PROPOSITION XLIX
Il suit de la proposition pécédente, que si l’on
considère l’anaphrodisie comme résultant de l'impossibilité physique d'exécuter le coïit, les femmes ne pourront en étre affectées que par l’altération organique des parties essentielles à la génération, et que les causes physiques ou morales propres à affaibli ces parties ou à troubler leurs fonctions, ne pourront mettre la femme dans l'impossibilité absolue de se prêter aux désirs de l’homme ; mais si le coït parfait, ou lu véritable copulation dépend du concours égal et réciproque des deux sexes, la Jemme peut rencontrer, de même que l’homme, des circonstances qui, chez elle, éteignent le feu de ses désirs, paralysent ses organes, et la rendent &insi, SOit momentanément, soit constitutionellement, anaphrodite.
J'ai connu à Charles-Town, ville des États- Unis, une jeune femme charmante, douée de toutes les grâces naturelles, âgée de trente ans, c'est-à-dire embrasée du feu des passions; elle éprouvait les langueurs de l’anaphrodisie ; mais cette suspension des délices de l’amour était due a des excès auxquels elle s'était précédemment livrée avec son amant, ce qui la reportait dans la classe des filles publiques ‘blisées phy-
siquement sur le plaisir des sens, et dont les
(150 ) organes énervés ne sont plus susceptibles d’agacemens et de la sensibilité exquise qui leur est nécessaire pour le parfait accomplissement du coit. Dans ce cas :
Elles n'ont plus de plaisirs innocens, La volupté fuit leur couche infidelle, À pene, hélas! s’il leur reste des sens!
(F. VassiÈRE. } On dit aussi que.
Le Plaisir est fils de l'Amour, Mais c'est un fils ingrat qui fait mourir son père. ( PannarD.)
Jjai exploré à Saint-Domingue une mulâtresse très-lascive, qui, après s'être livrée à des excès avec un capitaine de vaisseau marchand, confuse, malgré la friction agaçante, de ne plus éprouver de volupté avec son amant, s'emparait des fonctions viriles, en s’élançant au-dessus des plaisirs par une place qui ne lui était pas destinée.
« La volupté, dit M. de L...., peut sourire en voyant cette métamorphose; l’hymen n'aura pas à s’applaudir de la complaisance de l'homme qui laisse usurper ses fonctions (tome 1°, page
(sr à
Cette même mulâtresse conseillait À ceux de ses amans, qui étaient peu disposés à entrer en lutte amoureuse avec elle , soit par une torpeur des parties génitales, soit par une trop grande activité de leur imagination , de marcher pendant quelques instans, nu-pieds, sur un terrain frais, afin, disait-elle, de faire refluer le sang vers l'appareil du plaisir; mais tous ces moyens sont illusoires quand l'imagination est vivement frappée, et c’est en vain qu’on voudrait provoquer, avec leur aide , les momens si doux et si promptement écoulés dans lesquels l'amour et la volupté moissonnent nos forees. Il est aussi des femmes qu’une constitution froide rend rebelles aux attraits de l'amour, et insensibles à ses plaisirs; d’autres qui, avec le plus grand désir, n’éprouvent aucune sensation , et pourtant en procurent de bien voluptueuses!
En général, la coquette ne partage point l'ivresse de l'amour, ou bien elle en goûte les faveurs sans délire, en faisant consister toute sa félicité à tourmenter ses adorateurs. Une femme langoureuse, au contraire , pensant plus à elle, sait savourer lentement et à longs traits la coupe du plaisir.
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