‹ De l'imaginationChapitre 2 sur 20 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

'- J'avais cru long-temps avoir , sur l'imagination des femmes enceintes , des idées à peu près conformes à celles des autres médecins , croyant qu'ils ne lui attribuaient qu'une influence indirecte et médiate sur les produits de la gestation , à raison du trouble qu'elle apporte à la circulation et à la nutrition ; en sorte qu'en ne consultant que les autorités , leurs témoignages et le mien semblaient acquis à la même doctrine. Mais je me suis aperçu, depuis, qu'il y a une grande différence de croyances à cet égard , et je ne puis mieux comparer l'erreur de ceux qui les assimileraient, qu'à celle d'un homme qui, ayant vu superficiellement un tableau , prêterait la même figure à chacun des personnages dont il se compose , ou croirait avoir reconnu les traits de la sienne dans toutes les autres ; comme font ceux qui ne voient que leur opinion dans tous les auteurs qu'ils peuvent citer comme partisans du pouvoir de l'imagination maternelle. C'est après avoir été témoin des discussions que firent naître, en 1806, dans le sein de la Société de Médecine de Paris , des observations sur des difformités de nais-

sance qui lui furent soumises , et après avoir remarqué que plusieurs de ses membres voulaient y reconnaître une influence directe de l'imagination maternelle , et en quelque sorte l'apposition d'une empreinte modelée par elle sur un objet déterminé , qu'il me vint à l'esprit d'écrire , sur ce sujet, un Mémoire sous le titre de Considérations physiologiques sur le pouvoir de l'imagination maternelle durant la grossesse , lequel a été inséré en entier, en 1807, dans la Bibliothèque Médicale , tom. xvn. Cinq cents exemplaires de ce Mémoire furent jetés dans le commerce de la librairie où il n'en reste plus depuis long -temps.

C'est ce succès,, joint à de nouvelles demandes souvent réitérées, qui m'avait engagé à rassembler successivement des matériaux pour reproduire le même sujet avec plus d'extension et de perfection; et , lorsqu'il fut question du Dictionnaire des Sciences médicales , auquel plusieurs de ses collaborateurs m'avaient invité à prendre part , je compris ce même sujet dans le nombre des articles que je me proposais d'y fournir, en en remettant une liste à M. Pariset et une autre à l'éditeur; mais le délabrement de ma santé , une pratique étendue et d'autres obstacles , me firent ensuite renoncer à cet objet , et la monnaie de mon ouvrage fut distribuée à plusieurs collaborateurs qui ont reproduit en partie mes idées , ce qu'ils n'auraient pas fait sans faire mention de mon Mémoire, dans la crainte d'en être regardés comme les auteurs, s'ils ne les eussent trouvées bonnes. Cela m'a confir nié dans l'idée qu'une seconde édition aurait son uti-

lité, d'autant plus qu'après avoir lu les différens articles du vaste Dictionnaire , qui se rattachent h mon sujet , j'ai jugé que la matière n'était pas épuisée. Dèslors, j'ai préparé cette seconde édition que j'ai retardée jusqu'aujourd'hui 9 parce que je voulais en changer et en agrandir le plan , en y fesant des additions importantes qui ont nécessité un autre titre.

Pour ménager des repos à l'esprit du lecteur \ je divise cette fois l'ouvrage en plusieurs chapitres ou points de vue sous lesquels viennent se grouper les objets les plus identiques , ce que je n'avais pas fait en premier lieu , ne croyant alors écrire que pour les médecins et les gens de lettres. Sachant que mon ouvrage a été lu et recherché par les gens du monde, je me suis appliqué à mettre le langage médical à leur portée , et j'ai traduit les citations latines de la première édition , en les fesant presque toutes rentrer dans des notes au bas de la page où se trouve aussi l'explication de plusieurs expressions peu usitées dans la vie commune. J'ai cru aussi devoir traiter de l'influence directe de l'imagination , soit qu'elle cède à l'empire des circonstances accidentelles, comme dans la frayeur , l'imitation , la fascination , ou qu'elle suive les impulsions de la prévention , du charlatanisme ou de l'ascétisme , afin de mieux faire comprendre ses effets directs.

Ce n'est qu'après avoir coulé à fond les faux raisonnemens et les prestiges qui déplacent la discussion, pour en faire perdre de vue le véritable objet, que j'aborde spécialement les effets de l'imagination ma-

ternelle sur l'embryon et le fœtus , en rapportant et en soumettant à la critique les phénomènes les plus extraordinaires et les plus curieux qu'on lui a attribués dans les temps anciens et dans les temps modernes. Pour mettre le lecteur plus en état d'apprécier luimême les faits et les raisonnemens qui s'y rattachent, j'ai cru devoir aussi donner un chapitre sur la génération , et enfin un résumé des causes les plus probables et les plus ordinaires des difformités de naissance.

Page 1