QUATRIÈME DIVISION
Traitement prophy lactique de l Anaphrodisie.
Le traitement prophylactique a pour but de conserver la santé et de prévenir les maladies
ges voluptueuses, et que les auciens Romains se plaisaient à faire danser par les jeunes filles de Cadix (Juvénal, satire XI, vers 162), comme un irritfamentum venerls languentis. (Mot femme du Dict. des Scienc. méd.)
La danse, plus lascive encore du chica , où tout le corps en mouvement semble frémir de volupté et recevoir à chaque gragement l'impression du plaisir. Alors ces danseurs agités, aux yeux ardens, à l'haleine haletante, semblent expirer de leur sein tous les feux de l'Afrique.
ou leur retour. « Rien n'était plus simple que la médecine dans ses commencemens. L'histoire raconte (1) d’Esculape qu'il n'avait à sa suite, lorsqu'il allait par le pays, qu’un chien et une chèvre , se servant de la langue de l’un pour les ulcères , et du lait de l’autre pour les maladies. de poitrine. »
« Les Babyloniens, dit aussi Hérodote, ne se servant pas de médecins, font porter lesmalades dans les places publiques, afin que les passans qui les voient, et qui ont eu une maladie semblable à la leur, ou qui en ont vu quelqu'un malade, leur donnent conseil, et les encouragent à pratiquer ce qu’eux-mêmes ou d’autres ont pratiqué avec succès en de semblables cas. »
Cependant, à combien de dangers cette funeste sécurité n’entraînerait-elle pas? Abandonnez à la nature une maladie aigue, et vous verrez ce que le malade deviendra. Quoiqu'on doive beaucoup attendre de la nature, il faut néanmoins l'aider. La science de la médecine n’est pas conjecturale, puisqu'on sait prédire les crises, qu'on les provoque, s'il en est néces-
(1) Encyclopediana.
saire , ou qu’on les favorise si elles sont déclarées. La gaîté, l’eau, l'exercice et la diète , sont de grands médecins, a dit Molière. Il aurait dû s’en tenir à ces conseils, au lieu de décrier obstinément un art évidemment utile, pour le seul plaisir de faire de l'esprit.
Le traitement prophylactique de l’anaphrodisie produite par des maladies chroniques, devient inutile avant d’avoir détruit la cause occa-
sionnelle ; mais Sublatä causà tollitur effectus.
L’anaphrodisie due à la timidité, aux autres affections de l’âme , se traite par le repos de l'imagination.
L’anaphrodisie contractée par les excès avec les femmes, ou par les boissons alkooliques, cède à l’usage des fortifians et des restaurans, puisque tout ce qui est capable de réparer Îles forces devient un secours efficace contre cette affection.
L'anaphrodisie, au contraire, qui. dépend d'un vice de conformation dans les organes, offre peu de ressources pour la guérison, et
elle est même regardée incurable dans la plus grande partie des circonstances (1).
Dans l’un et l’autre cas, soit que l’anaphrodisie soit produite par une faible constitution, par de trop fréquens embrassemens amoureux, ou par le résultat de passions trop vives et débilitantes, le repos et l'éloignement de l'objet qui a causé les fatigues sont de puissans réparateurs: on y revient plus tard avec une nouvelle vigueur, et sans qu'il soit besoin d’avoir recours aux pastilles vénitiennes et autres aphrodisiaques pernicieux; on choisit l’usage de mets succulens, tels que le lait, les œufs frais , les gelces, les pigeons, les amandes, les noisettes, les faïnes, les pistaches, en Europe; et parmi les fruits des colonies, la noix d’acajou , l’arachide torréfiée, édulcorée avec le sirop de gingembre, mets friand et recherché en Amérique, etc. Si c’est aux colonies, on associera à sa nourriture ordinaire le mets qu’on y appelle calalou, lequel est composé de la plante mucilagineuse nommée gombo, dont la saveur fade est relevée par les épices du pays, tels que le piment, le ravend-
(1) Médecine pratique de Lieutaud, p. 536.
sara, le girofle, etc. Les volailles, le jambon, les crustacées qu'on y ajoute, font de ce mélange exquis un aliment excitant et réparateur. On a aussi recours à un vin généreux et légèrement astringent, au chocolat, au cachou et aux aromates. Après quelques jours de ce régime on voit avec émotion l’objet de ses feux.
Souvent de simples frictions sur les reins réveillent la nature engourdie ; quelquefois, pour provoquer plus puissamment l'appétit vénérien, on a recours à l'application des parties sexuelles sur le corps ou la gorge de la femme ; on s’endort, et souvent, au réveil de ce sommeil réparateur , la vigueur est rappelée.
Pour éviter la confusion d’une honteuse re traite, il faut n’ouvrir la barrière, et n’entrer en lice que lorsqu'on est disposé au combat, et choisir les positions les plus convenables , celle surtout de laquelle l'imagination et la pudeur ne soient point alarmées. Il faut oublier que Venette attribue aux positions contre nature, qu'il appelle illicites, la difformité des enfans et la faiblesse de leur complexion. Aussi, tonnet-il contre la courtisane Cyrienne qui, la première, invenia toutes les postures lubriques
(271) que l'empereur 7bère fit peindre autour de sa salle des festins : il n’approuve que la position ordinaire et celle de côté, lorsqu'un homme avec trop d’embonpoint veut caresser une femme faible ; il en tolère cependant encore une autre pour les derniers mois de grossesse.
M. R°*, officier de marine à Saint-Domingue, dont j'ai donné plus haut l’histoire, s’est bien trouvé, au milieu de ses disgrâces à la cour de Vénus, du conseil que je lui donnai de coucher auprès de sa belle épouse pendant plusieurs jours sans l’exciter. L'espoir de goûter ce doux plaisir des sens, de jouir de ce rêve du bonheur dont la sensation parcourt si agréablement en un instant tout notre corps, et ravit notre âme des plus tendres délices ; la contemplation et l’approche d’un aussi par fait modèle, l’ont d’abord fait frémir d’aise, mais opérent bientôt la constriction et la retraite des parties génitales; et cependant il ne provoqua la lutte amoureuse que lorsque l’appétit des sens eut succédé à l'émanation sentimentale de l’âme et au trouble de l'imagination, aussi M. R**. dut-il les plus glorieux cès à cette pénible retenue. :
Comme je l’ai dit au chapitre de l'imagination
exaltée, lorsqu'un amant passionné à échoué dans une première entreprise, il faut qu'il prenne sur lui‘de ne pas insister sur une nouvelle attaque ; mais qu'ilse ménage une seconde occasion, ayant soin, surtout, de ne pas préoccuper son imagination du moment dont il attend tant de charmes; il faut ne rien heurter de front, et, en modérant ses désirs, chercher à rétablir l’équilibre , le calme et l'harmonie entre le degré d’énergie du système musculaire et celui du système sensitif. « Les forces motrices, dit Cabanis (1), s'engourdissent , s'éteignent, quand la semsibilité, par son influence vivifiante , par son action continuelle etrégulière, ne les renouvelle pass mais elles le dégradent également, et perdent-de leur stabilité, quand les impressions sont trop vives et trop multipliées. »
Lorsque les jeunes gens, ou les nouveaux mariés-éprouvent une courbature, qu'ils peuvent attribuer à l’abus des plaisirs de l'amour, il faut qu’ils sachent faire un sacrifice, et qu'ils se livrent à un repos absolu , à une continence sévère dont ils retireront, plus tard , les fruits.
(x) Rapportdu Physiqueetdu Moral, t. xer, p 194.
( 275 ) : % On pourrait, en ce Cas, leur adresser ces beaux
vers que l’immortel Delille met dans la bouche de la Raison (1):
- . - Sois plus sage, et modère tes vœux.
Veux-tu, dans ta fureur, d’un vain regret suivie, De ses plaisirs futurs déshériter la vie ?
User fait le bonheur , abuser le détruit.
L L . - e e L L LL La e L e e e . e e. e e
Le fou vers les plaisirs s’élance avec ardeur , Le sage en prend le miel , mais sans blesser la fleur. Ceuille encor , si tu veux, cette fleur fraîche éclose ;
Mais laisse le bouton à côté de la rose.
D'après ces sages maximes, veut-on éviter la honte de l’anaphrodisie? il faut ne se disposer à sacrifier à Vénus qu'après avoir oublié les fatigues auxquelles ses faveurs exposent ; prendre du repos, éviter la solitude, chercher la dissipation, faire usage du lait, comme fluide réparateur, voilà les moyens les plus assurés d’éloigner la disgrâce, qu’une plus longue inconduite rendrait inévitable.
L'hiver, « qui durcit les fibres, qui les maintient dans un état de roideur, qui resserre le Sys-
(1) Poëme de l’Imagination , ch. VI.
Towuxz IT. 18.
tème nerveux, et concentre la sensibilité, dit le docteur Debreuze , » l'hiver semble, en été, et dans cette névrose, indiquer les bains d’eau froide comme toniques, et devant remplacer subsidiairement l'impression de l'atmosphère.
I sera également utile aux anaphrodites d’un tempérament faible et très-nerveux, de dormir pendant quelques instans, surtout après le repas du milieu du jour, s'ils habitent un pays chaud, ou même s'ils éprouvent un travail d'imagination trop prolongé.
Nous leur recommandons aussi de faire, soir et matin, une promenade à l'abri du soleil.
L'exercice, pris modérément, provoque l’énergie vitale, favorise le développement des organes, et fortifie notre constitution. Les sensations répétées, les passions tristes, et les études sérieuses, au contraire, épuisent la sensibilité et affaiblissent les organes; de là la nécessité de les interrompre, de les varier, et de leur faire succéder l'exercice physique qui rappelle à l’extérieur les forces de la vie, concentrées sur les sens et sur le cerveau.
D'après ce qui précède, on voit que le repos ou le délassement ne sont pas moins nécessaires
( 275 ) à l'esprit qu'au corps. Ces moyens hygiéniques sont généralement employés de préférence aux médicamens. Nous pénsons avec Boërhaave (1) qu'il n’est en effet de remèdes que ceux qui naissent de la circonstance, et sont appliqués à
propos. »
(1) Préface de ses aphrorismes.
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