‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfans (volume 2)Chapitre 24 sur 73 · PROPOSITION X · texte numérisé non relu

PROPOSITION X

Par impuissance indirecte et éventuelle.

L’impuissance est indirecte ou éventuelle, lorsquelle existe nonobstant la vigueur du tempérament et la bonne conformation des parties génitales, et qu’elle est due à la concentration des forces vitales

sur un point quelconque.

Tel homme énervé, en voyant une femnie nue, sent renaître ses désirs et ses facultés; tel autre, pudique et consumé d’un amour pur qui n’a pas besoin d’excitation, en serait frappé d’anaphrodisie. Un des symptômes de cette névrose, chez l’homme ardent et fortement passionné, c’est l’éjaculation sans intromission, ou syncope génitale en plus, tandis que le défaut d’érection et de liqueur séminale réunies, annoncent l’anaphrodisie par frigidité, ou syncope génitale en moins.

L'afflux du sang vers les corps caverneux, qui doit produire l’érection, étant suspendu, et son reflux subit vers le cœur ou le cerveau ayant lieu par l'influence d’une imagination alarmée

et libidineuse , la syncope génitale est bientôt déclarée. « Le coiït, pour être bien fait, dit Fodéré, veut la complaisance, la tranquillité, le silence et le secret. Il est arrêté comme par enchantement, par le bruit, la frayeur, la crainte, la publicité , la défiance en ses propres forces, la jalousie , le mépris, la répugnance , la malpropreté, un amour trop respectueux, et tout ce qui peut alarmer l'imagination. »

D’après cet exposé, 1l nous fut facile de prononcer que M. R** était momentanément frappé d’anaphrodisie, 1° par des désirs trop empressés ; 2° par l'effet d'un amour trop violent, ou par lx méfiance en ses propres forces, etc. Mais reprenons la suite de cette observation.

En effet: M. R** était assujéti à de fréquentes syncopes génitales par un transport soudain de l'énergie vitale vers le cerveau. Les affections de l'âme, en accélérant les mouvemens de systole et de diastole, exaltent la tonicité des fibres, et c'est presque toujours dans l’abdomen que commencent les désordres qui les suit, enirradiant de l’épigastre {séjour du désordre des passions) vers le cerveau. Fout semble se porter au cerveau et au cœur, lorsqu'on est éperduement amou-

(187) reux d'une femme, et qu'on se trouve auprès d'elle. Les fonctions sont suspendues, ou se font mal, la bouche se dessèche, la salive s'épaissit , etc.

Pourquoi ces sueurs copieuses, ce frisson perturbateur qu'éprouvait M. R'* en s'approchant de son amante adorée? Par un excès d’amour et de désirs; et « parce qu’un homme fortement épris, dit M. Pariset (mot aiguillette du Dict. des Science. médic.), perd, par la vivacité de sa passion, la faculté d’en posséder l’objet. » L’impuissance momentanée, que provoque la timidité ou l’excès de désirs, s’annonce par une transpiration soudaine et excessive. Cette excrétion surabondante provient de ce quele sang, trouvant pour sa circulation des obstacles dans les vaisseaux mésentériques qui, dans toute affection morale débilitante, se trouvent gonflés et remplis d’un sang noir et épais, le sang, dis-je, se reporte vers les parties supérieures, active le cerveau, et prive, par sa rétrocession vers cet organe, l'appareil génital de sa vigueur:

Pourquoi M. R** conservait-il ses facultés viriles auprès de certaines femmes, et devenait-il anaphrodite auprès de eertaines au-

tres ? Il était puissant, par exemple , et toujours apte au coït, avec une femme qui lui était indifférente, et pour laquelle son imagination ne faisait aucuns frais aux dépens de l'organe génital; alors ses sens obéissaient à l'impulsion matérielle de la nature , et à la vigueur de sa constitution. C’est par suite de cette tranquillité mentale qu’il était également disposé aux embrassemens amoureux, et puissant avec une négresse qu'il n’aimait pas, et avec une femme qu’il avait déjà connue.

Souvent aussi M. R** devenait impuissant auprès d’une maîtresse chérie dont la conquête lui était assurée, et dont le tendre abandon présageait la victoire. Cette syncope génitale était le résultat d’une expansibilité subite de l’énergie vitale, d’une irradiation du principe génital; et la dépense du fluide excrété de ces sueurs débilitantes et de ces palpitations incommodes ; la volupté qu’il se promettait de goûter et de faire goûter, occupant exclusivement et sans relâche son imagination, toute la scène se passait au cerveau, et il ne restait plus de stimulus ni d'action pour l’appareil génital, ainsi qu'il arrive souvent aux hommes de lettres, aux

orateurs, et en général à ceux qui occupent continuellement leur mémoire.

Pourquoi M. R**, enfin, était-il impuissant avec une femme trop licencieuse en propos, quoique les actions de la belle fussent ou semblassent capables de provoquer ses désirs?

Parce que M. R**, quoique éperduement amoureux et vigoureusemeet constitué, était délicat dans sa passion , et qu’à moins d’être crapuleux et blâsé sur les doux préludes de l’amour, on aime à rencontrer dans une maîtresse de la candeur et des caresses décentes dont on n'ait point à rougir.

On peut trouver la volupté

Au sein même de l'innocence.

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