‹ De l'imagination: étude psychologiqueChapitre 44 sur 150 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

raison, affirment la réalité de leurs perceptions pendant la maladie. « J'ai vu, disaient-ils à Esquirol, j'ai entendu aussi distinctement que je vous vois et que je vous entends (i). »

Les aliénés, lorsqu'on nie la réalité objective des objets de leurs hallucinations, répondent : Je ne suis pas fou, je sens bien ce que je sens. « Il n'y a rien à répondre à cela ; leurs hallucinations sont plus fortes, plus nettes, plus suivies, que la plupart de nos vraies sensations. »

Un jour, Foville veut discuter avec un prêtre halluciné la réalité objective des images qui l'assiègent. « Monsieur, répond le malade, je dois donc douter de tout ce que vous me dites, je dois douter que je vous vois, que je vous entends (2). »

Un Portugais répond à Leuret dans les mêmes circonstances : « Vous prétendez que je me trompe parce que vous ne comprenez pas comment ces voix que j'entends arrivent jusqu'à moi, mais je ne comprends

(i) Lelut : Démon de Socrate, 295.

(2) Foville : Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, article Aliénation mentale, tome I"' , 485. Consulter aussi Brierre de Boismont : Des Hallucinations, et Taine : De V Intelligence.

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pas plus que vous comment cela se fait ; ce que je sais bien, c'est qu'elles y arrivent, puisque je les entends; elles sont pour moi aussi distinctes que votre voix ; et si vous voulez que j'admette la réalité de vos paroles, laissez-moi admettre la réalité des paroles qui me viennent je ne sais d'où, car la réalité des unes et des autres est également sensible pour moi (i). »

Une jeune fille hallucinée se croyait entourée de démons ; elle Içs voyait, les entendait, les touchait;» et quand on voulait la tirer de son erreur, elle répondait : « Comment connaît-on les objets ? parce qu'on les voit et qu'on les touche; comment connaît-on les personnes ?. parce qu'on les voit, qu'on les entend et qu'on les touche. Or, je vois, j'entends, je touche les démons qui sont hors de moi, et je sens de la manière la plus distincte ceux qui sont dans mon intérieur. Pourquoi voulez-vous que je répudie le témoignage de mes sens, lorsque tous les hommes les invoquent comme l'unique source de leurs connaissances ? » Et quand on comparait son état à l'état des autres malades dont elle reconnaissait elle-même la

(i) Leuret : Fragments psychologiques, 209.

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