CHAPITRE X
Il faut dès lors, pour résoudre le problème, se représenter l'ensemble des forces en présence et des lois qu'il convient d'appliquer, ce qui suppose une puissance d'imagination plus grande qu'on ne le croit d'ordinaire. Dans les sciences exactes même, il n'est pas de méthode pour trouver les propositions sur lesquelles doit se fonder la preuve d'un théorème ou la solution d'un problème. Il y faut une sorte d'inspiration assez semblable à celle de l'artiste ou du poëte. Les mathématiciens ont aussi leur muse.
La raison, d'accord avec la loi divine toujours, avec la loi humaine souvent, promulgue certaines lois sur lesquelles se doit régler la vie, certaines fins excellentes par elles-mêmes, vers lesquelles on doit tendre , et d'autres mauvaises dont on doit se détourner sous peine de déchoir. Elle nous montre une perfection à laquelle nous ne parviendrons jamais, mais dont nous devons chercher à nous rapprocher sans cesse. Voir cette perfection, et, tout en désespérant
de Tatteindre, ne nous y résigner jamais, avancer vers elle en dépit des obstacles, marcher toujours alors même que des démarches contraires nous en ont éloignés, nous relever si nous sommes tombés, c'est le
devoir.
Cette perfection étant considérée comme la fin suprême de la vie, c'est à l'imagination qu'il appartient de concevoir une conduite capable d'y mener. Pour cela, elle agit de la même manière que s'il fallait inventer un instrument ou découvrir la cause d'un phénomène; elle suggère diverses combinaisons, entre lesquelles on choisit ce|le qui semble conduire le plus oùrement au bien. Elle se règle sur certains modèles qui ont le plus approché de la perfection , ou sur le divin idéal, en qui cette perfection s'est révélée aux hommes vivante et agissante.
Après avoir montré la route, l'imagination aide encore à la parcourir. La vertu est diflScile, parce que les obstacles sont présents et que le prix de la lutte est si éloigné qu'on le voit luire à peine au bout de la carrière. Les objets les plus proches nous charment et nous éblouissent si fort, que volontiers nous jugeons vaines et incertaines les récompenses promises à la