PARAGRAPHE [V
*E» X. "1 et l'expérience de Paul.
Il semble que nous n’ayons vu jusqu'ici en Paul qu'un docteur soucieux de formuler sa pensée le plus systématiquement possible. Peut-être trouvera-t-on que le rabbin est encore trop vivant chez cet apôtre, et que cela est prouvé par le choix même des prépositions : car ce ne sont là que des subtilités de docteur juif, qui montrent à quel point l’apôtre avait gardé l'empreinte de l’enseignement de Gamaliel.
I ne faut rien exagérer. Sans aucun doute les écrits de Paul témoignent de l'influence rabbinique. Mais nous avons vu que cette influence est relative, et que Papôtre a su s’en affranchir quant à la forme. Nous avons constaté que &» Xo. ‘’Inco n’autorisait aucun rapprochement avec l’hébraisme, mais avait des analogies dans le grec profane. Nous avons dit enfin qu’en dépit de ces analogies l’expression paulinienne devenait, par son contenu, une création de l’apôtre. : |
Nous insistons sur ce dernier point. ’Æ X. ”Z est une formule essentiellement chrétienne parce qu’elle exprime une relation chrétienne ; mais la notion qu’en donnait lapôtre reposait sur une connaissance personnelle et intime. C’est la conviction du chrétien qui inspire la précision du docteur, C’est ainsi que l’expérience religieuse vient à son
1 Bovon, op. cil. 180.
tour apporter son témoignage. Loin d'affaiblir les résultats obtenus par la recherche philologique, elle les corrobore et les assied sur la base solide de la psychologie.
La vie de lapôtre se divisait en deux parties très disüinetes et nettement opposées, établies par sa conversion à l'Evangile. Comment Ss’est opéré ce revirement ? Paul à été « Saisi par Christ » (Phil. 3, 12). Dès ce moment il n'est plus le même, et tout ce qu'il est. il le doit à Christ. C’est une personne et.une personne vivante qui constitue la raison d’être de Saul de Tarse devenu l'apôtre Paul!. Christ, telle est la source de son activité, la sphère spirituelle dans laquelle il poursuit ici-bas sa route: Christ vivant Comme zrebuc Ébodo/our AVEC lequel il est en constante relation. Il est désormais impossible à Paul de sortir de cette influence : en elle il à la vie. Mais il se garderait de faire de Christ une abstraction: son Sauveur est une réalité, c’est la plus puissante des réalités. I ne dit pas : dans l'esprit de Christ, mais dans le Christ, où dans lEsprit. ce dernier terme entendu dans un sens absolu. Cest par conséquent dans le Christ qu'il faut être et demeurer pour ressentir le bienfait de la vie digne de ce nom.
Voilà pourquoi l’apôtre exprime cette communion par une préposition qui lui semble parfaitement adéquate. Chose remarquable ! il se trouvait que la langue grecque, dont il devait se servir pour évangéliser les payens. lui fournissait un moyen de se faire comprendre de ses auditeurs, habitués à employer la préposition 2 dans le même sens où là prenait l’apôtre.
! Nous trouvons ici la force démonstrative de l'apparition du Christ sur le chemin de Damas.