celui que nous appelons le nôtre. Les phénomènes extérieurs sont pour l'âme comme s'ils n'étaient pas , tant qu'ils ne sont pas suivis d'un contre-coup dans le corps auquel elle est jointe. Et, à vrai dire, la définition donnée précédemment de la perception doit être modifiée comme il suit : La perception est une réaction déterminée de l'âme à la suite d'une modification également déterminée du corps.

'Considérons d'abord les relations de ce corps avec ceux qui l'entourent. Il est clair que les difficultés proposées , lorsqu'il s'agissait d'expliquer la correspondance entre les états de l'âme et les modifications des corps, disparaissent dès qu'il est question des relations des corps entre eux. Bien plus , autant il est

malaisé de concevoir la dépendance de l'âme par rapport aux choses extérieures , autant il serait difficile de s'expliquer l'indépendance du corps. L'univers en effet pèse tout entier sur chacune de ses parties; il est, comme dit Leibnitz, tout d'une pièce. Telle est la connexion des phénomènes simultanés, que chacun peut être considéré comme une condition de tous les autres. Ceux-là même qui s'accomplissent le plus loin de nous ne laissent pas d'avoir quelque actioQ ; que Ton songe, si l'on veut, à l'influence que les mouvements des astres exercent continuellement sur nous. De plus, comme le présent dépend tout entier du passé, on peut dire qu'en représentant l'état actuel des choses, le corps en exprime par cela même tous les états passés, qui sont en quelque sorte résumés , condensés dans le présent. En effet , pour reprendre l'exemple précédent, l'obliquité de l'équateur sur l'écliptique, qui produit les saisons, est due à des causes qui agissaient il y a bien des siècles.

Remarquons maintenant que toutes les actions des forces extérieures sur le corps , si nombreuses qu'on les suppose, se composent à chaque instant en une résultante unique, qui est, comme on sait, un certain

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