CHAPITRE V
folie : « Ce que mon œil voit, répondait-elle, mon oreille l'entend, ma main le touche; les malades dont vous me parlez se trompent, l'un de leurs sens est contredit par l'autre; pour moi, au contraire, j'ai l'autorité de tous (i). »
Les malades qui entendent des voix, les distinguent fort bien des voix intérieures ou simples suggestions; ils en indiquent le timbre et la hauteur, ils apprécient la rapidité ou la lenteur du discours : nous savons ainsi par Luther que la voix du diable est grave et forte, et qu'il pose ses arguments d'une façon pressante.
Les mêmes observations s'appUquent aux hallucinations du toucher, du goût ou de l'odorat : toutes sont des perceptions réelles. Un malade croit attraper des farfadets et les attache à ses draps avec des épingles comme il ferait des papillons ; un autre prend de petits fantômes comme on prend des mouches et les lance à terre avec force. Certains extatiques sentent
(i) Bayle : Revue médicale. Je remarque cependant, à propos de cette observation, que Tauteur qui la rapporte semble bien prêter à la malade ses propres idées, son propre langage et même sa propre théorie sur Torigine des idées.
io6 DE l'imagination.
sur leur palais toutes sortes de saveurs délicieuses; des malades se plaignent de rencontrer mêlés à leurs aliments du vitriol, de la terre, du plâtre; ils trouvent que tout sent la pharmacie, a La sensibilité générale prête aussi à des déviations du même genre. Beaucoup d'individus se montrent convaincus qu'on vient de les pincer ou de les piquer, ou que dés animaux courent entre leurs vêtements et leur peau. Souvent ce sont des secousses que le malade croit éprouver, et qu'il attribue à une influence électrique (i). »
Ces exemples, et il. serait aisé d*^en multiplier le nombre, sont décisifs. La perception, c'est-à-dire l'image accompagnée de sensations, est possible en l'absence de tout antécédent extérieur.
(i) Poincaré : Leçons sur la physiologie du système nerveux, tome II, page 206.
On peut encore lire l'ouvrage du docteur Despine : De 2a Folie au point de vue philosophique. Paris, 1875. « L'halluciné, dit-il, voit par ses yeux l'objet représenté dans le phénomène comme si cet objet existait et comme s'il avait réellement impressionné le nerf optique. La connaissance de l'hallucination, le raisonnement qui démontre l'impossibilité de la présence des objets, le témoignage d' autrui qui en affirme la non-existence peuvent seuls donner à l'halluciné la certitude que ces objets n'existent pas (page 221). »