PREMIÈRE OBSERVATION
Histoire de M. R'**, capitaine de Corsaire, anaphrodite avec un tempérament robuste.
Pendant mon exercice à Saint-Domingue, je reçus aux Gonaives, où je me trouvais alors pour recueillir les productions naturelles de la rade, la lettre suivante, en forme de mémoire
à consulter.
Port-au-Prince, le = mars.
du î
« Monsieur,
« Un de mes amis, qui ne veut point être « nommé, mais plein de confiance en vos lu- « mières, me charge de vous consulter sur les « points suivans :
« Monsieur R**, âgé de 29 ans, d’une stature « ordinaire, d’une taille carrée et trapue, à
« peau basanée, à cheveux noirs , durs et » épais, aux lombes velues, aimant l'étude et «s’y appliquant sans cesse, malgré les fatigues
« de son état, d’un tempérament bilieux et « très-irrascible , est enthousiaste dans ses désirs «et dans ses actions.
« Au retour d’une croisière , il devait épouser «une jeune personne dont il est si éperduement “amoureux, que le souvenirseul de l’objet aimé, « soit dans les songes, soit éveillé, s’il fixe son «portrait, provoque chez lui une émission de «liqueur séminale accompagnée d’un spasme «et d'une violente palpitation. »
«M. R°Y est doué d’un tempérament trèsardent, très-lascif, et il est très-jaloux. Au seul toucher de celle qu’il adore, et qu'il ne peut fixer sans larmes de ravissement , il est ému, il se trouble... , il lui survient un enrouement et un tintement d'oreilles suivis d’éjaculation surtout sl a reçu ou donné un baiser. »
« M. R** vient d’être uni à l'objet de ses vœux; mais, hélas! il ne peut offrir à son épouse qu’une faible preuve de son amour.
Vaillant champion loin de sa belle, anéanti lorsqu'il s’en approche, la nature est rebelle à
sa volonté. En vain il accuse un organe capricieux qui dément ses brülantes protestations, M. R**, impuissant pour son épouse adorée, malgré ses vains efforts, devient furieux de honte et de dépit, en la voyant pleurer de la crainte de ne point être aimée.
« Les désirs de M. R** sont toujours violens, depuis sept mois qu'il est soumis à cette fatale impuissance ; mais veut-il, sous les lois de l’hyménée, prouver à sa dame l’ardeur de sa passion? au moindre contact, à la vue seule de tant d’attraits, frappé de vertiges, il frissonne , ou plutôt frémit d’aise; soudain de tout son corps transude une sueur abondante, mais l'organe générateur est humilié, l'émission a lieu sans érection , quand bien-même il réitère jusqu’à quarante ou cinquante fois les prélimi naires de l’acte du coit, contrariété que, d'après son aveu, il n’a jamais éprouvée avec une femme qui lui est indifférente, et pour laquelle les sens seuls ont parlé. Une des remarques de M. R**, c'est que son sommeil, depuis deux heures du matin jusqu’à sept, et surtout au point du jour, est accompagné d'un priapisme si violent, qu'il en est réveillé à plusieurs reprises. »
« Si l'état qui inquiète M. R** provenait d’épuisement, il n'éprouverait point d’érection > CÈ symptôme heureux qui prédit un plaisir prochain.
« Mon ami est désolé de cette position, Monsieur, et il croirait presqu'aux filtres, s’il était du temps de Tibulle. Cette pénible situae tion le jette dans. une profonde mélancolie d’où il ne sortira que grâce à vos conseils, après lesquels il soupire avec ardeur.
« Je suis, etc...
« So né G. CCE N. N
Le particulier dont il est question se présenta chez moi, d’après ma réponse set, en le voyant, je fus vraiment étonné d’un effet que l'énergie de son tempérament et l’apparence de sa forte constitution ne semblaient pas devoir supposer. Je le questionnailonguement, et en rapprochant les probabilités, je me convainquis que M. R**, malgré l’énergie de son caractère et la force de $a Constitution , était susceptible d’anaphrodisie passagère, indirecte et éventuelle. ( Voyez les propositions suivantes. )
PROPOSITION XIL.
Par impuissance passagère.
L'impuissance est passagère toutes les fois qu’elle dépend d'une cause qui n'a du affaiblir que momentanément les organes générateurs, ou d’une affection morale qui a pu suspendre l’activité de ces organes, mais dont la cessation les laisse libres ensuite de remplir les fonctions auxquelles la nature
les a destinés.
1° Par des désirs trop empressés, et une imagination trop ardente;
2° Par la crainte de n'être point aimé;
3° Par l’extase qui lui survenaiten considérant à demi-nue cette épouse adorée , douée des plus belle formes;
4° Par suite d’une continence peu habituelle à laquelle sa vigueur s’opposait ;
5° Par une extrême susceptibilité nerveuse ;
6° Par une imagination exaltée qui faisait de son cerveau le centre de l’action pour lors éloi-
gnée de l’appareil génital.
(Gi )