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dans l'air, celui d’un aigle; sur un rocher, celui d’un serpent ; il sera aussi impossible de découvrir le chemin que fait un homme quand il presse amoureusement une jeune fille (1). » Le sage qui a prononcé cet oracle, et à l’expérience duquel on peut bien s’en rapporter, connaissait la difficulté, pour ne pas dire limpossibilité qu'il y avait d’être certain de l'intégrité d'une fille. On ne doit cependant pas toujours s’en rapporter à la présence de l’hymen, puisque la négresse de M. Dodard, que j'ai accouchée à Saint-Domingue, et dont je relate l’histoire au chapitre des causes de l'anaphrodisie, en était pourvue.
C'est néanmoins à cet état d’imperforation que la plupart des hommes attachent beaucoup d'importance. « Les hommes, dit à ce sujet M. de Buffon, ont voulu trouver dans la nature ce qui n’était que dans l'imagination (2). »
(1) Pour ne pas se trouver en défaut , les filles ont inventé un moyen de paraître toujours vierges : c'est une petite vessie, pleine de sang, qui, dit-on, se crève à propos. (Mot Femme du nouveau Dictionnaire des Sciences médicale.
(2) Pour s'assurer de la virginité d'une fille, dit
Lenette, il faut. la mettre pendant une heure dans un
(259 ) « Quel contraste dans les goûts et dans les mœurs des différentes nations (1)! D'après le
bain fait avec la décoction de feuilles de mauves , Séniecon, arroche, brancursine, etc. ; si elle est pucelle, toutes ses parties amoureuses seront pressées et jointes les unes aux autres ; mais si elle ne l'est pas, elles seront lâches, molettes et pendantes, au lieu de ridées et de resserrées qu'elles étaient auparavant, lorsqu'elle voulait ous en imposer, »
Je ne crois pas ces moyens péremptoires, car on éprouve les mêmes résultats, sans les mêmes précautions, avec une femme qui n’est point amoureuse, ou qui, à son réveil, n'est pas encore disposée au coït.
Au reste, saint Ambroise condamne les recherches des matrones, employées de son temps pour s'assurer dé la virginité d'une fille ; car malgré leur art, dit-il, cette fleur facile à se flétir périt sous la main de celle qui la cherche sans l’apercevoir.
(1) Les Ethiopiens, et plusieurs autres peuples de l'Afrique, les habitans du Pégu et de l’Arabie-Pétrée, ont la barbarie, dès que leurs filles sont nées, de rapprocher, par une sorte de couture, les parties que la nature a séparées, en ne laissant libre que l’espace qui est nécessaire pour les écoulemens naturels : ces chairs adhèrent peu à peu à mesure que l'enfant prend son ac-
croisement, de sorte que lon est obligé de les séparer
cas que nous voyons que font de la virginité la plupart des hommes, imaginerait-on que certains peuples la méprisent, et regardent comme un ouvrage servile la peine qu'il faut prendre pour moissonner cette fleur ? Que la superstition ait porté certains peuples à céder les prémices des vierges aux prêtres de leursidoles, ou à en faire une espèce de sacrifice à l'idole même ; que les prêtres des royaumes de Cochin et de Calicut jouissent de ce droit; que chez les Canarins de Goa, les vierges soient prostituées de gré ou de force par leurs plus proches à une idole de fer, on peut, on doit même gémir sur l'erreur de ces peuples; mais enfin les vues de religion qui les portent à ces excès semblent les exCUSEr. ?
« Mais qu’au royaume d’Aracan et aux îles Philippines, un homme se croie déshonoré s’il épousait une fille qui n’eût pas été dépucelée par
par une incision ; lorsque le temps du mariage est arrivé. Il y a certains peuples qui passent seulement un anneau: Les femmes sont soumises comme les filles à cet usage outrageant pour la vertu; la seule différence est que celui des filles ne peut s'ôter, et que celui des femmes a
une espèce de serrure dont le mari seul a la clé:1»
(M. de L....., t. IT, p. 300.)
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7 1 un autre; que dans la province du Thibet les méres cherchent des étrangers qu'elles prient instamment de mettre leurs filles en état de trouver des maris; qu’à Madagascar, les filles les plus débauchées soient le plutôt mariées, ce sont-là de ces grossières contrariétés avec lesquelles ni nos mœurs, ni nos idées ne peuvent en aucune maniere se lier. Que les usages des anciens étaient bien différens! Ils avaient tant de respect pour les vierges, que lorsqu'elles étaient condamnées au dernier supplice , on ne les faisait mourir qu'après que les bourreaux les avaient déflorées. »
(On sait, dit Venette (pag. 85, t. F), quelie vénération les Romains ont eu. pour les vierges vestales, et le. fameux édit que l'empereur Tibère fit publier. La fille de Séjan, qui n'avait pas encore atteint l’âge de puberté, fut déflorée par le bourreau avant d’être étranglée, pour ne pas faire déshonneur à la virginité. »
Je ne suis pas de l’avis du docteur Venettc, qui, dans un autre passage , approuve la coutume de certains peuples qui font déflorer les jeunes filles avant de les marier , en les comparant à une serrure neuve qui a besoin d’être exercée. On apprend avec horreur et répugnance, que , parmi tant d’autres peuples, «les
Phéniciens , suivant Athanase , obligeaient leurs filles (Venette, t. 1, p. 42), par des lois sévères, de souffrir, avant d’être mariées , que des valets les déflorassent; que les Arméniens, selon Strabon, sacrifiaient les leurs dans le temple de ja déesse Anaïtis pour y subir le même sort, afin de trouver ensuite des partis avantageux à leur condition. » ps
Que de coutumes, souvent bizarres, sont usitées parmi certains peuples dans les cérémonies du mariage. Chez les Gaulois, les filles choisissaient parmi les jeunes gens du canton, que le père rassemblait dans un festin, celui qui lui plaisait le plus, et pour annoncer que son choix était fait, elle s’adressait d’abord à lui pour lui laver les mains. Chez les Kamtschadales, les amoureux n’obtiennent la fille qu'ils recherchent qu'après un combat, quelquefois sanglant, qu'ils ont à soutenir contre des matrones chargées de s'opposer à l'enlèvement qui doit se faire par use. Si l'amant n’est pas victorieux , et s'il ne sait pas à propos tromper la surveillance des argus femelles , il est renvoyé meurtri de coups, et quelquefois ensanglanté. Les Groenlandais sont plus doux dans leurs préludes. Les amans de-part et d'autre, s'inquiètent des talens qui conviennent à l’un ou l’autre sexe, et s'ils ob-
(li: ) tiennent des rapports favorables des vieilles femmes qui servent d’entremetteuses , la jeune épouse court échevelée chez le jeune homme, et va se placer au lit, à ses côtés, en pleurant et poussant des cris, que le prétendu sait bientôt apaiser. En Islande, les époux ont à peine reçu la bénédiction nuptiale, qu'ils font circuler des coupes.pleines d’eau-de-vie dont les parens, rangés circulairement autour d’eux et du prêtre, boivent jusqu’à l'ivresse. Dans la petite Buckarie, pays d'Asie dont les Tartares Kalmoucks sont seigneurs, les hommes achètent les plus belles femmes à prix d'argent; ils couchent pendant trois jours avec celle qu'ils ont choisie pour épouse, habillés, et sans qu’il leur soit permis de lui prouver leur ardeur; on ne les laisse auprès d'elles que pendant quelques minutes, et ce n'est que le troisième jour qu’ils deviennent heureux. Les Kalmoucks répudient leur femme à quarante ans, et la malheureuse devient l'esclave de la nouvelle épouse. Les Macassars , habitans de l’ile de Célèbe , enferment leurs nouveaux mariés dans une chambre obscure , où ils restent pendant trois jours et trois nuits sans pouvoir sortir. On à pourvu à tous leurs besoins; etle quatrième jour, un valet pénètre dans cette retraite, éclairée seulement par la faible
( 264 ) jueur d’une lampe ; il oblige les nouveaux mi rés à marcher sur une barre de fer garnie de caractères hyérogliphiques , et les asperge, pour les rafraîchir, de l'eau d’un vase qu'il tient de l'autre main. À Maroc, le roi unit tous les ans quatre ou cinq cents nègres ou mulâtres de sa maison à de jeunes filles de dix jusqu’à quinze ans. Les époux n’ont pas le droit de choisir, et ils sont obligés, sous peine de mort, d'accepter la fille que le roi leur a désignée. Le roi de Calicut offre sa fiancée à son grand aumonier pour la déflorer avant de l’admettre dans sa couche nuptiale. Dans les Indes, on fiance les enfans à l'âge de cinq ans, et ils se marient à dix. Quelle funeste anticipation! Que d'abus dans ces choix, souvent mal assortis, où les cœurs ne sont pas faits l’un pour l’autre ! On trouve dans plusieurs. de ces coutumes les moyens de prévenir les antipathies, de faire naître les désirs par l'attente. du plaisir; mais dans d’autres, à Maroc, par exemple, la contrainte qu’on emploie à l'égard des époux n'est-elle pas souvent la cause d’ana-; phrodisie ?
Mariage des Chinois et des Lacédémoniens. :
« Les sens agissent moins que l'imagination dans les mariages que lon contracte à la
Chine (1), où, quoiqu'’on ne reconnaisse pas d'obligation plus importante , on se marie sans s'être jamais vu. Le jour marqué pour la noce, la jeune fille se met dans une chaise fort ornée : et suivie de ceux qui portent sa dot. Un domestique de confiance garde la clef de la chaise, et ne doit la remettre qu’au mari, qui attend son épouse surla porte de la maison. Aussitôt qu’elle est arrivée, il reçoit la clef du domestique , ‘et se hâtant d'ouvrir la chaise, il juge alors de sa bonne ou de sa mauvaise fortune. Il arrive quelquefois que, mécontent de son partage, il referme la chaise sur-le-champ , etrenvoie la fille avéc tout son cortége.
« I y avait à Lacédémone une maison fort obscure où Fon enfermait les jeunes filles et les . jeunes hommes qui étaient à marier, et chacun emmenait et prenait pour sa femme celle qui lui était tombée en partage. »
Ces méthôdes ridicules conduisent souvent À l’anaphrodisie par antipathie. En effet, un invidu délicat et fait pour aimer, peut-il être & °R Caressant des appas qu'il n’a point enec -vpréciés !.. Voilà l'histoire de nos mariages de convenance par fortune ou par inclination ,
(1) Encyclopediana.
{ 266) trop souvent fixés ou contrariés pour le bonheur
commun des époux, qui semblent nés ävec sympathie ou antipathie l'un pour l’autre.