CHAPITRE XI
manquent jamais de ranimer dans le cœur?- Et si un horizon sans limite, le bruit lointain d'une cascade, une colonne restée seule debout au milieu des ruines d'un temple nous paraissent sublimes, n'est-ce pas encore à cause du nombre et de la grandeur des idées qui sont associées à ces images ?
Il s'en faut tellement que le beau ou le sublime tiennent à la nature propre des sensations, qu'au contraire ces sentiments ne sont jamais si forts que lorsque les objets qui les provoquent sont hors de toute proportion avec l'émotion qu'ils excitent. « S'il est vrai, dit J. P. Richter, que le sublime sbit toujours attaché à un signe en nous ou hors de nous, il arrive souvent que ce signe ne requiert aucun exercice de l'imagination ou des sens. Prenons pour exemple ce poëme oriental où le prophète attend la marque du passage de la divinité; celle-ci ne se présente ni après le feu, ni après le tonnerre, ni après la tempête, mais elle vient enfin avec un souffle doux et léger; ce qu'il y a de douceur dans ce signe le rend évidemment plus sublime que le spectacle de la majesté elle-même. Ainsi la sublimité esthétique d'une
action est toujours en raison inverse de la grandeur
du signe sensible, et le plus petit signe est le plus sublime. Le mouvement des sourcils de Jupiter a beaucoup plus de sublimité que celui de son bras ou de toute sa personne. »
Le lecteur se souvient de cette pièce charmante de la Légende des siècleSy de Victor Hugo : la Rose de V infante. C'est par un beau soir d'été ; la petite infante d'Espagne, fille de Philippe II, joue dans le jardin de l'Escurial. Le ciel est calme; les derniers chants des oiseaux animent seuls le feuillage immobile; nulle ride sur l'eau des bassins où les beaux cygnes nagent majestueusement. L'enfant tient une rose épanouie qu'elle baise et caresse par moment. Cependant le sombre roi, debout près d'une fenêtre, songe à sa flotte, l'invincible Armada, qui vogue vers l'Angleterre. Tout est bien, l'Océan docile s'aplanit; les ordres se croisent et se répondent; les matelots tendent les voiles, et l'Angleterre frémit en attendant le coup mortel.
« Soudain un souffle d'air, une de ces haleines « Que le soir frémissant jette à travers les plaines ; « Tumultueux zéphir effleurant l'horizon, « Trouble l'eau, fait frémir les joncs, met un frisson