‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfansChapitre 70 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De l’Anaphrodisie comme effet de l’Imagination.

.... Toujours veillant et toujours agissante, L’imagination peint, exagere, enfante;

Et même au sein des nuits, au milieu du repos, Quand tout dort, et les vents, et Les boïs, et Les flots, Qui ne sait son pouvoir (1)!...

Avant de considérer l’imagination comme cause immédiate de l’anaphrodisie, nous allons examiner suceessivement les modifications de sa puissance, son influence plus ou moins directe sur nos organes et sur nos sensations , en invoquant souvent le secours et les lumières du célèbre auteur du poëme de /’{magination.

Nous conviendrons aussi avec M. Dulard (2) que :

Facile à s'émouvoir, l'imagination Est asservie aux lois de la sensation.

(1) Delille, poëme de l’?magination , chant Ier. (2) Dulard, poëme des Merveilles de la nature.

Elle ennoblit les arts, et les fait prospérer ; c'est d'elle que naissent les découvertes agréables et utiles.

C'est au secours de l'imagination que les tendres amans alimentent leurs feux de tendres souvenirs. « Douce imagination, viens me rappeler ma bien -aimée , » disait l’un ; « Souvent mon souffle à acquis le parfum du sien... Quelle délicieuse ivresse! quel tressaillement voluptueux ! » chantait un autre.

Un blanc voit, pour la première fois, une négresse avec répugnance, et il ne cède ensuite qu'au plaisir des sens, qui est l'apanage et le don naturel de ces esclaves du Nouveau-Monde.

Comment se passionner, par exemple, pour une Groëénlandaise, au teint bariolé de blanc et de jaune ; pour une Zemblienne, au front et au menton tatoués de raies bleues ; pour une Japonaise, aux sourcils et lèvres bleues : pour une négresse sénégalaise, dont la peau est brodée de différentes figures d'animaux et de fleurs de toutes couleurs; pour une Caraïbe , toute barbouillée de roucou ; pour une femme du royaume de Décan, qui s’est fait découper la chair en nuances de diverses teintes; pour des têtes en pointes , des faces applaties, des visages plâtrés de verd, de jaune , de blanc, de rouge ; d’autres

piquetés à ramage avec une aiguille, et peints, dit Valmont-Bomare, d’un vermillon ineffacable ; des paupières, des sourcils teints avec de la mine de plomb; des yeux noircis par le moyen de la tutie injectée ; des nez écrasés ; des pieds devenus petits à force de tortures ; des bras et des lèvres piquetés de bleu; des cheveux, des pieds, des mains teints en couleur jaune et rouge ; des oreilles et des narines percées pour porter des coquilles, des perles, des pierres précieuses ; d’autres sans sourcils, comme lés négresses de la Sierra-Leona ; les femmes de l'ile de Nicobas, celles de plusieurs pays de l’Asie, les Brésiliennes , les anciennes Moscovites, les Japonaises de la province de Eisen , etc. ? »

On'sait que, par suite d’une imagination qui enfante des chimères, les ténèbres agacent les désirs vénériens. Dans cette circonstance, l’action des muscles, soumise à notre volonté, n'estelle pas une preuve évidente du pouvoir de l'imagination? Mais cette même imagination alarmée peut renverser aussitôt l’idole qu’elle s’est créée. Par exemple, un sensible et langoureux amant européen pourra-t-il se passionner moralement pour l’une de ces beautés du Nouveau-Monde, soit Africaine, soit Hottentote?

Dans un moment de délire, il invoquera la nuit

pour palper des charmes inconnus , et jouir de la voluptueuse illusion que lui promet d’avance la lubricité tant vantée de ces femmes qui, le plus souvent, ne connaissent et ne peuvent offrir que le plaisir des sens. Engage-t-il une lutte amoureuse ? si des émanations nauséabondes s'élèvent du corps de cette beauté africaine ; si elle répond par un jargon grossier à ses protestations maniérées, le voilà frappé d'impuissance, ou au moins retarde dans l’exécution de ses projets.

C'est par l'imagination que la müsique prend le ton des passions, et nous trace des tableaux si touchans ! Elle fournit au peintre des sujets , et pour en citer un relatif, on rapellera que le char de Sapho est peint traïîné par des passereaux , pour faire voir par cette allégorie combien cette nymphe était voluptueuse.

Firginité. ( Claustrum virginale. )

On à cru dans tous les temps, dit Valmont- Bomare (article Aomme, p. 33 de son Diction.

univers. d'Hist nat.), que l’effusion du sang, lors de la première union, était une preuve réelle de la virginité ; cependant il est évident que ce prétendu signe est nul dans toutes les

(56 ) circonstances où l'entrée du vagin à pu être relâchée ou dilatée naturellement; ainsi, toutesles filles, quoique non déflorées, ne répandent pas du sang ; d’autres, qui le sont en effet, ne laissent pas d’en répandre : il y en a même dont la prétendue virginité s’est renouvelée jusqu'à quatre et cinq fois dans l’espace de deux ou trois ans. et même tous les mois.

Rien donc de plus chimérique que les préjugés des hommes à cet égard, et rien de plus incertain que ces prétendus signes de la virginité du corps. Les hommes devraient donc bien se tranquilliser surtout cela, au lieu de se livrer, comme ils font souvent, à des soupçons injustes, à de fausses joies, selon qu'ils s’imaginent avoir rencontre.

Suivant M. de Haller, tout ceci est entièrement opposé au vrai. Tout fœtus femelle, toute fille nouvellement née , toute jeune personne de dix ans, a, dit-il, l’hymen bien uniforme, et genéralement placé, en forme de croissant, à la partie inférieure de l'origine du vagin. Cette partie se conserve jusqu’à la vieillesse, à moins que l’usage réitéré dé l’acte vénérien ne la détruise, car une seule faute ne suffirait pas pour l’anéantir. |

On lit dans le Traité complet d' Anatomie,

par M. Sabatier, tome Il, pag. 392, qu'il s’en faut beaucoup que la présence de l’hymen soit une preuve assurée de la virginité qui, tout considéré , est plutôt un être moral, une vertu qui consiste dans la pureté du cœur, qu’un être physique. Un grand nombre d’indispositions peu vent détruire cette membrane dans les personnes les plus sages, pendant que des circonstances favorables peuvent l’avoir laissée intacte dans les filles déflorées; de sorte que les unes paraîtront corrompues quoique vierges, et les autres paraitront vicrges quoique corrompues.

(Voyez le Traité circonstancié de Séverin Pineau, chirurgien de Paris, de notis virginuaas; On peut aussi consulter Petit, Maladies des Femmes ; Fodéré, Mahon, etc.)

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