‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfansChapitre 63 sur 90 · MAT CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

MAT CHAPITRE PREMIER

De RER du Pouvoir, et des élu ds de l'Amour pour parvenir à l’union des deux sexes.

« L'amour est le règne de la femme. C'est par lui qu’elle devient souveraine arbitre de son vainqueur ; en se réservant le droit de succomber, elle l’asservit par sa faiblesse , autant qu’elle le révolterait par sa force ; et lorsqu'elle paraît céder, ce n’est. que. pour commander bientôt avec plus d’empire. Sa douceur, voilà sa puissance; ses charmes, voilà sa gloire; précieux joyaux dont la nature voulut l'orner dans toute

sa magnificence. (mot Femme du Nouv. Dict.

des Sciences M édicales. )

La nature , dit le galant Anacréon (1), avant donné les cornes aux taureaux ; aux chevaux

(1) Traduction de madame Dacier.

les pieds infatigables ; aux lièvres, la vitesse ; aux lions, le courage; aux poissons, les nageoires ; les ailes aux oiseaux; aux hommes la prudence ; elle'n’eut plus rien dont elle put faire présent aux femmes : que leur donna-t-elle donc? La beauté, qui leur tient lieu de dards et de boucliers ; car il ny a rien qui puisse résister à une belle. »

Aïmeér est un destin charmant ,

C’est un bonheur qui nous enivre

Et qui produit Penchantement.

Avoir aimé, ce n’est plus vivre ; Hélas! c’est avoir acheté

Cette accablante vérité,

Que les sermens sont un mensonge , Que l’amour trompe tôt ou tard, Que l'innocence n’est qu’un art,

Et que le bonheur n’est qu’un songe (1).

Dans une entrevue d’amans, ce qu’on a à se dire, on le sent mieux qu’il n’est possible de l'exprimer. Un auteur moderne, M. Vigée, bien dépeint la situation d’un amant près de sa maîtresse par ces vers :

Dis-moi ce que j'éprouve en approchant de toi ?

Dis-moi quel est ce trouble où ton aspect me jette ?

(1) Parny.

Tone I. 13

(tof)

Je tremble, je pâlis, je sens un doux effroi;

Je voudrais te parler et ma bouche est muette. | Assis à tes côtés, je n’ai plus de maintien,

Je cherche ton regard, le rencontre et l’évite;

Si mon pied, par hasard, se place auprès du tien,

Un feu secret me brûle, et tout mon cœur palpite.

Cependant, cette contrainte qui fait les délices de deux cœurs sensibles, est un grand obstacle aux succès des derniers plaisirs. Elle menace d’anaphrodisie. Pour bien combattre, en amour comme à la guerre, il faut ne pas douter de la victoire. Cette timidité excessive est toujours nuisible, et une femme adroite a le soin de la faire disparaître par une résistance graduée, qui excite et stimule les désirs.

Te La nymphe s’embarrasse, Se livre par degré à ce trouble enchanteur,

Tombe, se laisse vaincre, et pardonne au vainqueur.

Préludes de | Amour; effets de VI magination.

Le baiser d'amour est la plus douce des caresses, et celle qui se présente d’abord à la pensée, immédiatement après le toucher; c'est le présage d’un bonheur prochain.

Diane, suivant la fable, descendait du ciel

(195) pour prodiguer ses baisers au jeune Endymion au milieu de 1a nuit.

Premier baiser que vous avez de charmes !

Mais quelque fois vous coûtez bien des larmes! Vous dérober, c’est vouloir vous ternir:

: Pour vous goûter, il faut vous obtenir.

( Parnr. )

« Partout la nature, dit M. Perreau (Gi) a dressé à l’homme son lit nuptial, sans lui pres-

crire, comme aux animaux, ni la saison, ni l'heure du plaisir (2).

Épicure ne caressait pas les femmes, parce qu'il les regardait comme contraires à notre bonne santé.

De LA nthropogénie.

La génération (du verbe grec rewxs, genero), est une merveilleuse opération de la nature, par laquelle elle accomplit la reproduction des espèces. Cette admirable fonction confiée à

(1) Etudes de l'homme physique et moral, P-177. 10) TON Sur ces heureux mystères Laissez tomber quelques gazes légères ;

Et ne montrant jamais qu’un seul coin du tableau 3 Laissez-nous soulever Le reste du rideau.

tous les êtres organisés, comprend la conception, la gestation et l’accouchement. « C’est un mystère, dit Valmont-Bomare, dont la nature s’est réservé le secret. » L'homme, ce chefd'œuvre de la création, passe de merveilles en merveilles pour arriver à la perfection de son être. Les principes qui constituent sa première essence sont les résultats d'opérations mécaniques qui disposent et opérent sa reproduction. La nature a établi deux modifications dans l'organisation des deux puissances auxquelles elle a imposé la loi de transmettre l'existence et de propager les espèces. Sans le concours de deux sexes différens qui, à une certaine époque de la vie, éprouvent l'impérieux besoin du rapprochement pour coopérer à la multiplication des êtres, le monde eût cessé d'exister dès nos premiers pères, que dis-je, l'univers entier serait un chaos, :

I n'y a, dit Virey, qu'une seule génération primitive dans l'univers , c’est la création de la matière vivante etorganisée par la main del'Étre- Suprême. Ce que nous appelons génération n’est qu’uneémanation éternelle de cette source, une continuation de l’arrangement de chaque espèce organisée, une perpétuité de la force vitale : il n’y a point de véritable génération au-

| (197 ) jourd'hui, ce n'est qu’une suite de ce qui a été prescrit à l'origine des âges. »

Cependant, tout être organisé tire son origine de son semblable. C’est une vérité incontestable, et qu'il serait absurde de révoquer en doute. Rien, au contraire, ne saurait choquer davantage la raison, que l'hypothèse de la génération équivoque, par laquelle on supposait que certains animaux, principalement les petits, naissent de la pourriture; que, par une certaine vertu imaginaire appelée force plastique où formatrice, les parties volatiles, détachées d’un corps par la putréfaction, se rajustaient l’une à l'autre, et formaient un nouveau corps différent du premier, C’est ainsi qu'on croyait que du limon des eaux il naissait des poissons ! que de la vase desséchée par un soleil ardent sur les rives du Nil, il naissait des souris! que les vers des mouches provenaient des viandes avancées! qu'’ilétait facile de faire des puces avec de l'urine répandue sur la poussière des vieux meubles ; et cent autres contes de cette nature soutenus gravement par les anciens, et même de nos jours par les journalistes de Trévoux, mais combattus par M. de Réaumur, avec les armes sûres du raisonnement.

Ce qui à pu contribuer, en quelque sorte, à

accréditer ces fables, c’est que les animaux auxquels on attribue une pareille origine, aiment les endroits où on les rencontre. Mais on n'a pas réfléchi que les petits insectes doivent avoir été infiniment plus petits qu'ils ne sont eux-mêmes; ce qu’à la vérité on ne pouvait croire avant l'invention du microscope.

Omne vivum ex 0v0.

Tout être vivant provient d’un œuf. On fgnorait que les œufs et les germes de certains animalcules peuvent rester fort long-temps sans se développer , qu'ils retiennent cette faculté dans la plus grande sécheresse, et qu'un peu d’humidité et de chaleur suffisent pour les faire éclore.

Pardonnons ces erreurs aux crédules siècles de l'antiquité, où l’on ajoutait foi à tout ce qu'il plaisait à de préteridus observateurs d'avancer; où l’on croyait fermement que le vent suflisait pour féconder une jument ; et qu'une femme pouvait devenir enceinte par la seule imagina tion. | :

Quoique le voile qui couvre les mystères dont nous allons essayer de donner un aperçu, soit trop épais pour distinguer clairement, et que le pouvoir de le déchirer nous soit refusé, l'exa-

: ( 199 ) men des différens genres de générations présente assez de motifs d'intérêt pour être observé avec soin. Peut-être, par la suite, un hasard favorable découvrira-t-il ce que des observations multipliées n’ont-pu encore éclaircir.

Ce serait trop'nous écarter de notre sujet, que de rappeler ici plusieurs exceptions aux règles générales de la reproduction des êtres organisés, telles que celles de certains amphibies, grenouilles, crapauds, salamandres, chez lesquels la fécondation a lieu par dehors (1); nous renvoyons , à cet égard, aux immortels écrits des Spallanzani, Bonnet, Lacépède et autres célebres observateurs. Nous devons nous circonscrire dans le cercle que nous nous sommes tracé.

« Instrumens aveugles d’un dessein qui excite nos désirs les plus ardens, dit Valmont-Bomare,

(1) Les chiens, les. loups, les renards demeurent collés dans l’acie vénérien, parce que le gland des mâles se gonfle beaucoup, et le vagin de la femelle se resserre, de manière que la verge demeure arrêtée pendant le temps de l’éjaculation de la semence, ce qui était nécessaire dans ces animaux, puisqu'ils sont privés de vésicules séminales, et que leur sperme n’esf pas dardé dans Pu-

térus de la femelle, mais distillé goutte à goutte.

et qui nous a fait éprouver le sentiment le plus vif dont nous soyons affectés, il semble qu'il ne nous est pas donné de savoir comment nous contribuons à son exécution. Îl paraît que procurer l'existence à son semblable, est le premier et le plus beau des dons faits aux animaux et à l’homme physique ; mais que connaître les lois de la génération, est une science que le Créateur s’est réservée. La pudeur, ce sentiment si cher aux âmes vertueuses et sensibles, s’effraie des efforts que nous faisons pour en pénétrer le mystère, et nous défend de lever le voile dont elle couvre les parties qui servent à l’acte le plus important. »

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