Tome I
(2) quelquefois sans desirs, et bercées dans une molle indifférence.
Nous partageons le sentiment de M. Debreuze, qui s'explique ainsi à cet égard (1) : « Quoique nous venions d'avancer, dit-il, que l’hypocondrie est une affection commune aux deux sexes, nous devons néanmoins observer qu’elle se rencontre plus souvent chez les hommes que chez les femmes ; la mélancolie est encore plus rare chez ces dernières ; on en trouve facilement la raison dans la différence des passions qui sont propres à la femme, et dans la nature de son organisation. »
: D'un autre côté, outre que la mollesse des fibres de la femme lui permet peu de soutenir le travail de la pensée, que par conséquent ses méditations sont peu profondes , et ses réflexions peu soutenues ; sa légèreté, la mobilité de ses idées, l’inconstance de son imagination , la vivacité de ses sensations la rendent peu susceptible d’être attaquée de l’hypocondrie et de la mélancolie, tandis que ces mêmes circonstances, jointes à sa vivacitéimpatiente, à ses désirs
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(5) vifs, quelquefois impérieux, et le plus souvent comprimés, à ses volontés souvent absolues, et presque toujours contrariées, la rendent exclue sivement victimes de l’hystérie. Observons enfin que les femmes n'ont d’autre ambition que de plaire , que toutes les autres passions viennent chez elles se confondre dans celles de l’amour, et que l'utérus étant la source de la majeure partie des impressions, des pensées et des besoins , il doit être le point sur lequel le cerveau réagit, et se trouver ainsi le centre du désordre. »
La mélancolie est donc une aberration du système sensitif et de l'imagination, principalement chez les individus à passions exaltées et
à tempérament érotique.
Et la mélancolie et la douce tristesse,
Filles rêveuses de l'amour.
Ces passions sont dépeintes en peu de mots, avec son élégance habituelle, par Virgilius-Delille, dans son épître dédicatoire du poème de l'Âmagination. N dit dans le chant troisième :
Dès que le désespoir peut retrouver des larmés,
À la mélancolie il vient les confier,
Pour adoucir sa peine, et non pour l'oublier. Aussi l’astre du soir la voit souvent rêveuse Regarder tendrement sa lumière amoureuse ,
Ce n'est point du printemps la brillante gaîté ;
Ce n’est point la richesse et l'éclat de l'été
Qui plaît à ses regards ; non, c'est la pale automne D'une main languissante effeuillant sa couronne. Pensive, et sur sa main laissant tomber sa tête,
Un tendre souvenir est sa plus douce fête.
« Les principes du traitement de la mélan-
colie, dit l’Hippocrate français (1), sont recon-
nus bien long-temps avant l’origine de la méde-
cine grecque, et il paraît même qu’elle remonte
e .\ (A e f ° 4 jusqu'aux siècles éclairés de l’ancienne Égypte.
Aux deuxextrémités de cette contrée, qui était
alors très-peuplée et très-florissante , il y avait
des temples dédiés à Saturne, où les mélancoli-
ques se rendaient en foule, et où des prêtres.
profitant de leur crédulité confiante, secon-
daient leur guérison, prétendue miraculeuse ,
(3) Pinel, Nosog. philos., t. Il, p. 28.
(84) par tous les moyens naturels que l'hygiène peut suggérer. Jeux, exercices récréatifs de toute espèce institués dans ces temples, peintures voluptueuses, images séduisantes exposées de toutes parts aux yeux des malades; les chants les plus agréables, les sons les plus mélodieux charmaient souvent leurs oreilles ; ils se promenaient dans des jardins fleuris, dans des bosquets ornés avec un art recherché. Tantôt on leur faisait respirer un air frais et salubre sur le Nil, dans des bateaux décorés, et au milieu de concerts champêtres ; tantôt on les conduisait dans des îles riantes, où, sous le symbole de quelque divinité protectrice, on leur procurait des spectacles nouveaux et ingénieusement ménagés, et des sociétés agréables et choisies; tous les momens, enfin, étaient consacrés à quelque scène comique, à des danses grotesques , à un système d’amusemens diversifiés et soutenus par des idées religieuses. Un régime assorti, et scrupuleusement observé , le voyage nécessaire pour se rendre dans ces saints lieux, les fêtes continuelles instituées à dessein le long de la route; l'espoir fortifié par la superstition, l’habileté des prêtres à produire une diversion fa-