SECTION XI
Conclusions sur l’Anaphrodisie.
Pour ne point répéter les documens caractéristiques des considérations préliminaires sur l’anaphrodisie, et rappeler les nuances différentielles qui existent entre cette affection et l’agénésie, nous nous contenterons, en repassant brièvement le parallèle de l’agénésie et de l’anaphrodisie, de conclure :
Que l’agénésie (ou stérilité), se reconnaît à des désirs et à une faculté vénérienne sans puissance prolifique, ou, si l’on veut, à une aptitude à la copulation, mais inaptitude à la génération ;
Que l’agénésie est le plus ordinairement, selon nous, le résultat de causes purement physiques, telles que vices de conformation des parties
( 292 ) sexuelles, altération de la semence, etc. (Joy. ci-dessus le chapitre des causes.”
Qu'un individu peut étre frappé d'agénésie, c’est-à-dire qu'il peut étre stérile sans étre impuissant; mas qu'il ne peut être impuissant perpétuellement sans étre stérile ;
Qu’enfin il peut y avoir complication d'ag'énésie et d'anaphrodisie par des causes physiques ou morales ; |
Qu’au contraire dans l’anaphrodisie (syncope génitale), ur homme peut étre fécond, mas pas toujours disposé au coit; cependant, sil éprouve en tout temps un obstacle à la copulation, on peut le regarder comme stérile (1);
Qu'il y a encore deux modifications propres à caractériser l’anaphrodisie :
1° L'état de quiétude ou plutôt de frigidité dans lequel les sens ne parlent pas, et n'éprouvent aucuns désirs, quenous appelons anaphro-
(1) On a cassé plusieurs mariages parce que les époux, soit par antipathie, soit par dégoût ou indifférence de l'un pour l’autre, ne pouvaient engendrer, quoique doués de toutes les facultés procréatrices. C'est bien le cas de
l’anaphrodisie accidentelle, et non d'agénésie.
( 295 } disie constiutionnelle ou directe. (causes physiques );
2° L'état opposé dans lequel un homme, excessivement passionné, éprouve une ardeur dévorante, un prurit génital souvent accompagné d'émission spermatique, et en qui l'érection du pénis ne peut avoir lieu par trouble de l'imagination, etc...., état honteux que nous appelons anaphrodisie indirecte ou éventuelle ‘(causes le plus souvent morales) ;
Que l’anaphrodisie est aussi produite par des affections de l’âme qui troublent les fonctions organiques et les désirs, ou par l'abolition totale de ces mêmes désirs; c’est ce dernier cas que l’on rencontre dans la trop grande jeunesse , dans la vieillesse caduque, ou chez les libertins de profession énervés sans retour;
Qu'il y à aussi lieu à anaphrodisie envers une jeune beauté, et une femme âgée. Dans la première occurence, on éprouve excès de calorique,
palpitations, trouble des sens, et autres symp- | tômes déjà décrits; dans laseconde, au contraire, il y à refroidissement, stagnation, inertie des sensations, On arrive au même point d'anaphrodiste, mais par des routes bien différentes. L'une
( 294 ) est tracée par le tumulte des passions, et l’autre par l’absence des sensations.
Que l’anaphrodisie diffère donc essentiellement de l’agénésie, en ce que les anaphrodites sont constitutionnellement ou éventuellement frappés de syncope génitale, sans, pour cela, être stériles, car la nature peut dormir, et
homme être bien constitué :
Corpore cum valido verum natura quiescit,
tandis que dans l’agénésie, au contraire, les individus, dans ce cas, sont toujours inféconds, quoique disposés aux ébats amoureux, et puissans dans l’action, mais non dans les résultats. Diagnostics.
Que l’anaphrodisie s'annonce :
1° Par un défaut d’action et un état de lansueur.
2° Par l'inaptitude constante ou momentanée à la copulation. 3
3° Parl’impossibilité d'érection, quoique l'imagination puisse être animée et stimulée par des idées libidineuses, suivies ordinairement de l'érection insolite.
4° Par la perte de myotilité des muscles érec-
teurs, qui ayant été trop excités, sont alors continuellement dans un état d'inertie ou de paralysie.
5° Par le priapisme qu'éprouvent, dans la nuit, les anaphrodites éphémères, lorsque leur corps et leur imagination sont reposés, ou par ce priapisme momentané que le mouvement de la voiture et du cheval leur font éprouver (1).
6° Par le dispermatisme , écoulement'involontaire ou lent de la semence, etc...
(1) Je dis priapisme momentané, pour ne point répéter le mot érection. Il me semble que tous les nosologistes ont donné le mot de priapisme à cette érection douloureuse et permanente, veritable affection aigue rarement accompagnée d’éjaculation, et qui, quand elle
l'est, détermine un épuisement qui est d'autant plus grand, que la liqueur prolifiqne a été émise avec une
abondance excessive.
Les anaphrodites peuvent donc avoir des érections nocturnes, surtout au point du jour, et quand l'estomac, débarrassé d’alimens, à renouveléles forces de tousles systèmes; mais ce n’est jamais quand il le faut ; alors elle est intempestive, quoiqu’elle prouve néanmoins un prurit voluptueux qui ne ressemble en aucune manière au
priapisme.
Alors on déclarera que l’anaphrodisie , ou impuissance d'exécuter l’action vénérienne, est une anomalie des fonctions nerveuses différant, selon nous, de l’agénésie, en ce que cette dernière est produite, le plus souvent, par des causes morales, tandis que la première reconnaît des causes morales, physiques, mixtes ou accidentelles.
Que l’anaphrodisie chez l'homme est cet état honteux et mortifiant d’une paralysie partielle, soit réelle , soit imaginaire, soit habituelle, soït accidentelle; un collapsus qui ôte au pénis ses facultés, et le rend impropre au coit : c'est cette sorte d’impuissance que les anciens, suivant l'odéré, qualifiaient de temps froids, et de maléficiés. (Zacchias, Quest. méd. lég., tit. III, liv. IX , quest. III et IV). Que ce défaut d’ardeur ou de disposition génitale existe aussichezla femme, ainsi que nous en avons fourni les preuves (secaon IV°), puisqu'elle devient alors momentanément inaccessible aux jouissances des sens.
Division de l’Anaphrodisie.
Qu'on peut diviser l’anaphrodisie en :
1° Absolue; par absence des organes génitaux,
ou existant mal conformés, ou pathologiquement altérés.
2° Relative ; par défaut de proportions.
5° Consttutionelle ; par tempérament froid, ou débilité générale.
4° Locale; avec un tempérament vigoureux, mais inertie des organes génitaux.
9° Directe ; par frigidité du tempérament, et inertie des organes.
6° {ndirecte; éventuelle avec fort tempérament, organes bien constitués, mais concentration des forces vitales sur un point quelconque.
= Permanente ; si la cause persiste et tient les organes sous son influence (exemple : peur, découragement, timidité, antipathie, etc.)
8° Passagère; par affaiblissement momentané des organes, ou l'influence d’une affection morale. |
9° Organique;par ablation de quelquesparties, mauyaise conformation, ou altération, etc.
Symptômes de l’Anaphrodisie.
Que les symptômes propres à reconnaître cette névrose de l'appareil génital chez l'individu qui
( 298 ) en est affligé constitutionnellement, sont : la fioure imberbe, le teint pâle et décoloré , les yeux tristes et mornes, la paresse et la lenteur dans les mouvemens, les testicules peu volumineux, comme flétris, pendans et sans fermeté ; les cordons spermatiques grêles, le scrotum flasque, le gland ridé et peu sensible ; l'absence du sysième pileux aux parties génitales, l’apathie morale, la pusillanimité, la crainte au moindre mouvement. (/’oyez $ XLIT des Propositions.)
Causes physiques de l’Anaphrodisie,
Que quand on trouve ces symptômes d’anaphrodisie et d’agénésie en totalité, ou en majeure partie réunis, on peut conclure avec certitude que l'individu qui les présente est inhabile à la copulation et à la génération.
Que les causes physiques susceptibles de déterminer l’anaphrodisie , sont :
3° La perte des parties génitales;
2° Le défaut de conformation ;
3° La position vicieuse des organes;
4° Les maladies organiques telles que cancers de la verge, de l’utérus, etc;
9° Leur désorganisation ;
( 299 ) 6° L’affaiblissement ou l’inertie des organes ; 7° Le trouble ou l’altération des fonctions ; 8° L’épuisement, quelle qu’en soit la cause ; 9° La débilité par jouissances anticipées, ou
la masturbation.
Causes morales de lAnaphrodisie.
Que parmi les causes morales capables de la déterminer, on distingue :
1° Les affections de l’âme ;
2° Les méditations profondes;
3° L’exaltation de l'imagination;
4° La vivacité des désirs;
5° L'influence des passions débilitantes, jetant dans le collapsus l’économie partiellement ou totalement ;
6° Le pouvoir des passions excitantes en concentrant l’activité nerveuse, et la détournant des organes générateurs ; |
7° L’antipathie, le dégoût pour une femme laide , malpropre , malsaine, colère, susceptible de communiquer la contagion , etc. ;
8° La honte par pudeur excessive ;
9° La timidité qu'imprime un amour trop res-
pectueux ;
10° La défiance en ses propres forces;
11 La crainte d’être surpris, etc.
Alors on verra que, pour remplir convenablement les fonctions viriles,: il faut n'être ni trop froid , nitrop ému auprès d’une femme que l'on veut serrer amoureusement; que le sentiment doit céder pour quelques instans la place à la vigueur, qui doitseule commander à lappareil génital; que la trop grande jeunesse, ou l’extrême caducité , le désordre de l’appareil sexuel, que la disproportion du pénis, ou son défaut d'érection ; que l’imperforation du conduit de la sémence , la proéminence de l’hypogasire, ou la flétrissure des testicules, que la mauvaise qualité du sperme, ou trop clair ou trop épais, que les pollutions nocturnes habituelles et irrépressibles, la gonorrhée, etc... sont autant de causes de l’anaphrodisie.
On saura également :
1° Qu'un individu d’un sexe masculin, privé de l’appétit vénérien, soit par l'influence des passions débilitantes, soit à la suite d’excès qui ont énervés ses organes génitaux , etles ont affaiblis, ou altéré leur mécanisme , ou, en cas de vieillesse, détruit pour toujours leur vigueur, etc.
(RTL)
2° Qu’une femme, par suite du clitorisme, ou après de longs écoulemens qui ont éteint la sensibilité exquise du vagin et de ses annexes et le prurit irrésistible qui la dispose au coït, etc. (1);
Sont l’un et l’autre déclarés anaphrodites.
Qu'’au contraire, 1° un homme affligé de vices organiques et de défaut de conformation, quoique avec des désirs et des facultés viriles
Est-il bien prouvé que le vagin ait particulièrement une sensibilité exquise, et que dans le rapprochement des sexes, un prurit irrésistible le dispose au coït ? Cette sensibilité et ce prurit ne se font-ils pas plus particulièrement ressentir au clitoris? Mais cependant il est des femmes en Asie, en Afrique, en Egypte auxquelles on fait subir lamputation du clotoris, d’autres qui l’ont d’une petitesse extrême, et cependant ellesn'en sont pas moins voluptueuse. La vulve ne jouirait-elle pas de cette impressionabilité? Il est certain que le vagin jouit de quelque sensibilité par le frottement de ses rides ; mais cette sensation est vague, indéterminée , et elle influe, peu dans l’acte de la reproduction. D'ailleurs, on ‘voit des femmes dont le vagin est constamment abreuvé par un flux leuchorréique et qui sont aussi facilement fécondées que les autres.
dont ii fournit les preuves par l’accomplissement parfait du coit ;
2° Qu'une femme avec agglutination de la vulve , imperforation du vagin, défaut d'action, écoulemens immodérés, etc. , F
Seront regardés l’un et l’autre non point anaphrodites , mais ënféconds ou frappés d'agénése.
On voit, par tout ce qui précède, combien les causes de l’anaphrodisie sont multipliées et susceptibles de se modifier à l'infini, lorsqu'il y a complication dans lessymptômes. J’ai cherché à appuyer mes théorèmes d'observations qui me sont propres, ou recueillies dans les meilleurs auteurs , afin de compléter, autant qu'il ma été possible , cette monagraphie nouvelle ; mais que de doutes à éclaicir, que d’argumens à objecter ! Je réclame l'indulgence de mes lecteurs en faveur d’un sujet, encore neuf, que j'ai osé entreprendre pour en indiquer la route à de plus habiles théoristes que moi, puisse-je seulement avoir fait quelques pas utiles dans la vaste carrière que je m'étais tracée |