DE LIMITATION THEATRALE
Sans doute, il est chez l'homme une vie de sentiment qui précède la raison, qui s'exerce à côté d'elle et souvent à son insu, qui souvent lui cède et plus souvent la domine ' .
Cette vie mystérieuse explique en nous ce que la raison ne saurait expliquer. Son action se fait
f Intrigue et l'amour, de Schiller. — Martimer, personnage du même auteur, étreignant Marie Stuart. et lui proposant de la violer, quelques heures avant son supplice ; et comme celle-ci résiste et ne veut pas se laisser avilir à ce point, ce forcené lui rappelant qu'elle n'a pas toujours été insensible, et lui jetant à la face les noms de ceux qu'elle a rendus heureux ! Voilà ce qu'on supporte en Allemagne.
1. C'est ce que M. Henri Blaze, traducteur de Faust, a essayé d'expliquer dans une étude sur la mystique, élucubration des plus abstruses et tout à fait digne de l'œuvre à laquelle elle est consacrée. M. Henri Blaze s'est laissé prendre au romantisme de Goethe qui s'était luimême abîmé dans les rêveries du plus désordonné panthéisme ; il en a toutes les idolâtries : c'est un homme d'esprit et de talent qui veut, à toute force, expliquer les oracles d'un faux dieu. Ne nous moquons plus du jargon des Précieuses de Molière. îl y a cette différence entreelles et les mystiques d'outre-Rhin, qu'on peut les comprendre encore 'elles) et s'en amuser, tandis que ces messieurs ne se comprennent pas eux-mêmes et nous font bâiller d'horreur et d'ennui. Je ne dis rien de trop.
remarquer dans les différentes phases de la vie des peuples aussi bien que dans les conditions de notre existence individuelle. Au nombre des impressions qu'elle tend à développer en nous, il en est, sans contredit, de respectables et que la raison peut avouer, que la raison doit protéger; mais il en est aussi de dangereuses et dont la raison doit réprimer les habitudes. 11 est temps d'y songer dans l'intérêt de la morale et du bon goût. Notre honneur national y est même engagé, car il y va de ce qui nous distingue le plus : je veux parler de ce vieux bon sens gaulois qui explique si bien l'universalité de notre langue et de notre littérature, et qu'on ne serait pas fâché d'atteindre et d'humilier. C'est donc à nous de le défendre et de l'opposer partout et sans relâche, aux barbares du dedans comme à ceux du dehors.
Un mot de conclusion. La poétique du théâtre se réduit, comme on a pu le voir, à un très-petit nombre de principes ; et chose remarquable, il n'en est pas un qui n'ait été posé par Aristote, au moins implicitement. Il était bon de les rappeler avec ordre, en les tirant du chaos qui s'est fait
autour d'eux, depuis l'abbé d'Àubignac jusqu'à M. Victor Hugo. Je n'ai rien inventé , Dieu merci. Les vérités acquises et consacrées par le temps, sont à mes yeux les plus respectables ; et j'aime mieux avoir à les constater qu'à en chercher d'autres.- Il n'y a ici rien de nouveau que des mots rendus à leur véritable sens et des idées remises à leur place.