CHAPITRE X
exigent le concours de tant de causes que l'on ne sait trop ce qu'il faut conclure du succès ou de l'insuccès de l'expérience. Ces chances d'erreur se multiplient à mesure que les phénomènes sont plus complexes et dépendent de causes plus nombreuses; on voit, par exemple, combien il est malaisé d'interpréter le résultat d'une expérience faite sur des êtres vivants.
Plus l'esprit du savant lui suggérera de conséquences diverses de son hypothèse, plus aussi il aura de chance d'en rencontrer quelqu'une d'une vérification facile. La même fécondité d'imagination lui fera trouver encore les moyens pratiques de mener l'expérience à bonne fin, les instruments les plus commodes, les plus simples y les moins coûteux. Elle le rendra avisé et inventif ingénieux dans la disposition des appareils, plein de ressources pour suppléer à ce qui lui manque, se passer des outils qu'il n'a pas, en détourner d'autres de leur usage primitif pour les faire servir à ses desseins. Je ne sais plus qui disait que le vrai savant doit savoir percer avec une scie et scier avec une vrille; et, de fait, c'est souvent un signe de médiocrité que d'encombrer son laboratoire d'un luxe de machines, de fourneaux, d'outils bizarres et com-
pliqués. La science a rarement besoin d'un si grand appareil. C'est plaisir, au contraire, de voir un habile homme aux prises avec de méchants instruments : comme il sait se faire obéir de ces serviteurs indociles, comme il brise leur résistance , comme il en obtient des services qu'ils semblaient incapables de rendre et qu'ils refuseraient à tout autre qu'à lui! On dirait un grand général qui inspire son âme à de mauvais soldats et sait avec eux accomplir de grandes choses.
Il est inutile d'insister longuement sur le rôle de l'imagination dans la méthode déductive. Si un phénomène dépendait d'une seule loi, il suflSrait d'appliquer presque machinalement les règles du syllogisme pour le prédire à coup sûr; la conclusion jaillirait du simple rapprochement des prémisses. Maij il n'en va pas ainsi, et chaque fait particuUer résulte pour ainsi dire d'une superposition de lois dont il faut n'omettre aucune pour prévoir le résultat. Le volume occupé par un gramme d'hydrogène à une certaine pression dépend bien certainement de la loi de Mariotte, et peut en être déduit, mais à condition de tenir compte aussi de la température, de l'élasticité des parois, de la pureté du gaz, et d'une foule d'autres circonstances.