‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfans (volume 2)Chapitre 31 sur 73 · PROPOSITION XXXVI · texte numérisé non relu

PROPOSITION XXXVI

L’impuissance peut encore être produite par l’in- Jfluence d’une température extrémement chaude, ou excessivement froide.

CIRCUMFUSA.

La température de l’île de Saint-Domingue,

située entre les dix-huitième et vingtième degrés

de latidude, température ‘inconvenable aux Européens, subit, chaque année, deux révolutions par l'influence des deux-saisons éminemment distinctes, la saison des pluies, et celle des secs. La température de la saison des pluies est chaude, humide, pourrissante, altérant tous les organes pourvus de sensibilité et d’irritabilité. Celle des secs est plus âpre; cet air salin et brûlant agit immédiatement sur les poumons des nouveaux débarqués, les comprime, les flétrit comme des fleurs, porte dans le sang une effervescence tumultueuse, dans le traitement de laquelle il faut agir avec prudence.

Cette effervescence passée, on se porte bien. La nature s'étant débarassée des parties trop phlogistiques du sang, qui ne conviennent pas dans un pays où l’air et les alimens l’échauffent toujours , l'orgasme s’apaise.

L'air des montagnes y est plus salutaire que celui des plaines, en ce qu’elles sont boisées , et que le fluide y est nourri d'oxigène presque pur, produit par les émanations odoriférantes des riches végétaux qui embellissent avec enchantement ces contrées jadis si fortunées.

L'air de la plaine, au contraire, desséché et

brûlant contient plus d’azote, etest en grande partie dépourvu de son élasticité et de son principe oxigène, par l’action du calorique qui le pénètre, et en dépense toutes les parties vitales. Pour rendre artificiellement à l’air, dans les épidémies qui désolent les Antilles, l’oxigène qu'il a dépensé par l'absorption d’une chaleur fixe et continuelle, on y parvient, dans les hôpitaux, ou dans les maisons qui servent de refuge aux malades attaqués de la fièvre jaune, à l’aide de l'appareil désinfectant de Guyton-Morveau, et mieux encore avec le chlorure de Labarraque, et des branches de feuillage vert qu’en renouvelle plusieurs fois le jour, etpar l'usage d'acide muriatique oxigéné, en aspersions, en boissons et en lavemens.

Il existe ensuite aux Antilles des modifications dans l'air, d'apres le site et les localités : on apprécie, dans les villes du Cap et du Port-au- Prince, ces différences sensibles que j'ai fait connaitre dans l'ouvrage publié en 1809, sous le titre de ’oyages d'un Naturaliste, etc.

L’impression d’un air rarélié ou trop brûlant, l’action du soleil et de la lumiére excitant une

transpiration débilitante , disposent done à l’a-

naphrodisie. Les parties les plus fluides s’évaporent, les sécrétions sont suspendues, la circulation troublée, est ralentie, et les systèmes nerveux ét lymphatiques sont frappés de stagnation; enfin le calibre des vaisseaux, d’abord dilaté, se rétrécit par éréthisme et racornissement de toutes les parties, de là les hémorrhagies que produisent les chaleurs excessives.

La nature £nervante du climat sous la zone torride , ou les chaleurs de la canicule en Europe; les transpirations excessives qu’on éprouve de part et d'autre sous une température brûlante, lés alimens, aux colonies, plus échauffans que substanciels; la chaleur permanente; quilaisse à péine le temps de réparer; les relâchemens naturels de la fibre que la saigne provoque ellemême ; l’appauvrissement du sang, dù à l'air salin des rivages; la dissolution par l'influence scorbutique, scrophuleuse et syphylitique, tout condamne, aux Antilles principalement, les évacuations débilitantes dans la plupart des maladies aigues où les toniques sont seuls indiqués ; c'ést pouquoi la moindre impéritie, dans le traitetnent d’un convalescent par exemple, le

conduit à l’anaphrodisie. Eneffet, si, en Europe,

où tous les alimens tournent au profit de l'économie animale, on craint l’astheénie dans les fièvres ataxiques, que sera-ce aux Antilles et dans les pays chauds , dont la température provoque une transpiration excessive et énervante , principalement dans certaines colonies, où la nourriture frugale se réduit souvent aux viandes et aux poissons salés, aux racines du pays et à ses fruits, plutôt délayans que nutritifs; où les boissons échauffantes raréfient, volatilisent naturellement la partie sulfureuse et phlogistique du sang, et ne donnent point à redouter la pléthore ni les phlogoses qui ne sont qu'éphémères chez les sujets acclimatés? Cette raréfaction donnant au sang un mouvement accélérateur, multiplie les pulsations des artères, et trompe ainsi le médecin inexpérimenté, qui n’observe dans ce cas qu’une fausse pléthore : de là la prostration des forces, si la saignée est ordonnée, ainsi que l’a également éprouvé le docteur Ÿ. Bally, médecin de l'expédition du général Leclère.

Pour chercher à prouver l’inutilité de la saignée dans les Antilles, j’ajouterai que pendant mon exercice à Saint-Domingue, au milieu des

hôpitaux, je ne l'ai ordonnée que très-rarement. Malheur donc, en ces pays, aux malades confiés aux plébotomaniaques qui y font toujours des victimes. Que ne doit-on pas, même en Europe, à la sage clinique du professeur Pinel, qui ménage sévèrement ce principe vital, et se méfie presque toujours des suites de ce moyen débilitant! Cet ami de la nature dirigeait toujours les jeunes praticiens dans le vrai sentier de l’art, qu'il a su éclairer du flambeau de sa docte expérience.

La moindre imprudence dans la pratique, à Saint-Domingue et aux Antilles, peut conduire à des résultats funestes et à des erreurs irréparables. Le régime sous-tonique, et principalement la saignée mal administrée , prématurent l'invasion de la maladie, troublent les fonctions vitales, et altérant les forces du malade, disposent les systèmes à la désorganisation. Il serait donc téméraire d’ordonner la saignée à un nouveau débarqué, comme on ne la prescrit que trop souvent, s’il est faible de complexion, ou s'il doit habiter des endroits humides et marécageux. Cette règle cependant subit une exception, si l'individu offre une large stature, un

( 159 ) rehaut dans le coloris, des évacuations périodiques, et une céphalalgie accompagnée d’un pouls dur et serré. Mais je m'aperçois trop tard que ce point de digression appartient plutôt au paragraphe des Excreta.

FROPOSITION XXXIHII.

C'est à l'influence de la température que les peuples du nord doivent d’être ordinairement très-forts et très-athlétiques, et que chez eux, l’amour n’est point une passion, mais le plus souvent le simple sentiment du besoin; tandis que, dans les pays chauds, cette passion s'exprime toujours de la manière la plus impétueuse, et se présente partout sous l'aspect d'une fièvre brulante.

Sous l'influence d’un ciel brûlant l’exaltation n'est que passagère, et ne peut être long-temps soutenue, tandis que le froid, moins excitant prolonge les facultés génératrices sans les exciter au même degré.

On sait que sous l'influence des climats froids, et sur les mornes élevés et boisés où l’air est nourri d'oxigène par excellence, par l’évaporation de l’arôme des végétaux, les maladies y sont plutôt inflammatoires, parce que le sang y

a plus d’exaltation ; aussi la saignée peut-elle y être applicable. On sait aussi que dans les climats chauds, si le voyageur nouvellement débarqué se trouve habiter une plaine humide et voisine des rivages de la mer , des salines, ou des lagons, les maladies tendent à l’adynamie par défaut d'énergie dans le système vasculaire, et les humeurs à la dissolution, par défaut d'attraction de cohésion. On peut, au reste, consulter sur ce point l’ouvrage immortel du père de la médecine, de Aëére Locis et Aquis, et surtout ne point établir de méthode exclusive, mais ne prononcer que d’après la nature morale et physique de l'individu.

En effet, la chaleur excessive de l'été, qui affaiblit, énerve et paralyse, pour ainsi dire, l’appétit vénérien, provoque le plus souvent l’anaphrodisie. Cependant, en raison de ce principe de Aëre et Locis, on éprouve le contraire aux colonies des Antilles, parce que l’air salin , les bains de rivière , les épices, le café et autres stimulans, combattent si puissamment les inconvéniens d’une excessive chaleur, qu'on est en tout temps disposé à la lutte amoureuse , et que l'éréthisme y devient habituel.

CHLGUE)

Que l’on compare cet état valeureux à celui que produisent les glaçons de l'hiver sur l’appareil génital qu'ils atténuent, en portant ses forces de la circonférence au centre de la vie ,et en agissant comme répercussifs à l’état du sang , et l'on saura, que dans les pays septentrionaux, on est obligé de couvrir de fourrures les parties sexuelles pour éviter qu’elles ne selent et ne se sphacélent. Le printemps est donc la saison la plus favorable pour l'exercice amoureux. Les sens n’ont point besoin alors d’autres stimulans que ceux tirés de leur propre essence en fermentation. Les testicules, douloureux au toucher, annoncent plénitude et besoin d’épanchement ; tous les fluides sortant de leur torpeur, reprennent leur énergie et font circuler les besoins matériels et les devoirs des sens ; la nature entière sort de sa iéthargie, les zéphirs caressent les fleurs de leur amoureuse haleine, les fiers taureaux bondissent dans la plaine, ou traversent des rivières pour rejoindre leurs génisses, le ramier roucoule prèsdesa compagne;enun mot, c’estlabelle saison des amours.

On pourrait donc émettre cette proposition aphoristique :

Touz IL. 11

Tout moyen débilitantdisposea l'anaphrodiste.

Lorsque, par excès d'amour, on éprouve cette ardeur sèche (1) et brûlante accompagnée du trouble de l'imagination, le vent ou l'air frais tempère cette chaleur extérieure, et, en rafraichissant le corps, les caresses qu'il prodigue à la peau excitent sa sensibilité, raniment l’énergie surpendue ou éteinte, laquelle se communique bientôt aux organes sexuels. Cette faculté m'a été attestée par M. R**#*; mais autant un air frais devient excitant, autant le froid excessif, par la consiriction spasmodique qu’il opère, anéantit les facultés sexuelles, en s'oppo-

(1) La chaleur sèche est l'un des principaux agens de la sensibilité, en attirant la vie à la périphérie du corps et au cerveau, en stimulant vivement l'appareil biliaire, en desséchant les fibres et les amincissant, en affaissant le tissu cellulaire, et mettant à nu les extrémités sentantes des nerfs, en donnant de la turgescence et une bouillante activité à la circulation. Aussi les complexions des habitans des pays chauds sont nerveuses, arides, bilieuses, extrêmement susceptibles de spasmes, d’exaspération, d'hypocondrie, d'hystérie, de manie et d'autres névroses. (Mot Æxaltation, du nouv.Dict. des

Sciences Médicales ).

sant au développement du pénis. I] agit de même en sens inverse d’une chaleur excessive qui absorbe les forces vitales, et énerve les puissances motrices. Toutefois, les hommes du nord sont, en général, plus robustes que ceux du midi, qu’une chaleur excessive épuise, 2n les privant des propriétés toniques de la lumière.

Le fluide électrique réside dans tous les COrps positivement ou négativement. Il décèle sa présence lorsqu'une cause cherche à rompre son équilibre. Ce fluide aériforme, produit par la chaleur et les combinaisons chimiques, se dégage de la terre, parcourt l'atmosphère, et forme les orages. C’est alors, dans ces temps orageux où l'air est pesant et surchargé d'électricité , que les systèmes nerveux et symphatique sont irrités avec fermentation, mais les forces étant anéanties, il y a anaphrodisie.

Dans les temps calmes, au contraire, cette modification atmosphérique devient un stimulant puissant; c’est pourquoi le printemps en accélérant le cours du sang, dispose puissament aux plaisirs de l'amour.

L'été, par sa température thermale et dé-

bilitante, excite , à la vérité, les organes sexuels, mais les énerve par un prurit continuel,

L'automne concentre les forces vitales, mais, en raison de son humidité superîlue, elle relâche particulièrement les organes nerveux de l’hypogastre.

L'hiver, par un temps sec, active la circulation; il liquéfie les humeurs, mais il affaiblit les solides, s’il est humide. La neige stimule l'énergie vitale , et le dégel relâche les systèmes.

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