‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 125 sur 150 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

pratique ou scientifique, il n'imt)orte. Elles ont leur valeur propre et nous plaisent comme à un homme vigoureux et dispos une promenade sans but, dans un beau pays et sous un beau ciel.

Parmi ces images, il faut noter d'abord celles qui plaisent parce qu'elles contiennent les idées de sensations agréables. Il est doux pendant l'hiver de se figurer la chaleur pénétrante et la clarté joyeuse d'un bon feu. Après un jeûne plus ou moins long, la seule pensée d'un bon repas récrée et réjouit. On pense volontiers à une agréable combinaison de couleurs, par exemple à deux couleurs complémentaires juxtaposées, ou de sons, par exemple à un accord parfait.

Chaque sens donne ainsi des sensations agréables en l'absence de toute idée associée. Ce sont là des plaisirs qui naissent immédiatement de l'action des objets sur les organes et qui ne manquent jamais, pourvu que l'on soit dans des conditions qui permettent de les goûter. Otez ces sources primitives de jouissance, il n'y aura plus rien d'agréable d'une façon permanente, et tout plaisir dépendra des circonstances.

Mais il s'en faut bien que la qualité propre des sen-

sations et des images soit toujours la cause unique de rémotion agréable qu'elles nous donnent. En effet,

des sensations ou des idées indifférentes par elles-mê-

mes peuvent exciter une vive émotion, et le plaisir qui suit des images ou des sensations agréables est quelquefois hors de toute proportion avec la cause qui le produit. C'est que, outre leur valeur propre, certaines images ont encore une valeur expressive. Elles se présentent avec un nombreux cortège d'autres images et d'émotions diverses, et elles nous touchent parce qu'elles sont le signe de ces images et de ces émotions. Cette qualité de certaines images d'exciter une émotion qui semble en dépasser la portée, c'est ce qu'on appelle la beauté.

Si le nombre de ces idées est si grand qu'il semble infini, si l'émotion qui les accompagne est rare et forte, alors naît le sentiment du sublime.

La verdure tendre et luisante des jeunes feuilles est sans doute une joie pour les yeux ; mais d'où vient qu'en les regardant on se sent tout autrement ému qu'à la vue de quelque étoffe de soie d'une nuance aussi belle? N'est-ce pas à cause des images tristes ou riantes que les premiers jours de printemps ne

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