CHAPITRE IT
L2 Connexion des Parties Génitales avec les autres Systemes.
« Les fonctions intellectuelles confiées au cerveau (1) sont dirigées par le principe intelligent, dont le mode d’exercice etles opérations sont au-dessus de toutes les spéculations de la physiologie et de la psychologie.
« Le cerveau, ou encéphale, est le viscère le plus volumineux, et celui dont le parenchyme est le plus délicat. Il comprend, 1° le cerveau, 2° la moelle allongée où mésocéphale ; et 3° le cervelet. Ces trois parties, continues entre elles, sont renfermées dans la cavité du crâne. La moelle épinière, ou prolongement rachidien, est une continuation du mésocéphale; elle est logée dans le canal formée par les vertèbres.
« La surface externe du cerveau est parseméc
(x) Legouas, Nouveaux Principes de Chirurgie,
Zoonomie, Physiologie, p. 120.
(65 ) d’anfractuosités, et de circonvolutions onduleuses; dans son intérieur, on trouve des cavités appelées ventricules, dont les parois contiguës offrent des éminences et des enfoncemens .
diverses formes.
« Deux substances molles et pulpeuses composent le parenchyme cérébral : l’une extérieure, grisâtre, est nommée corticale; l’autre, intérieure , blanche, est nommée meédullaire. Dans quelques points de l'organe, ces substances blent se mélanger et se confondre.
« Des artères volumineuses apportent le sang au cerveau; elles se divisent À l'infini avant de pénétrer dans son tissu. Les petites veines qui en sortent sont dépourvues de valvules: élles dégorgent le sang dans des canaux appelés sinus.
« Trois membranes enveloppent cet organe :
la première , fibreuse, dite la dure-mère ou méringe, de pwy: membrane ; la seconde, séreuse,
est l’arachnoïide ; la troisième , cellulaire et vasculaire, est la pe-mére où méningine.
« C'est du cerveau, de se allongée et de la moelle de l’épine , que naissent tous les nerfs sensitifs et moteurs, destinés aux différens organes de la vie animale (1). :
(1) Legouas, ouv. cité, p. 26:
Tour I.
DA
« Les opérations de l’esprit, les passions , les volitions, composent toutes les fonctions de l'intelligence. |
« Les sensations transmises au. sensorium communepar l’intermède des nerfs, déterminent une sorte de réaction cérébrale qui constitue la perception : alors la sensation est complète , et il en résulte une idée. |
« Cette réaction ne peut avoir lieu sans que le principe pensant ne se dirige en quelque sorte vers l'organe où s’est faite l'impression : de là naît l'attention , qui est la première condition de la perception, et sans laquelle les sensations ne pourraient se transformer en idées.
« On appelle mémoire la faculté de conserver et de se rappeler les sensations passées et les différens phénomènes intellectuels qu’elles ont produits (1).
(x) « D'où vient la mémoire? dit M. Dufieu. Le cours des esprits rappelle les idées accompagnées de Ia connaissance du retour des mêmes idées, c’est la mémoire.
« Cyrus n'avait qu'à le vouloir, et les noms de tous ses soldats se présentaient à lui comme d'eux-mêmes. Mithridate parlait vingt-deux langues différentes. Jules César, en lisant, écoutait, écrivait, dictait à la fois jus-
qu'à sept lettres (Pline, VIT, c. XXIV et XXW).
« Le jugement est la faculté d'apprécier les rapports qui existent entre toutes les parties d'une chose isolée, ou entre plusieurs choses rapprochées. Son premier degré est la compa-
L'empereur Adrien répétait un livre entier après lavoir lu (Spartianus). Saint Augustin (liv. IV, de Animé ; chap. VIT) parle d’un de ses amis qui savait Virgile à le réciter à rebours. Muret (liv. I, Parier, chap. I) dit qu'un homme de sa connaissance savait trente-trois mille mots par cœur à les répéter de même. Les impressions successives des objets divers font dans la substance molle du cerveau des traces plus ou moins liées, qui cémmuniquent plus ou moins, selon la tissure du cer veau même, Les esprits qui retrouvent plus d'accès dans ces traces, plus de passages libres pour couler des unes dans les autres, y reproduisent plus d’agitation, réveillent successivement plus d'idées : de là ces mémoires surprenantes.
«La mémoire la plus heureuse, continue M. Dufieu, se perd. Lucrèce fait une peinture touchante d’une maladie contagiéuse où plusieurs personnes perdirent la mémoire jusqu'à se méconnaître (Luc., L VE, v. 101 1. Pline, ( Wussala Corvinus, 1. VII » Cap. XXIV) parle d'un Romain qui la perdit tellement dans une maladie, qu'il ne se souvenait pas même de son propre nom. Un enfant de huit ans, qui apprenait le latin fort bien,
raison ; lorsque celle-ci est soutenue et trèsactive, on lui donne le nom de réflexion. Une série de jugemens conséquens les uns aux autres porte le nom de raisonnement.
oublia tout d’un coup presque tout ce qu'il avait appris quand les chaleurs de 1709 commencèrent : quelques jours de fraîcheur lui rendirent la mémoire ; le retour de la chaleur la lui fit perdre une seconde fois (Hist. de l'Acad., 1705, p. 58). Un jeune homme de condition la perdit entièrement dans une grosse fièvre : les mots Jui manquaient absolument ; il fallut recommencer à lui apprendre sa langue (ist. de l'Acad., 1711, p. 27). Un gentilhomme eut la même destinée après une violente maladie. »
Conclusion de M. Dufieu. « Si le retour des idées, et par conséquent la mémoire, dépendent des traces du cerveau , est-il étonnant qu'on la perde? La violence de la chaleur ou de la maladie peut naturellement causer du dérangement dans la substance du cerveau, faire des obstructions dans les petits tuyaux, dans les fibres, empêcher par là les esprits d'y couler. Elle peut altérer les traces, leur donner une nouvelle figure , les effacer, et dès lors les idées qui y étaient comme attachées sont perdues pour l'âme. Si l’action de quelque fluide mêlé dans le sang vient à dissiper les obstructions du cerveau,
les esprits pourront reprendre leur cours, réparer et
« La raison, ce principe des qualités morales et de la perfectibilité de l'esprit, n’est autre chose que le jugement, puisqu'elle consiste dans la faculté d'apprécier le bien et le mal de nos actions.
« L'imagination est cette faculté qui nous rend aptes à créer des idées nouvelles, et à trouver des rapports inconnus entre les idées ou les faits déjà connus.
« Tempérée par la réflexion et réglée par le jugement, l'imagination devient génie. On appelle ainsi cette faculté qui fait découvrir le beau dans les arts agréables et le vrai dans les sciences exactes. Le discernement, letalent,etc..
agiter les anciennes traces, et les idées perdues se retrouveront comme d’elles-mêmes dans l'esprit. »
M. le baron Larrey a cité, à la séance de l'Académie royale des sciences de Paris (26 octobre 1829), l’histoire d’un brigadier de dragons qui, atteint d’une balle qui s'était logée dans l'épaisseur des os dont on n'avait pu la retirer, mourut, long-temps après sa guérison, d'une phthisie. Depuis le coup de feu guéri par M. Larrey, Situé à l'angle droit du coronal, le malheureux dragon avait perdu la mémoire des substantifs et des
noms propres .
(US ne sont que des degrés de perfection dans les opérations mentales.
« De toutes les actions cérébrales résultent des sentimens pérubles où agréables.
« Lorsque ces sentimens sont portés à un certain degré, ils prennent le n6in de passions. Les passions ont teurs principes dans les sensations et dans les inclinations. Elles s’accroissent avec le temps et se fortifient par l'habitude de s’y livrer. On les distingue, eu égard à leurs effets sur l’économie, en ecttantes, comme la joie, l'amour, la colère, etc.; et 'en débilitantes, telles que la ristesse et la crainte, etc. (1).
« Chaque passion exerce une achion sympathique sur quelque partie , dont les changemens décèlent l’état de l'âme. Ainsi, la face et les yeux rougissent ou pâlissent dans la co/ere, le front se colore dans la pudeur, les larmes coulent dans le chagrin, les muscles volontaires se contractent convulsivement dans la colère ; ils sont, au contraire , inertes dans la crainte et la frayeur : tandis que les muscles intérieurs, tels que le cœur, les intestins, la vessie, éprouvent des
(1) Sous le rapport de leurs degrés, les unes sont fortes, comme l'&mour et la joie ; les autres sont douces,
comme la pudeur, l'amitié et l'espérance.
C7) spasmeés qui donnent naissance à divers accidens.
«Les passions excitantes portent leurs atteintes sur les organes de la poitrine , où elles causent des mouvemens désordonnés.
«Les passions débutantes ou tristes affectent, au contraire, les viscères de l’abdomen, qui en éprouvent à la longue des lésions profondes.
« Les passions fortes mettent souvent la raison en défaut, leurs excès rabaissent l’homme äudessous des espèces qui lui sont soumisés.
« L'instinct n’est point étranger à l’homme; mais les progrès de sa raison en affaiblissent les conseils. Cette faculté guide les animaux däns la plupart de leurs actions, et leur donne, &b 0vo, une plénitude d'instruction pour tendre constamment vers tout ce qui leur est utile.
C'est l'éducation qui perfectionne la raison; c'est la nature qui développe les facultés de l'instinct. Si les connaissances acquises par la raison n'ont point de bornes, celles qui sont données par l'instinct ne comptent point d’erreuts.
« Les sensations, les actions de la pensée et lès passions, donnent, en définitif, naissance à la volonté, qui est l'intention prononcée , ou tout siinplement le désir de faire ou de ne pas. faire telle chose.
« Les volitions ou les actes de la volonté se manifestent à l'extérieur par la locomotion, les gestes, la voix et la parole (1). »
MM. Gall et Spurzheim donnent le nom de cerveau « à la masse nerveuse qui est surajoutée aux systèmes nerveux affectés aux mouvemens volontaires, et aux cinq sens extérieurs. »
Selon leur système , développé dans le nouveau Dictionnaire des Sciences médicales , « les nerfs et la moelle épinière sont aussi peu des prolongemens du cerveau, que celle-ci est une continuation de la moelle épinière. Toutes les parties naissent et existent indépendamment les unes des autres. »
Selon ces savans anatomistes, « le cerveau est composé d’autant d'organes qu'il y a de facultés fondamentales. »
Ils reconnaissent évidemment « que toutes les
(1) On peut consulter ces mots pour leur définition, qu'on lira avec intérêt dans l'ouvrage cité de M. Legouas, où ce professeur a développé avec élégance les fondemens d'une sage et parfaite érudition. Je copierais toutes les parties de son ouvrage qui ont rapport à ce Traité, si je ne craignais quelques reproches, et si je consultais uniquement le désir de rendre hommage au
talent. distingué de l’auteur.
(ua:) parties cérébrales sont doubles, et que les parties congénères des deux côtés sont rapprochées entre elles par des appareils de réunion ou les commissures. |
« Qu'enfin il est certain qu'il n’y a pas de point central des symptômes nerveux.
« Que le cerveau est exclusivement l'organe des facultés morales et intellectuelles, et que chaque partie du cerveau est affectée à une faculté particulière.
« Pour confirmer, ajoutent MM. Gall et Spurzheim, que toutes sensations et tout mouvement volontaire dérivent du cerveau, On a encore allégué jusqu’à présent que tous les nerfs ne sont que des continuations, des prolongemens du cerveau, et qu’ils y ont leur origine et leur point central; mais cette preuve ne peut plus subsister depuis que nous avons démontré que le cerveau ne se prolonge pas dans les nerfs des sens, rt dans la masse nerveuse de la colonne vertébrale ; que chaque système nerveux est un symptôme propre et particulier, et que l’enchatnement de ces systèmes, par des branches communiquantes, suffitpour expliquer leurinfluence réciproque.
« Par exemple , le décollement d’un coq qui continue à battre des ailes, prouve seulement
que le cerveau n’est pas nécessaire pour les mouvemens automatiques. » y 291
Choisissons un autre exemple dans un travail trop prolongé.
« Une étude, disent MM. Gall et Spurzheim , long-tempscontinuée sur lemême objet,fatigue ; mais, en variant l'objet du travail, l'esprit reprend de nouvelles forces. Or, si le cerveau n'est qu'un seul organe exécutant tous les actes de l’âme et de l'esprit, comment un nouveau sujet de méditation n’augmente-t-il pas la fatigue, au lieu de procurer un délassement?
« Il ne serait pas possible de concevoir les phénomènes du somnambulisme, si le cerveau n'était qu'un seul organe, et non une réubion de plusieurs , affectés chacun à une faculté particulière.
« Il est donc démontré que le cerveau n'est pas un tout unique, mais un assemblage d’autant d'organes qu'il y a de facultés particulières. »
MM. Gall et Spurzheim présentent ainsi plus bas les preuves les plus importantes de leurs assertions, que le cerveau est exclusivement lorgane des facultés morales et intellectuelles, en disant :
«1° Les facultés morales et intellectuelles se manifestent, augmentent et diminuent suivant
| (95) que les parties cérébrales qui leur sont propres se développent, se fortifient et s’affaiblissent. ( Les âges de la vie ).
« 2° Lorsque le développement du cerveau en général, ou d’un organe en particulier , ne suit point l’ordre graduel ordinaire, la manifestation des fonctions s’écarte aussi de l’ordre ordinaire. » ( Le cerveau volumineux des rachitiques. )
« 3° Le développementdéfectueux des organes de l'âme rend défectueuse la manifestation de ses qualités. ( Assertion prouvée par la petitesse du cerveau des imbécilles de naissance. )»
Ainsi, dans l’une et l’autre acception ; le cerveau est l'origine de tout le système nerveux, source de la vie, de la force, du plaisir et de la douleur. C’est, en un mot, le grand laboratoire des sensations; et, ce qui le prouve, c’est que lorsque la moelle du cerveau est comprimée par quelque cause que ce puisse être, par le sang, par l’enfoncement dés os du crâne, par la contusion ou la commotion, on tombe en apoplexie. |
« Plusieurs attribuent , dit Valmont Bomare, à la différente conformation des organes du cerveau, les diversès opérations des sens intérieurs; on remarque que les lions, les ours, le loup et les autres bêtes courageuses et cruellés, ont
(56 ) | cette partie si petite, qu’elle est presque imperceptible; au lieu qu'elle est fort grande ( la glande pinéale ) chez les animaux qui, comme l'élan, sont fort timides. »
. Voyons maintenant comment les névroses des fonctions cérébrales ont quelques rapports avec: les névroses de la génération.
«a Les névroses des fonctions cérébrales (1) consistent dans l’augmentation , la diminution, même la suppréssion et l'irrégularité des fonctions du cerveau. De là les comata, qui sont l'apoplexie , la catalepsie et l’épilepsie.
« Les vésanies, qui sont l’hypochondrie, la mélancolie , la démence, l’idiotisme, le somnambulisme et l’hydrophobie. »
Dans les névroses des organes de la génération ; l'appétit vénérien est plus ou moins augmenté, plus ou moins diminué, plus ou moins irrégulier. On les sous-divise en névroses génitales de l'homme, qui sont : l’anaphrodisie, le dyspermatisme, la satyriase, le priapisme ; et en névroses génitales de la femme, qui sont : la nymphomarie et l’hystérie. »
La connexion des différens systèmes est sensible. « La machine animale, dit Valmont Bo-
(1) Pinel, Nosographie philosophique.
mare (1), est comme le cercle, quin'a ni commencement ni fin; un ressort prête son action
l'autre, qui lui doit son mouvement; leur urion conspire à former d’autres machines qui deviennent leur mobile; enfin, tous les ressorts réunissent leur mouvement dans chaque ressort, et chaque ressort partage aux autres son action et l'effet qui en résulte. Ainsi , le cerveau n'agit que par l’impulsion du cœur , qui serait immobile sans le cerveau ; les deux organes réunissent leur mécanisme pour former la respiration , qui soutient leur action ou la détruit; les fluides qui traversent nos vaisseaux sont préparés par les trois forces mouvantes, et les parties de ces fluides préparés animent le cerveau, donnent au cœur tous ses mouvemens , et font agir la respiration.
« Tous les mouvemens, dit Cabanis (2), ont leur point d’appui dans le sein du système cérébral, comme toutes les impressions quelconques y vont chercher leur point de réunion.
(1) Article Homme du Dict. rais. d'Histoire naturelle.
(2 Rapports du Physique etdu Moralde l'Homme, | t. IL, p. °58.
« Par le reflux du liquide nerveux (1) vers le cerveau, l’âme est avertie qu'il se fait telle impression sur un tel membre. Lorsque l’on pique Ja main, ce n’est pas la main qui souffre, c’est le sensoriun , et le sensorium n'est averti de cette piqûre que parce qu'il se fait un reflux du suc nerveux jusqu’au cerveau, par le moyen du nerf qui se répand à la main. C'est donc la piqûre de ce nerf qui exeite l’ébranlement de certaines fibres du cerveau, ébranlement qui occasionne un sentiment dans le sensorium. »
On voit, d’après cet exposé, que le cerveau, considéré comme siége unique des sensations, ou, suivant M. Gall, comme assemblage des organes essentiels à la vie, est un centre de réaction où des scènes à l'infini se développent confusément en un moment ; qu'il est l'organe de nos pensées, le réservoir où se filtre, pour ainsi dire, la matière qui porte le mouvement dans tous ros membres ; que, sans avoir égard à sa contexture , il n’en est pas moins le foyer des sensations, et que les sens ne sont destinés qu'à lui reporterlesimpressions du dehors ; enfin, que le cerveau est aux nerfs ce que le cœur est
(1) Manuel de Physique et de Physiologie, par Duficu, p. 502.
au sang : et voilà les deux principes de la vie. Dans l'anaphrodisie, le cerveau agit directement sur les organes de la génération, tandis que les sens n’agissent que par connexion indirecte,
Alors « on est fondé à dire (1) que les mouvemens oscillatoires qu’impriment le travail de la pensée, de la méditation, et surtout celui résultant de la lutte des passions, se communiquent aux branches nerveuses correspondantes (2) et aux organes que ces nerfs lient avec le système cérébral; que ceux-ci, à leur tour, soit par sympathie, soit par la dépendance de leurs fonctions, font partager leur altération aux autres organes, en raison du degré de proximité, ou plutôt de connexion relative où ils sont avec eux. »
L'anaphrodisie n’est donc, dans ce cas, qu'une altération des fonctions nerveuses par les passions, nées elles-mêmes du trouble et de l’'anomalie des mouvemens, ou plutôt une anomalie locale des fonctions nerveuses.
« Quoi de plus propre (3) à fournir de nouvelles preuves de la relation étroite qui unit le
(1) Debreuze, de l Influence des Passions, etc. (2) Celles de l'appareil génital.
(3) Debreuze, ouvrage cité, P+ 109.
moral etle physique, que l'influence des passions sur les organes de la reproduction ? Qui ne connaît tout le pouvoir de l'imagination dans l’anaphrodisie ? Qui ne connaît aussi tous les contes vulgaires auxquels a donné lieu cette affection, qui le plus souvent est due à la faiblesse morale et physique des individus, et quelquefois même à leur crédulité, ou au dérangement de leur imagination ?
« Les médecins instruits ont souvent guéri cette espèce de paralysie locale, à l’aide de moyens moraux propres à imprimer une secousse salutaire, ou à causer une distraction avantageuse. Montaigne (1), comme il le raconte lui-même dans ses Æssais, parvint, par une adroite supercherie, à rendre tous les droits de la virilité à un nouveau marié que l’imagination avait ainsi dégradé. »
On voit pareille histoire, section cinquième de ce Traité : je dois cette observation à un officier de marine qui, à Saint-Domingue, vint réclamer mes conseils.
Pouvoir del magination sur l appareil génital.
Veut-on une nouvelle preuve de la connexité
(1) Tome [, p. 94.
du cerveau avec les organes de la génération ? Écoutons Venette : « Si l'imagination , dit-il , est touchée par la présence d’une belle qu'on adore, et que les petites fibres du cerveau soient ébranlées par les pensées de l’amour, il se fait aussitôtune sueur interne dans nos parties naturelles, et les esprits, qui s’y portent avec tumulte et précipitation, font sortir des prostates une matiére liquide, qui prépare le conduit pour le passage de la semence, qui devient l’effet de nos plaisirs amoureux. »
Cette émission prématurée, sans être celle de la semence, énerve cependant. Combien de jeunes gens, trop passionnés dans ces doux momens, ontparu épuisés et frappés d’anaphrodisie par l'excès de la volupté dont ils étaient enivrés entre les bras de leurs belles qu'ils aimaient avec trop d’ardeur !
Le pouvoir de l'imagination sur les systèmes est prouvé par l’orgasme voluptueux des parties génitales. Lorsque les fluides nerveux et sanguin s'y portent, et qu'ils parviennent À gonfler les COFPS Caverneux, il y a bientôt érection complète. Lorsqu’au contraire l'imagination est trop sensiblement affectée , la scène se passe au cerveau.
Songes. Dans la veille, l'image d’une jolie Tous 1. 6
(Ca82,)) £ femme, de tableaux voluptueux agace l'imagination ; bientôt, dans le sommeil (1), ces scènes
(1) Mécanisme du Sommeil d'après Dufieu, ou- -vrage cité. « Si le sang ne fournit au cerveau qu'une liqueur trop grossière pour se filtrer dans les nerfs; si les esprits animaux sont en trop petite quantité, trop déliés, trop faibles pour causer de fortes agitations dans le cerveau même, les organes se relâchent; ils ne sont pas dans une disposition à faire passer de vives impressions jusquà l'endroit où l’auteur de la nature a voulu qu’elles passassent pour produire des sensations dans l'âme. L'âme n’aperçoit plus les objets extérieurs; et c’est le sommeil. « Quelquefois aussi la trop grande abondance d’esprits animaux peut causer quelque trouble dans le cerveau et nous procurer le sommeil. S'il arrive, pendant le sommeil, que les esprits animaux qui sont dans le cerveau en ébranlent quelques parties de la même manière que si un objet agissait sur les organes des sens, pour lors l'âme éprouve une sensation qu'on appelle songe. On ne songe presque jamais en dormant qu'aux chosesqu'on a senties étant éveillé, parce que les parties du cerveau, qui ont déjà été ébranlées par l’action de quelque objet extérieur, sont bien plus aisées à être ébranlées que ceiles qui sont toujours demeurées en repos. «Le sommeil vient souvent après le repas, parce que
( 83 étant retracées, le pénis, au secours de cette même imagination, se gonfle, et prend l'attitude convenable au congrès ; et « la jeunesse bouillante, dit Montaigne (1 1), s’échauffe si avant dansson harnoïs, quoique toutendormie, qu'elle
assouvit en songe ses amoureux désirs. »
Connexion du pénis et du cerveau. Le membre viril a un rapport direct avec le cerveau : car, s'il reçoit une percussion, la céphalalgie en devient le signe concomitant: avec le CŒUT,
le sang, épaissi par le nouveau chyle qui n'est pas encore digéré, ne fournit plus au cerveau d’esprits animaux; où ceux qu il fournit sont trop grossiers pour couler dans les organes des sens. D’ ailleurs, gonflant les vaisseaux sanguins, il comprime et ferme le filtre des esprits; 11 ne se fait plus d'impressions vives , de là le sommeil.
« Le sommeil cesse de deux manières : ro par une impression sur quelqu’ un des organes, si forte qu’elle parvient Jusqu'au cer veau; 20 quand les esprits animaux qui se produisent pendant le sommeil sont assez abondans pour avoir la force d'ouvrir les entrées des nerfs, et pour les remplir de façon qu'ils puissent transmettre jusqu’au cerveau les ébranlemens produits par les objets qui touchent le Corps. »
CL) Essais, Liv. I, chap. XX, bi 4.
( 84) puisqu'on éprouve des syncopes plus ou moins prononcées ; avec les yeux, puisqu'ils sont frappés de vertiges et d’éblouissemens.
L'affluence du sang et des nerfs gonfle et roidit la verge , ce qui a fait dire à Aristote que le cœur
et la verge étaient dans l’homme deux sortes d'animaux £aoir£uo qui se remuaient d’euxmêmes (1).
On voit, dans l'Histoire de France, que Vi- Jandré commit un crime de lèse majesté pour avoir touché dela main les parties sexuelles de Charles IX. |
La loi de l'Ancien Testament commande de couper la main à une femme qui aura manié ces mêmes parties ou par mépris, ou par injure.
(1) « Un physicien de mes amis, dit M. Sage, qui est un des premiers qui se sont occupés en France du galvanisme , l’ayant déféré à plusieurs reprises sur toutes les parties de son corps, le porta à la fin sur son membre viril en érection : il éprouva les douleurs les plus vives dans le cerveau. Depuis cet essai fatal, sa tête s’aliéna et resta douloureuse. Get homme de mérite ne survécut que très-peu à cette expérience. Son cerveau ayant été ouvert, on trouva une matière fongueuse, blanche, qui paraît être due à la décomposition d'une partie de ce viscère. » (Moyens de remédier aux Poisons, etc.,
par B. G. Sage, etc., p. 75.)
( 85 ) Connexion de la Matrice et du Cerveau.
Le rapport de ces deux organes existe dans l'hystérie, et dans les autres affections de matrice provenant de passions débilitantes.
Je dois quelques larmes aux mânes d’une jeune et belle parente, bonne épouse et sensible amie, mais douée d’une irritabilité nerveuse dont les suites la conduisirent au tombeau. Les observations que j'ai faites à son égard étant relatives au sujet que je traite, je dois les consigner ici, pour démontrer le rapport qui existe entre le cerveau et les organes de la génération. Je vais néanmoins tracer auparavant, d’après M. Calabre-Debreuze (1), l’esquisse des symptômes de l’hystérie toujours accompagnée de nombreuses anomalies de la sensibilité, de la myotilité et de la caloricité, principalement à l’âge de puberté, cette époque orageuse de la vie qui enflamme nos passions , et porte souvent le trouble dans nos systèmes.
« Une complexion délicate, un tempérament ardent et lascif, une irritabilité nerveuse innée,
(1) Ouvrage cité, sur l’nfluence des passions dans les maladies, p. 97.
( 86) ou acquise par une vie sédentaire, sont les cau- ses prédisposantes à hystérie , dont les femmes sont particulièrement atteintes aux deux époques critiques de la vie, la puberté et l’âge du retour. |
« Les causes subséquentes qui en déterminent le développement sont : la suppression ou le dérangement du flux menstruel, une continence rigoureuse , le veuvage, ou l'éloignement dans les premiers temps du mariage; l'amour, les désirs impérieux , la jalousie ou toute autre passion forte contrariée, et susceptible de suspendre les fonctions de l’utérus; les lectures érotiques, la contemplation de peintures voluptueuses augmentent le trouble des sens et de l’imagination, et appellent les désirs au foyer de la sensibilité de la femme , la matrice.
« Les symptômes propres à l’hystérie sont :
une espèce de strangulation que produit le mouvement d’une boule qui semble se détacher de la matrice et monter vers le cou, accompagnée d’une tension spasmodique des muscles de l’abdomen, avec une constriction spasmodique de la poitrine et le rapprochement idéal des fausses côtes. Souvent, lorsque l’accès est violent, les vertiges, la pâleur du visage , l’'engourdissement des membres, les pandiculations et une anxiété
Et
précordiale plus ou moins sensible, annoncent ces désordres. Bientôt le mouvement angiostatique est troublé, et annoncé par une dyspnée incommode, des palpitations , et les pulsations déréglées des carotides et des temporales. Ces accés seterminent par des convulsions renaissantes, entremêlées d’un sommeil léthargique.
« Souvent les malades pleurent et rient alternativement (1); bientôt après ils soupirent, en se plaignant d’étouffemens ; enfin, ils perdent connaissance : le pouls s’efface et devient irrégulier, petit et vermiculaire ; les extrémités sont froides et l’utérus entre en contraction.
« Les accès se terminent aussi par l'excrétion d’une humeur muqueuse à travers le vagin, ou par des urines limpides, incolores et abondantes. On en provoque la fin à l’aide d’une odeur fétide ou du charme de la musique ; mais le système nerveux, ébranlé par cette attaque, est doué d’une sensibilité si facilement irritable , que la plus légère affection morale , la moindre contrariété, un sentiment de joie ou de peine, et surtout l’absence de l'objet aimé, suffisent pour
(tr) Roussel attribue la facilité qu'ont les femmes de pleurer et de rire alternativement, à l'extrême myotilité :
“et au peu de consistance de leurs organes.
(88) occasioner une rechute, si la cause de lhystérie provient du dérangement du flux menstruel ou d’une continence rigoureuse. On peut y remédier, dans le premier cas, par les remèdes propres à rétablir les évacuations menstruelles , et, dans le second cas, parle mariage. Mais si cette affection estle résultat du désordre du système sensitif, on ne peut traiter la malade que par les règles de l'hygiène , et il serait ridicule d'employer à cet égard des moyens médicamenteux, si ce n'est pour réprimer les effets du moment. C’est pourquoi on fera usage des antispasmodiques intérieurement , et on présentera à l'organe olfactif des odeurs vireuses ou fétides, comme propres à impressionner vivement les organes sensoriaux , l’odorat étant celui des sens qui correspond le plus particulièrement avec le sensorium (1), qu'il pénètre et
LA
(1) Le sensorium , selon Capuron et Nysten, est cette partie de l’encéphale ou du cerveau qui passe pour être le siége de l’âme, le centre des sensations. C’est la cause immédiate de la perception, que Willis place dans le corps cannelé du cerveau, Descartes dans la glande pinéale, et M. de la Peyronnie dans le corps calleux, petit corps blanc et oblong, qui est comme détaché de la masse du cerveau.
( 89 ) avertit promptement de ce qui se passe au-dehors. Ces irritations utiles réveillent l’âme lui rendent son énergie, et rétablissent les fonctions vitales, auxquelles elles président. »
Il me reste à tracer l’histoire et les derniers -momens de M® M. D., victime d’une sensibilité extrême. EP
M M. D. , âgée de trente-cinq ans, douée de toutes les grâces naturelles, et d’une fortune honnête, mais que l’oubli de parens puissans à la cour rendit stationnaire, en conçut un tel chagrin, qu’elle y trouva la source de tous ses maux. Dévorée par une ambition que des indiscrets attisait, et dont ils lui faisaient méchamment entrevoir le bon droit, ces faux amis creusèrent un tombeau à sa trop fatale confiance.
Bientôt se déclarèrent tous les symptômes de l’hystérie, avec des modifications qui la menacérent, dès l'invasion. de phlogose de la matrice. En vain l'époux qu’elle adorait, et.qu'elle gémissait de ne pas voir revêtu des dignités auxquelles son alliance lui donnait le droit de prétendre , lui faisait de sages observations sur les douceurs de la médiocrité; l'ambition, cette maitresse despotique, avait parlé , et jour et nuit lui criait : demande et on t’accordera. Elle obsédait done son parent de placets, qui le plus