‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 10 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tout effet est au confluent de plusieurs causes. Dès lors, il est absolument impossible qu'un enchaînement quelconque de perceptions représente un enchaînement quelconque de phénomènes, tout comme il est impossible qu'une ligne représente jamais une figure à deux ou à trois dimensions.

Assurément, en usant des divers procédés d'induction, nous pouvons retrouver en partie l'ordre de la nature et rattacher chaque phénomène à ses antécédents les plus proches; nous arrivons ainsi à concevoir une suite naturelle de phénomènes, mais non à la percevoir, et si, cette suite une fois conçue, nous nous figurons la percevoir réellement , c'est qu'au milieu. des perceptions qui se présentent confusément à chaque instant , nous faisons plus ou moins abstraction de toutes celles qui ne lui appartiennent pas.

Ces conclusions conduisent-elles à douter de la réalité de la perception? Nullement, à moins que l'impossibilité d'expliquer un fait ne soit la même chose que la négation de ce fait. De telles spécula-

tions, quel qu'en puisse être le résultat , ne sauraient donc présenter de bien sérieux dangers. Le scepticisme idéaliste sera toujours une gageure audacieuse de quelques esprits subtils et distingués, contre le sens commun , ne disons pas le bon sens , incapable non-seulement de résoudre de tels problèmes, mais encore de les poser. Peut-être même n'est-il pas inutile qu'il y ait de semblables esprits , ne fut-ce que pour secouer la torpeur de ces philosophes qui savent concilier un doute dédaigneux pour les choses de l'âme , les seules pourtant qui tombent directement sous nos prises, avec une confiance naïve en la valeur •des preuves plus difficiles et compliquées de ce monde des corps qu'ils jugent si solide. Il serait puéril de craindre qu'une erreur si peu contagieuse pût jamais toucher le commun des hommes. Si haut que parlent les philosophes, ils n'étoufferont jamais la voix plus puissante dont l'univers plaide sa cause et s'impose sans cesse à notre foi. Ne laissons pas cependant de rechercher s'il est quelque moyen de faire disparaître les contradictions signalées plus haut, ou s'il ne reste qu'à confesser notre ignorance et à nous incliner devant un mystère impénétrable.

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