‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfansChapitre 73 sur 90 · DE L'ANTIPATHIE · texte numérisé non relu

DE L'ANTIPATHIE

J’userai d’une digression qui n'est point toutà-fait étrangère à mon sujet, en la considérant, ainsi que la sympathie, comme une susceptibilité organique. La sympathie détruit, en amour, l'impression désavantageuse que l’antipathie fait naïtre. :

On lit, dans l'Encyclopediana, qu'Henri IT ne pouvait demeurer seul dans une chambre où il y avait un chat.

Que le duc d’Épernon s'évanouissait à la vue d’un levraut.

Que le maréchak d’Alben se trouvait mal dans un repas où l’on servait un maïrcassin Où un cochon de lait.

Qu'Uladislas, roi de Pologne, se troublait et prenait la fuite quand il voyait des pommes.

Qu’'Erasme ne pouvait sentir le poisson sans avoir la fièvre.

Que Scaliger frémissait de tout son corps en: : voyant du cresson.

Que Tychobralhé sentait ses jambes défaillir à la rencontre d’un lièvre ou d’un renard.

Que Bayle avaït des convulsions lorsqu'il entendait le bruit que fait l’eau en sortant d’un robinet.

Que Lamothe-Levayer ne pouvait soufirir le son d'aucun instrument, et goûtait un plaisir vif au bruit du tonnerre.

Que Marie de Médicis ne pouvait supporter Ja vue d’une rose, pas même en peinture, et qu’elle aimait toute autre sorte de fleurs.

Que le chevalier de Guise s’évanouissait également à la vue d’une rose.

Qu’une jeune femme, suivant oc fut attaquée de catalepsie toutes les fois qu'elle revoyait le mari qu'on l'avait forcée d’épouser, et qu'elle n’aimait pas, accès qui n’eurent plus de de suites à la séparation convenue des deux époux.

Je puis citer, à l'appui de ces preuves concluantes de l’influece de l'imagination, une ebservation qui m'estpersonnelle. Un fin chasseur, gourmand de profession , avait célébré la Saint- Hubert avec plusieurs de ses amis. Impatient de ne pas voir servir le diner, il va, revient des fourneaux, y retourne , presse le cuisinier dont il accuse la lenteur, et le harcèle si injustement,

qu'un de nous, pour égayer la fête, s'avise de faire plumer une chouette à l'insu de notre astronome, de la mettre sur Je gril, et, en provoquant son appétit par le récit des fatigues essuyées à la chasse, de l’engager à manger provisoirement le jeune perdreau qu'on lui a fait apprêter. Le saisir sans réflexion, le démembrer et l’avaler, ce fut l'affaire d'un moment; mais un plaisant lui ayant montré la tête de l'oiseau de nuit, notre gourmand convive vomit à l'instant tout ce qu'il avait mangé. Le spasme de l'estomac fut excité au secours de la mémoire qui lui rappela le destructeur des mulots.

Une dame, madame D......, avait une telle antipathie pour les épinards, que dans toutes les maisons où elle était invitée, on avait soin de n’en pas faire servir sur la table. Elle mange, - un jour, d’un fricandeau à l’oseille qu’elle trouve parfait. Une heure après le diner, elle éprouve des anxictés, des soulèvemens d'estomac, et enfin des vomissemens excessifs. La maîtresse de la maison se rend, sans mot dire, à la cuisine, où elle trouve quelques feuilles d'épinards méiées aux épluchures de l'oseille. Madame D... éprouya un emphysème après ces vomissemens.

La Sympathie produit des effets diamétrale-

( 269 ) ment opposés à ceux de l’antipathie. La première tend à rapprocher ce que l’autre cherche à éloigner.

La douce sympathie, en dépit de l'absence,

Nous fait de ceux qu’on aime éprouver la souffrance. P :

( Dernze. Poëme de Imagination.)

Julie, fémrne de Pompée, voyant la robe de son époux teinte du sang d’une victime qu'il avait immolée, croyant voir le sang de Pompée, sentit une douleur si vive qu'elle mourut dans le même moment. Ce touchant exemple de piété conjugale serait bien rare de nos jours.

« C'est en envisageant l’amour conjugal d’après ce principe, dit M. Mare (mot Copulation du nouveau Diction. des Scienc. médic.), qu on s'explique, en grande partie, l’attichement à toute épreuve, ou bien l'indifférence, la haine même des époux, et tant d’autres suites physiques et morales qu'il serait trop long de signäler 40 »

(1) I y a, même parmi les animaux, une sorte de discernement en amour. « Le taureau , l’étalon ne saillent pas avec la même ardeur indistinctement les femelles qu’on leur présente; il en est même qu'ils refusent tout à fait, et d’autres pour lesquelles ils s’emploient

On à vu des hommes être tourmentés de coliques cruelles pendant l'accouchement de leurs femmes.

Par un semblable effet de sympathie, un de mes parens éprouvait une fonte d’humeurs toutes les fois que son épouse prenait un purgatif. Il était cependant très-fortement constitué, mais doué d’une imagination ardente, et toujours disposée à recevoir les moindres impressions.

On lit dans l’Encyclopediana, au mot Sy mpaille, «qu'un ami de M. l'abbé de Laugeac, de la maison de La Rochefoucault, comte de Saint-Julien de Brioude, et doyen de Saint-Gal de Laugeac, fut un jour lui demander à diner: Cet anni était absent depuis plus de quinze ans. Après qu'on eut servi, la gcuvernante vint demander à M. le doyen s’il souhaitait autre chose. L’étranger ne la vit pas, parce qu’elle était derrière sa chaise, mais le cœur lui manqua, et en même temps à la gouvernante. Elle sortit pour

et se fatiguent inutilement. Une chienne choisit entre dix mâles de son espèce qui l'environnent , celui qui doit Jui convenir.

( De l'homme et de la femme considérés en état de mariage, par M. de L....., chirurgien; tome fer,

pige 202.)

prendre l'air, et dès le moment l'étranger revint à lui, et recommença à manger. Dès qu’oneût servi le dessert, M. le doyen appela la gouvernante , et lui demande la clé de son cabinet pour aller chercher quelques liqueurs. Le cœur palpite à l'étranger, et la gouvernante change de couleur, sans que l’un et l’autre pussent en découvrir la cause, Le doyen accourut vers son ami, et un laquais prit soin de faire revenir la gouvernante, qui, ayant eu la curiosité de demander le nom de l'étranger qu'elle n'avait point envisagé, fut se jeter à son cou, et l’embrassa tendrement. C'était la nourrice de l'ami du doyen, et il y avait trente ans qu'ils ne s'étaient rencontrés. »

J'ai été témoin de deux faits aussi extraordinaires; le premier se passa au château de Meung, chez M. de Jarente de la Bruyère, alors évêque d'Orléans. Une dame s’évanouit au milieu du repas ; on l’enlève, et, transportée dans un autre appartement, elle reprend ses sens et s’écrie : « Mon frère vient d’être tué!» Un des convives, fataliste, prend note du jour et de l'heure, et fait remarquer, plus tard, qu'un : courrier, dépèché trois joursaprès, est venu annoncer au prélat la mort de son parent, tué dans une bataille, à pareille heure , et le même jour.

L'autre anecdote a été recueillie à Saint-Do-

(pe)

mingue, et m’aété racontée par madame Rossignol des Dunes, veuve de M. Robuste, qui y joue le rôle principal. Cette dame, ma parente, douée de toutes les vertus sociales, avait depuis quelque temps de sinistres pressentimens sur la santé du comte son époux ; alors en France. Au milieu d’une nuit, elle se réveille en sursaut, et croit voir entrer dans sa chambre son mari, qui semble lui faire signe de ne pas se déplacer. Cette muette extase dure pendant quelques instans, après lesquels M. le comte de Robuste semble dire adieu pour toujours à son épouse ; et l’engage à se retirer chez M; le chevalier Rémoussin, son beau-frère, et habitant du même quartier de la plaine l’Artibonite. Ce mystique entretien, effet de l'imagination, et d’un pou-, voir sympathique cesse, alors le prestige disparait. La vertueuse épouse inquiète, attendrie , veut en vain éloigner de son imagination les noirs présages qui viennent l’obscurcir , et quoique le rideau de l'illusion soit tiré, elle n'en conserve pas moins l'empreinte douloureuse pendant trente-cinq jours, époque de l’arrivée d’un bâtiment venant d'Europe, qui confirme la fatale réalité de son pressentiment, avec tous les détails que nous annonçons, et les volontés dernières du défunt.

On mande de Mole (Brabant septentrional }, que le 9 août 1820, un vieillard s’est rendu à l'église avec son épouse octogénaire ; ils ÿ ont entendu la messe et sont retournés ensemble au logis ; le 10 , ils se sont mis au lit ; le 12, ils ont reçu, en même temps, Îes derniers sacremens ; le 15, ils sont décédés tous deux à onze heures du soir, à un intervalle de moins de deux ininutes l’un de l’autre: le 17 leurs corps ont été portés ensemble à l’église, puis au cimetière.

On conçoit aisément que, pour rentrer dans notre thèse , il y avait, dans les deux câs cités, lieu à anaphrodisie.

Que penser aussi du bäillement qu’on éprouvé à la vue d’un bäilleur.

Les songes étant du domaine de l'imagination, on peut, je crois , les faire coïncider avec l’état du somnambulisme , et les pollutions nocturnes qui énervent si visiblement les organes génitaux.

Ainsi la nuit du jour retrace le tableau; Ainsi de nos pensers nos rêves sont l'écho.

(Diruze. Poëme de l’Amagin., chant. I. }

« Les rêves, dans les affections patholog:iques (1), ne sont-ils pas un témoignage de l’in-

(1) Debreuze, ouvrage cité, p- 6.

Tower I. 15

fluence du physique sur le moral? Ne voit-on pas l'imagination de l’hydropique errer au bord des fontaines et des ruisseaux, etse perdre dans les ondes, tandis que toutes les couleurs sont de pourpre, et que tous les corps sont de feu pour l’homme pléthorique qu’une fièvre inflammatoire a frappé? » |

Il n’est pas étonnant qu'on ait attaché quelque chose de mystérieux aux songes , puisqu'ils sont eux-mêmes des mystères si incompréhensibles. Je me couche l’esprit frappé de quelqu’objet qui m'intéresse vivement, mes Yeux se ferment, mes oreilles s’assoupissent, tous mes sens tombent dans l'inertie et s’engourdissent ; et, néanmoins, au milieu de la nuit, mon âme se retrace toutes les idées qui l'ont frappée le jour. Je vois sans yeux, j'entends sans oreilles; j'éprouve des sentimens de peine et de plaisir sans l'intervention de mes sens, Sans le concours de ma volonté. Je suis mort, et jemiss j'ai desidées, et point d'organes pour les produire; je raisonne, je compose; et si mon imagination est exaltée, je marche, je combine des actions, des mouvemens; j'exécute sans dessein, sans volonté préalable, tout ce que j'exécuterais avec le sentiment distinct de mon existence. Quelle puissance secrète et mer-

(75 ) veilleuse produit ces effets ? Est-ce un reste d’impressions, de vibrations dans les organes de mes sens ? est-ce une action purement mécanique et indépendante de mon âme, dit M. Salgues , t. 1, p, 50 de l'ouvrage cité. »

Imagination exalitée. Un homme était tellement persuadé qu’il était atteint du virus syphilitique , qu’en le frottant avec du beurre, où il n'entrait aucun atôme de mercure, il saliva, comme si On lui eût administré des frictions mercurielles (1).

« Alexandre cite l'observation d’une femme qui, ayant dormi sur l'herbe, croyait qu'un serpent était entré dans sa bouche, et de là dans son estomac. Son imagination fortement frappée avait donné naissance aux accidens les plus graves. Il feignit de croire à l'existence du fait, ordonna un émétique, et fit mettre en secret un serpent dans le vase où la malade devait vomir. Celle-ci crut avoir rendu le serpent dans le vomissement, et il n’en fallut pas davantage pour détruire l’erreur de l'imagination et les symptômes fâcheux déterminés par elle (2). »

(1) Dissertation sur le pouvoir de l’Imagination dans les femmes enceintes, page 108. |

(2) Debreuze, ouvrage cité, page 82.

« Montaigne rapporte qu'une femme croyant avoir avalé une épingle , criait et se tourmentait comme si réellement cette épingle se fût arrêtée au gosier, où elle ressentait, disait-elle, une douleur insupportable. On la fit vomir , et ayant eu soin de jeter adroitement une épingle tortue dans ce qu’elle avait rendu, son ima gination fut ainsi tranquillisée , et elle fut subitement débarrassée de sa douleur (1). »

Le physique, même dans les animaux, règle et modifie le moral. Le caiman. par exemple, espèce de crocodile dont je vais faire paraître l’histoire au 1° janv. 1831, ayantlafbre nerveuse peu irritable, est tellement insensible à la douleur, j'en ai conservé pendant trente jours et plus, sans leur donner de nourriture; d’autres, percés de vingt balles, d’autres ouverts vivans, pour lexamen de la circulation du sang, sans qu'ils aient fait entendre aucune plainte, et sans s'être même regimbés contre le fatal scalpel. Comparez avec ce caractère apathique lorganisation timide et sensible du daim ou du chien!

L'imagination joue souvent un grand rôle dans ces rêves enchanteurs où l'amant passionné s’enivre de délices énervans.

(x) Essais de Montaigne, t. [er, p. 100.

Peindrai-je d’un amant le délire et Les songes? C’est pour lui que Morphée est riche en doux mensonges : D'’espérance , d'amour, de désir palpitant,

Il voit l’objet qu’il aime, il l'écoute, il l'entend ;

Il croit voir sur sa bouche, où le refus expire, Mollement se répandre un languissant sourire;

Il croit voir, l’entourant des plus aimables nœuds, S’étendre et s’arrondir ses bras voluptueux ;

‘Il reçoit ses baisers, ses caresses brülantes:

Tout son corps a frémi sous ses mains caressantes. La nuit fait envier ses prestiges au jour,

Et trempe ses pavots du nectar de l'amour.

(Deruzs. Poëme de l’Fmagination, chant. I. )

Somnambulisme. Je ne sais si Valmont-Bomare définit bien l’état du somnambulisme.

« C’est, dit-il, un dormeur qui rêve, mais dont « les actions sont de réminiscences, et exécu- « tées, exprimées par lui machinalement, visi- « blement à la manière des pantomimes. En 4 général, les somnambules, tant que leur état dure, n’ont que peu ou point l’usage de leurs « sens, ils agissent sans s'en apercevoir. »

Il me semble que cette proposition est contreprouvée par l’anecdote de l’écolier dont parle Clauderus, qui «se levait dans le sommeil, fai- « sait ses devoirs, se remettait au lit, et trouvait : le lendemain cette besogne faite, sans se sou-

( 278) « venir de rien. » Certes, le thème de cet écolier n’était point une réminiscence |

Le somnambulisme dispose à l’anaphrodisie par la tension continuelle et enervante des fibres motrices du cerveau, qui n'ont aucun repos.

Mais, comme l’observe M. le docteur Fautrel, auteur des Notes au Traité de Médecine légale de Mahon, le somnambulisme ne se remarque ordinairement que chez les jeunes gens, et il se guérit par l'âge (1).

Le Cauchemar ou incube estune maladie nerveuse produite principalement par une mauvaise digestion, qui, en fatigant les systèmes, énerve la sensibilité, produit la crainte, la frayeur, et autres passions débilitantes qui disposent ne-

(1) « J'ai connu, dit M. Salgues (p. 321, t. Ier des Erreurs , etc.), un jeune homme qui croyait sérieusement avoir un lutin à ses ordres; il trouvait tous les matins sa chambre rangée, ses papiers mis en ordre, ses livres replacés dans leurs tablettes; il ne pouvait s'expliquer cette merveille. On coucha dans la chambre, on l'épia, et l'on découvrit que tout ce merveilleux tenait au somnambulisme , et qu'il était lui-même le vrai lutin. Reportez cette histoire au XVIe siècle, il sera démontré

qu'il était servi par un follet. »

(279 ) cessairement à l’anaphrodisie. On a vu , à Rome, dit Buchan, le cauchemar Hpitésique être tout aussi meurtrier que la peste.

De la Mémoire. La mémoire tient de si près à l'imagination , qui ne serait rien sans la premiére, que nous allons emprunter,pouren rendre compte, les pinceaux brillans de Delille (1) :

La mémoire, à ce noi se troublent tous nos sages. Quelle main a creusé ces secrets réservoirs :

Quel Dieu range avec art tous ces nombreux tiroirs ; Les vide ou les remplit, les referme ou les ouvre ? Les nerfs sont ses sujets, et la tête est son Louvre.

Le même auteur décrit ainsi une mémoire tardive,

Au plus ancien dépôt quelquefois si fidele, Sur un dépôt récent pourquoi me trahit-elle?

Pourquoi cette mémoire, agent si merveilleux, Dépend-elle des temps, du hasard et des lieux?

S'il m'est permis de me citer pour exemple, j observerai que, depuis les malheurs que j'ai éprouvés à Saint-Domingue, au milieu desquels

(1 - Poëme de lImag sination, chant Ier.

j'ai été plusieurs fois ballotté, par les’assassins, entre la mortet la vie, ma distraction est telle, lorsqu'il fait beaucoup de vent, que je ne puis qu'avec peine fixer une idée et la rédiger, ou que je relis vingt fois un passage avant de Favoir compris.

« L'imagination de Milton, dit M. Esménard, était dans sa plus grande activité depuis le mois de septembre jusqu'à l'équinoxe du printemps; et l’on assure que ses trois filles avaient coutume de chanter et de jouer de plusieurs instrumens pour exciter en lui cette inspiration presque divine dont il paraît souvent animé. ”

Si .un.homme de ce vaste génie ; Si UN Cerveau aussi largement organisé que celui de Milton, éprouve des modifications dans les sensations, il n’est plus étonnant que moi,, pauvre hère, je reste quelque fois interdit, et que ma mémoire me réfuse absolument ce qu’en vain je réclame d'elle. Même pouvoir de la musique sur mon cerveau : elle me fait éprouver une émotion Si grande, lorsque j'entends exécuter un morceau analogue au sujet que je traite, que mon corps électrisé en frémit.

Je dois aussi exposer une particularité qui m'a toujours étonné. Je travaillais, il y'a quelque

temps à la partition d’un opéra-comique que les circonstances et la nature de mes occupations ne me permettent pas de continuer , et lorsque j éprouvais, soit de la difficulté dans la marche de l’harmonie, ou de la monotonie dans les accompagnemens, je me renfermais dans un facre , que je prenais à l'heure , et, qui le dirait? à la faveur du bruit criard de la voiture , je me recueillais, en repassant mentalement mon chant, et toujours il me semblait entendre l’harmonie complète, et distinguer clairement ce qui revenait d'accompagnement à chaque instrument ; alors je rentrais , et sans autre forme, j'écrivais, currente calamo, avec une facilité qui ne m'était pas ordinaire. Plusieurs célèbres auteurs sont convenus que ces mêmes morceaux étaient de beaucoup supérieurs à ceux dont j'avais gravement calculé les effets; « car la « mémoire, dit Condillac, n’est que l’attention « donnée à la sensation. »

Ainsi Pâme se tait quand rien ne parle aux sens ; Ainsi l’objet émeut ses fils obéissans ; Et même quand des nerfs la secousse est passée, L’écho des souvenirs prolonge la pensée.

(Deune, Poëme de lImagin., chant. III. )

L’imagination diffère de lamémoire, en ce que

la première retrace le passé , et pénètre l'avenir, au lieu que la mémoire ne peint que le passé ; ce que Delille trace par ces mots que je ne pourrais aussi bien rassembler :

CA

LS

L'imagination, féconde enchanteresse,

Qui sait mieux que garder, et que se souvenir, Retrace le passé, devance l'avenir,

Refait tout ce qui fut, fait tout ce qui doit être,

Dit à l’un d’exister, à l’autre de renaître.

« Quant à ces vaines disputes sur le siège de la mémoire, que les uns, dit M. Esménard, placent dans le cerveau , qu’une femme sensible a mis dans le cœur, et que certains philosophes répandent dans toutes Îles parties du corps humain, en regardant la mémoire comme le résultat des impressions que laissent en nous les sensations du gôut , du son, de l'odeur, de [a couleur et de la lumière ; au lieu de chercher à résoudre ces questions aussi profondément obscures que parfaitement inutiles, il faut s’écrier avec M. Delille :

Là finit ton pouvoir, mortel audacieux !

« C’est la meilleur réponse qu'on puisse faire en poésie, et même en métaphysique, à ces

(SES) / “ Lycophrons modernes, dont les systèmes et * les raisonnemens inintelligibles ont presque “ toujours pour but d'entraîner au matérialisme ‘ les esprits faibles et les cœurs gâtés, et qui * ont pour alliés naturels dans cette entreprise ‘ tous les penchans vicieux de l’homme, et tous « les souvenirs qui ressemblent aux remords.

« Les observations des physiologistes, les faits recueillis au lit des malades (1), prou-- ‘ vent que le cerveau est le siége de l’imagina- «tion; elle est troublée par l'ivresse, par les « phlegmasies de la dure et de la pie-mere, et « généralement par toutes les maladies qui “ affectent la tête, et altèrent la masse céré- « brale ou le premier des nerfs.

«Les Mémoires de l'Académie royale des « Sciences, de l’année 1811, nous offrent l’his « toire d’un enfant de neuf ans, qui, à la suite

las

(1) Extrait du Bulletin de la Société des Sciences physiques et médicales d'Orléans ( septembre 1812), d'un Mémoire intitulé : Recherches sur les influences de l’Imagination et des passions, dans le développement, la durée et la guérison de diverses maladies rebelles aux remèdes ; par M. Latour, ci-devant premier médecin de S. M. le roi de Hollande, etc. ; pages 119

et suivantes.

« d’une céphalalgie intolérable, perdit toutes les « facultés de la mémoire, au point de ne plus « connaître ses amis, ni la maison qu’il habitait «ordinairement, ni le langage familier de ceux « qui vivaient avec lui, ni rien de sa propre per- «sonne. Le célèbre Haller parle d’un homme « qui, sans cause connue , perdait dans des pa- « roxismes de mal de tête très-irréguliers, la « mémoire qui revenait bientôt après... »

Pareille chose m'arrive depuis mes malheurs, lorsqu'une sensation imprévue m'étonne ou m'inquiète ; il semble alors que mes facultés intellectuelles sont nulles, ou comme couvertes d’un voile épais qui se dissipe bientôt, étant seul, et après l'émotion ressentie.

« J'ai vu, poursuit M. Latour, pour la même cause, M. Massuau de Laborde, ancien maire d'Orléans, n’avoir, pendant des journées entières, aucune mémoire. Il sortait pour faire des visites, et ne pouvait dire à son cocher, ni le nom de ses amis, ni leur domicile; il était obligé de rentrer chez lui. »

LÉ magination exaltee.

Tout ce qui échauffe le sang, accélère la circulation et le fait refluer vers la tête ; tout ce qui

LL 0865) produit une vive irritation aux systèmes nerveux et artériel, et par conséquent au cerveau, exalte l'imagination, et, parsuite, frappe d’anaphrodisie par la rétrocession des facultés nécessaires à l’appareil génital pour exercer librement ses fonctions.

L'exaltation des facultés intellectuelles est toujours accompagnée d'influence maniaque, et rien n’approche tant de la folie, dit M. Debreuze, que l'essor fougueux d’une imagination ardente ; Car suivant Sénèque :

Non est magnum ingenium sine mixturd dementic. Imagination pervertie.

Tourtelle (1) rapporte lobservation d’un jeune homme assis à table auprès d’une veuve jeune et aimable ; il éprouva une telle impression par sa présence, qu’une veine de son front se rompit , et que le sang en jaillit avec force.

On lit dans les Mémoires de M. le duc de Richelieu, que M. le Prince, par suite d’une affection maniaque , tantôt se croyait changé en lièvre, et se retirait au fond de son parc au moindre bruit; tantôt se croyait changé en plante, et se

(1) Latour, page 127 du Mémoire cité.

faisait arroser. Une autre fois il se crut mort, et refusait constamment toute espèce de nourriture, quand, pour tromper sa monomanie, on l'attira dans un souterrain pour le mettre en présence d’anciens personnages représentés par ses gens revêtus de linceuls, qui l’invitèrent au diner qu'il accepta. Il s’imaginait fort souvent devenir chauve-souris, et il avait fait lambrisser et plafonner de grosse toile un cabinet à Chantilly, où il al- Jaitse retirer quand il avait cette idée, craignant, s’il restait dans sa chambre, de se donner des coups de tête contre le plancher etles murailles. ( F’oleur, 51 août 1850.)

On lit dans la Gazeite de France du 25 février 1 809, qu’un jeune vacher de Rugiswalde, village près Neustadt, fut mordu à la jambe par un chat qu'il avait voulu battre. Il ne ressentait le lendemain qu’une très-légère douleur, lorsque, étant à garder les vaches dans un pré, il entend des cris de chat très-aigus. L'impression qu'il éprouva fut si forte, qu’il tomba malade ; on le mit au lit, une fièvre ardente se déclare , et le jeune homme commence à miauler, à jurer comme les chats, à passer ses mains sur sa tête et ses oreilles, enfin, à imiter au naturel tous les cris et toutes les manières de ces animaux. Ce qu'il ya de plus surprenant dans eette

aventure, c'est que le chat qui avait mordu ce jeune homme n’est point devenu enragé, ni le malade. Les médecins ont annoncé que cette folie ne durerait que très-peu.

En citant un fait qui m'est personnel, il me souvient que, pendant mes études au collége d'Orléans, on me confia, dans un théâtre de socièté, le rôle d'Antoine dans /a Mort de César. À cette époque de l’éducation où l’on exerce sans cesse la mémoire, elle m'avait mérité les suffrages dans les répétitions de la tragédie. Le moment de la faire briller en public arriva; C'était un dimanche. Jusqu'à midi ma timidité n’avait éprouvé aucun obstacle; et au moment de la représentation il survintune pluie excessive qui vint encore diminuer mon embarras, par l'espoir que le concours de spectateurs ne serait pas trèés-nombreux. J’allais entrer en scène; mais avant le lever de la toile, je m'’avise de l’entr'ouvrir, et j'aperçois un auditoire innombrable et impatient. Soudain, le frisson s'empare de moi, mes jambes chancèlent, mes oreilles tintent, mes yeux égarés s’éblouissent ; mon imagination conçoit des fantômes ; alors, oubliant que j'étais revêtu de mon costume théâtral, je profite d’une issue, et je m'enfuis affublé de la toge romaine, parcourant les rues

( 288 ) sans m'aperçévoir qu'on $e mettait aux portes pour me considérer. Je ne sortis dé mon rêve qu’en entrant chez mon père où toute la société me plaisanta sur cet événement.

Les exemples d’une mémoire fugace me sont également familiers et personnels. J'avais conservé si peu de mémoire pendant les désastres de Saint-Domingue, que, privé de bibliothèque, lorsque je travaillais à mon anatomie comparée du crocodile, j'étais forcé de laisser en blanc les mots techniques, que je me rappellais quelque temps après, et à force de relire les chapitres.

Du Pouvoir de VI magination des Femmes

enceintes.

« Une vive et subite impression morale, dit M. Fournier (1), reçue par la mère , transmet souvent dans le fœtus Ja figure de l’objet dont son imagination fut frappée. »

Cependant, je lis avec surprise le doute, à cet égard, inséré dans un journal ( le Médecin du Peuple, 9 mars 1828 ), et que voici :

(1) Article cas RARES du Nouv. Dict. des Sciences

médicales.

e Les enfans, en venant au monde, offrent quelquefois, sur différentes parties de leur corps, des taches que le peuple et les gens peu instruits regardent comme le résultat d’une envie de la mère, qu’elle n’a pu satisfaire, ou d’une affection vive de son imagination. »

« Si une femme très-occupée de l’objet qu’elle désire, porte , involontairement et au hasard, sa main sur une partie quelconque de son COrps, on prétend que la tache où marque s'exprime sur l'enfant, dans la même région qu’elle vient de toucher. Une semblable erreur, que les préjugés populaires, et quelques faits exiraordinaires ont entretenue et entretiennent encore dans la classe la plus nombreuse de la société, a besoin d’être refutée , en faisant connaître la nature et la formation de ces prétendues envies (1). » | |

(1) Comment expliquer alors le fait suivant. Madame R...., enceinte, voyait passer à Fontainebleau la voiture de la vénerie, qui contenait des sangliers tués à une chasse royale. Ayant le plus grand désir d'en manger, elle pria son mari d’en demander un morceau à l’un des piqueurs. Sur le refus de son mari, elle se pressa, avec colère, le bras gauche de la main droite; M. R... son fils, naquit , ayant précisément ; à cette partie de son

Tous I. 19

Ici l'observateur anonyme attribue leur couleur tantôt rouge, livide, bleue, violette, d'autre fois brune, mais jamais verte; et leur forme, par leur ressemblance avec les cerises, les mûres, les framboises, les groseilles, forme plus prononcée au moment de la maturité de ces fruits ; leur figure d’une huître, d’un poisson, d’un jambon, d’un chat, d’un rat, d’une araignée, d’une chenille, etc., à des tumeurs variqueuses ou fongueuses , sanguines , produites par la dilatation des vaisseaux artériels ou veineux , et que, dès leur origine, on pourrait faire disparaître sans retour, en excerçant, au moyen d’un bandage, une compression soutenue sur la partie où la tache est développée. »

Ce procédé curatif est rationnel, et je m'enpresse d’y souscrire. Mais le même observateur continue : « Que les femmes enceintes se rassurent donc; l'imagination, la surprise ou Îles envies , de quelque nature qu’elles puissent être, n'influent en rien sur l'enfant qu’elles portent; et si, en venant au monde, il a quelques taches sur son corps, loin deles prendre pour des envies

bras droit une saillie énorme composée d'une peau trèsépaisse, spongieuse garnie de couenne et de longs poils

roides parfaitement semblables à ceux du sanglier.

Cs9t ) | qu'il doit garder toute sa vie , qu’elles le fassent voir à un chirurgien, et, soit par la compression, soit par l'extirpation, on guérira l'enfant d’une infirmité qu’on a peut-être laissée exister jusqu’à présent, par l’idée que l’on avait qu’elle était incurable. »

Je ne puis ici qu'applaudir à l'intention prudente de l’observateur, sans condescendre à sa - théorie.

Doutera-t-on du pouvoir de l’imagination chez les femmes enceintes dans les premiers jours de la conception, époque où l'embryon n'est encore que molécule organique? comment alors répondre aux propositions suivantes?

Un enfant naquit tout disloqué, parce que sa mére avait assisté à l'exécution d’un criminel condamné à la roue.

Cornelius Gemma nous apprend qu'une femme, que son mari avait poursuivie l’épée à la main , à l'époque de sa conception, accoucha d’un enfant qui avait le crâne ouvert à l’endroit où ce furieux avait voulu frapper (1).

Madame Grimaud de la Reynière, épouse de l'ancien fermier-général et administrateur des

(1) Dissertation sur le pouvoir de l'imagination des femmes enceintes.

postes, se rendant chez M. le duc de Noailles, aperçut, en descendant de voiture à la porte de l'hôtel, unemendiante dont le jeune enfant était manchot. Madame de la Reynière, peu avancée dans sa grossesse (1), fut tellement frappée de cette rencontre qu’elle s’évanouit. Son fils, qu’elle portait, fameux gastronome que tout le monde connaît, naquit manchot. Madame de-la Reynière raconta cent fois cette anecdote à mon père. Qui n’a vu des sex-digitaires ?

Rivière donne à l'imagination une si grande énergie, qu'il suflit, dit-il, qu’une femme , au moment de concevoir, fixe toute son attention sur un objet, pour que l'enfant qu'elle mettra au monde soit, en quelque sorte, une copie fidèle de l’objet auquel elle se sera arrêtée.

L'imagination, selon Sinibaldus, auteur de la Généanthropie, joue un grand rôle dans la jouissance amoureuse :

In Veneris agone imaginatio maximè prœpollet.

(1) Je pense avec M. Salgues (p. 20, vol. Ier), que cet effet ne peut avoir lieu que dans le cas où le fœtus est encore molécule organique ; car la chose serait impossible si l’organisation était complète. Ce savant censeur cite un fait analogue; mais il se prononce pour

la négative à l'égard de l'influence de l'imagination.

(0 11 nous apprend qu’une femme, qui faisait ses délices d’un singe, mit au monde une fille qui imitait au naturel les gestes comiques de cet anial (1).

Une mère, dit Boëérhave, frappée de la vue d’un énileptique , peut innoculer en son enfant le germe de cette affreuse maladie. d’en ai vu plusieurs exemples pendant ma pratique. Une femme de la commune de Bromeilles , près Puiseaux (Loiret), eut, en 1706, une dispute avec son mari qui, au milieu d’une nuit d'hiver, la mit à la porte. Cette femme enceinte en concut une telle frayeur, qu'elle fut, très-peu de jours après , attaquée d’épilepsie ; l'enfant qu’elle portait éprouva le même sort. La mère avait cind et quelquefois six attaques par jour. J’ai eu le

(1) Dissertation sur le pouvoir de l'imagination des femmes enceintes, page 50.

Stahl, dit le docteur Virey, a pensé que l’âme avait le pouvoir de créer et d'organiser le fœtus; et Vanhelmont adméttait un esprit formateur, une idée séminale dans la matrice ; ils éxpliquaient les taches de naissance par les émotions de l’âme. Selon ces auteurs, le sperme sérait, en quelque sorte, une hiqueur vivante transmet tant l’âme et les qualités morales et physiques dû pèré au fœtus.

( 294 ) bonheur de la guérir par l’application de quatre moxas sur le crâne.

J'ai vu, en 1800, dans le cabinet d'histoire naturelle de Madrid, un crâne humain surmontée de deux petites cornes ou protubérances , qu'on attribuait à un effet de l'imagination de la mére qui, livrée au plaisir avec son amant, fut surprise par son mari. Onfit plusieurs de ces exemples à l’article Cas rares du nouveau Dictionnaire des Sciences médicales.

Il est également à ma connaissance qu'une jeune femme, sœur du cocher de mon pére, partant d’Ay, près d'Orléans, pour se rendre en pélerinage. y contémpla avec plaisir une sainte Vierge, objet des hommages qu'elle allaitrendre. L'enfant Jésus que portait la Vierge était d’une figure si jolie qu’elle le fixa avec attention; mais elle se récria beaucoup sur la blancheur inanimée de la figure, et’sur la petitesse de sa taille. relativement à celle de sa mère. Cette pélerine est accouchée d’un enfant de couleur de-cire, et d’une petitesse remarquable, lequel a vécu ,pendantseptans sans prendre aucun accroissement, ayanttoujours été en maillot, nourri à la bouillie, sans qu'il lui ait poussé une seule dent, quoique bien constitué et nullement rachitique.

De même que les pâles couleurs, dit Virey,

inspirent aux jeunes filles des appétits extravagans, leur fait avaler des cheveux, de la cire à cacheter, du plâtre, du charbon, etc. ; ainsi certaines affections de la matrice, surtout l’hystérie, développent des sensations extraordinaires dans cet organe; et lorsqu'il à conçu à cette époque , il peut former des figures bizarres et monstrueuses. En eflet, ces femmes ardentes et superstitieuses, çes vaporeuses sombres, qui, oppressées du cauchemar pendant la nuit, s'imaginent recevoir les embrassemens d’un démon incube; ces prétendues possédées, ces sorcières, troublant sans cesse, par leur imagination blessée , le travail de la grossesse, agitant par de fréquentes secousses et des spasmes nerveux les forces vitales concentrées dans la matrice, empêchent la formation régulière du fœtus et engendrent souvent des monstres.

Des passions vives, comme la colère, la frayeur, l’amour trompé, le désespoir d’une mère, peuvent aussi contribuer à la difformité de son fruit. |

M. de Montagnon, officier de santé à Rambouillet, a accouché une femme d’un ‘enfant monstre, dont la masse cérébrale énorme ressemblait à un fongus, et n’était pas recouverte de la boîte osseuse ; les organes génitaux exté-

( 226 ) rieurs, c’est-à-dire la verge et ses annexes toujours en rapport inverse avec le cerveau, étaient imperceptibless ses yeux sortaient de leur orbite. Le centre d’activitéparaissantêtre à l’encéphale, toutes les autres parties étaient inactives. Ce fut encore par un effet de l'imagination.

« Wans-Wieten a vu et examiné sur le cou d'une demoiselle une chenille que l'imagination de sa mère y avait empreinte avec cette belle variété de couleurs qui caractérisent cet insecte (1). »

Sans chercher à approfondir les causes des effets que produit l'imagination des femmes enceintes, dont mon journal d'observations fourmille, nous citerons, d’après MM. Delille et Esménard , que Marie Stuart (2) , enceinte de cinq

(1) Dissert. sur le pour. de lim. des femmes enceintes , p. 87, 123, 144 et 196. Problèmes que l’auteur médecin propose à résoudre à ceux qui ne nient les effets du pouvoir de l’imagination, que parce qu'ils ne peuvent pas les expliquer. (p. 88 et 89.)

(2) Notes du poëme de l’/magination, chant Ier. M. Salgues (des Erreurs ;ete., p. 21, t. Ier), après avoir expliqué anatomiquement le pouvoir physique des

organes de la mère sur le fœtus pendant la conception,

( 297 ) mois, ayant vu assassiner (par le comte Darnlay, Henri Stuart son époux, et quelques complices ) son amant Rizzo, musicien piémontais qui avait passé en Ecosse à la suite de l'ambassadeur de son pays, et qui se fit aimer de la reine par la douceur de sa figure et le charme de sa voix, en fut tellement effrayée, que Jacques [°*, qui le premier porta le titre de roi de la Grande-Bretagne , en réunissant le trône d’Ecosse à celui d'Angleterre, fut pusillanime au point que la vue d’une epée nue, dit M. Esménard, lui eausait une espèce de convulsion, quelques efforts qu'il fit sur lui-même pour triompher de cette

révoque en doute les effets exclusifs de l'imagination par le passage suivant : « fl n’en est pas de même des figures empreintes sur le corps, des formes étrangères que l'on a rémarquées dans quelques individus monstrueux. On ne peut raisonnablèément les attribuer aux mouvemens produits par l'imagination, parce que les formes physiques appartiennent à un ordre purement matériel, qui ne peut jamais avoir rien de commun avec les facultés morales ét intellectuelles? » Comment expliquer les ressemblances des enfans adultérins avec leur père clandesin? Ne voit-oni pas, dans ce Traité, que l'imagination commande dans l’ordre physique comme dans l'ordre

moral, au moment de la conception ?

(298: ) faiblesse, qui tenait uniquement à la disposition de ses organes.

Je fus appelé, le 27 juin 1829, à Gaubertin , commune du département du Loiret, par un nommé Poulain, dont l’enfant, nouveau-n6 , ne pouvait téter. Après avoir examiné la langue dont le frein avait la disposition ordinaire, j'aperçus dans l'arrière-bouche, ou plancher incliné des fosses nasales, au milieu de la voüte palatine, deux sarcômes saillans et contractilés , c’est-à-dire arqués intérieurement, et susceptibles de contraction et de dilatation, bouchant, lors de l’aspiration, l’orifice de l'œsophage et de la trachée artère. Après quelques questions sur cette monstruosité, la mère me fit l'aveu, que devenant enceinte, et ayant appris le danger que courait sa sœur dans un, accouchement laborieux, elle s’y était transportée, et que l'ayant vue retroussée, la dilation du vagin, et le gonflement prodigieux des grandes et petites lèvres lui firent une telle.impression qu'elle s’'évanouil: |

J'ai remarqué plusieurs fois que lorsque cette influence de l'imagination doit avoir lieu, elle est comme annoncée par une défaillance. L'enfant qui fait le sujet de cette observation est mort à l’âge de deux mois, rachitique, dans un état

{ 299 ) hideux d’atrophie et d’émaciation, ayant le visage hyppocratique et sénile, couvert d’écailles furfuracées , et tous les traits d’un vieillard décrépit. Je pense que les muscles aryténoïdiens, qui étaient très-fortement développés, formaient cette double épiglotte, et fermaient ainsi l’ouverture de la glotte ; car l’enfant devenait violet en essayant de prendre le sein, et respirait avec un bruissement pénible pour lui etpour ceux qui étaient à portée de l’entendre. On me permit, non sans les difficultés qu’enfantent les préjugés des habitans de la campagne, d’enlever cette monstruosité que je conserve précieusement dans l’alchool.

On m'avait précédemment apporté de Renneville, près Pithiviers, à Boines, où j'étais.en tournée , un autre enfant nouveau-né, privé de sa mâchoire inférieure, et n’ayant, au fond de l’arrière-bouche, qu’un petit trou circulaire dont l'entrée était protégée par une caroncule faisant office de langue. Je me promettais d’achever l'esquisse de cette rare aberration des organes de la déglutition, mais l’enfant mourut le lendemain, et l’on ne vint m'en avertir que lorsqu'il était en terre. Voici, m’a-t-on dit, ce qui a donné lieu à ce phénomène. Les parens de

l'enfant avaient acheté, pour la fête du village, une tête de veau trop grosse pour le pot qui dévait la contenir : la maîtresse de la maison, nouvellement enceinte, futobligée d’abattre avec le couperet la mâchoire inférieure ; mais, hélas! l'impression était faite sur le fruit qu’elle portait, car elle ne put achever son travail, et s’'évanouit dans les bras de son mari, en laissant échapper de sés mains le fatal instrument.

Il ne nous est pas donné d'expliquer d’une manière satisfaisante ces merveilles des effets de l'imagination des femmes enceintes. Nous conviendrons bien avec M. Salgues (ouvrage cité des Erreurs, etc., t. 1, p. 20) que : « Un spasme « occasioné par de violentes passions, telles que « la colère, la crainte, pourra contrarier l’ac- « croissement du fœtus ; l'impression subite « qu'éprouverà l'utérus empêchera la rectitude « de ses mouvemeñs, réagira sur l'enfant, trou- « blera le travail de la nature : rien n'est plus it conforme aux lois de la physique. Une forte « contraction musculaire peut altérer, rompre, « déformer dés 65 encore mous, flexibles et dis- 4 posés à céder à toute puissance extraordinaire « qui s’opposé à leur développement ; c'est au «“ moins un des moyens probables d'expliquer

« toutes les imperfections organiques.» Mais ces raisonnemens, ces conjectures, quoique physiquement péremptoires, ne suffisent pas néanmoins pour expliquer l'absence absolue de toute la mâchoire inférieure dans le jeune enfant qui a fait le sujet de mon observation, dont j'ai examiné et esquissé scrupuleusement la prodigieuse aberration avec toute l’exactitude ettoute la précision dont je suis susceptible. C’est bien le cas de répéter : Multa latent in majestate nature.

J'ai remarqué que lorsque cette influence de lPimagination devait avoir lieu , elle était comme annoncée par un évanouissement. Dernièrement encore, une Jeune femme, que je ne savais pas enceinte, se trouva mal dans mon cabinet d’histoire naturelle, en heurtant un gros crocodile empaillé qu'elle n’apercevait pas , et qui s'était détaché du plancher quelques jours auparavant. Je ne sais si cette circonstance lui a été préjudiciable.

On lit dans le ÂVouveau Journal de Paris (14 janv. 1828) l’article suivant, qui confirme l'influence de l'imagination des femmes en-

‘ceintes sur l'embryon.

« On rencontre assez fréquemment dans le monde des personnes dont l’épiderme porte l’empreinte de fruits, de fleurs, d’instrumens ou d’ob-

jets purement fantastiques ; mais aucun de ces phénomènes physiologiques, attribués à des envies de femmes enceintes, ne présente le caractère singulier de celui qu'on observe en ce moment dans un village des environs de Longwi.

Il existe dans ce village , nommé Picmont, une petite fille âgée de trente-deux mois, dans les yeux de laquelle on lit ces mots, marqués circulairement en petites capitales : NAPOLÉON, EM- PerEur. Les lettres sont à peu près de la même grandeur que celles de la légende d’une pièce d’un franc : elles se détachent en traits blancs sur la prunelle, qui est bleue ; elles deviennent plus distinctes à mesure que l'enfant avance en, âge. Dans l'œil droit, le mot Napoléon se lit à la partie supérieure de la prunelle, et le mot empereur à la partie inférieure ; dans l’œil gauche, les deux mots sont disposés dans l’ordre inverse. Telle est du moins, à ce qu’on écrit, la description que donne le médecin de l'hôpital de Longwi, qui a observé ce phénomène à l’aide d'une loupe. Le père de l'enfant est un employé des douanes. La mère raconte qu'elle avait reçu, autrefois en présent de son frère, qui partait pour l’armée, une pièce toute neuve d'un franc, à l'effigie de Napoléon ; qu’elle la conserva longtemps comme un trésor; mais que, pendant sa

grossesse , ayant été obligée de s'en défaire pour payer une dette, elle en éprouva un violent chagrin, et pleura plusieurs jours. Elle ajoute que sans doute sa chère pièce de vingt sous est dans les yeux de sa petite fille. Trois ou quatre individus, voulant faire de cette singularité l’objet d'une spéculation, ont traité à cet effet avec le père et la mère, par acte passé devant le notaire du lieu. »

J’ajouterai à ces preuves celle du nommé Foligny, jardinier en chef des belles serres de M. le comte de Saint-Didier, qui porte surl a poitrine une tige de giroflée, et sur la cuisse la figure exacte et le relief (non variqueux) d’une graine de café fendue longitudinalement.

Veut-on des exemples du pouvoir de l’imagination des oiseaux pendant l’incubation ?

Un récit dira mieux que de froids argumens.

(Deunze. )

« Une poule qui couvait, dit Avicènes , médecin Arabe, aperçoit un milan : elle est effrayée de son aspect , et les poulets qui éclosent de ses œufs naissent tous avec la tête de cet oiseau de

proie (1).

(1) Lib. V. de Animd.

Fernel écrit : « St pavo, dum OVLS SUIS iNCUbat, linteis albis crrcumiteg'ätur albos omnino pullos edet ; quem admodum etiam gallina colore varios emittet, si varié picl& 04 foveat (1). 7

Si l'on veut des exemples plus récens, écoutons le rédacteur du Journal de Paris en date du 15 février 1812.

« M. Schmidt , inspecteur des salines à Grandenz, et grand amateur de pigeons, est parvenu, après plusieurs tentatives, à se procurer des pigeons d’un plumage extraordinaire. Il en fit peindre un des plus éclatantes couleurs : Île corps était d'un beau rouge coquelicot ; la poitrine, les ailes et la queue, étaient bleues. Il fit suspendre ce tableau dans le colombier, près

(1) Fernel, de Hominis procreatione, lib. VIT, cap. XII, pag. 172, édit. in-folio.

Si la pudeur ne répugnait pas à retracer ce que jai vu à Saint-Domaingue, il serait facile de rendre compte de ce qu'offre de merveilleux l'œuf ouvert à Avignon, en 1681, dont parle M. Salgues (pag. 29, t: I), dans lequel setrouva une figure humaine sans corps. Mais l'explication de ce phénomènene pourrait être faite qu'en suposant que l'œuf aurait subi cette influence à l'état de

molécule organique. (Preuve en faveur des ovaristes. )

d’un nid : les premiers pigeonneaux n’eurent d’abord qu’un plumage ordinaire ; mais les couleurs du plumage varièrent ensuite graduellement, et de la cinquième couvée il résulta des pigeons absolument semblables au modèle. Une quantité de personnes de Grandenz ont été voir ces oiseaux, et se convaincre du succès de cette expérience. »

Moise a, le premier, faitconnaîtrel’influence du pouvoir de l'imagination dans les animaux (1). Jacob , convenant avec son beau-père , qui ne reconnaissait pas ses services, que tous les petits tachetés de diverses couleurs qui naîtraient du troupeau dont la garde lui était confiée lui appartiendraient, joncha de fleurs les eaux où il menait boire ses troupeaux , et obtint, par une suite de l'influence de l'imagination des brebis, plusieurs agneaux tachetés de diverses couleurs.

Pline et Plutarque ont beaucoup contribué à accréditer le système du pouvoir de l’imagination des femmes enceintes : Lieutaud élude de. se prononcer : selon Platon, l'imagination meut et forme le corps.’

Ambroise Paré, qui n'admet, avec raison, le

(1) Genëse, chap. XXX, v. 37 et suiv.

Joue 1 20

( 306 ) pouvoir de l'imagination de la mère sur le fœtus qu’au moment de la conception, rapporte qu’une femme, qui tenait dans sa main une grenouille pendant que son mari lui rendait le devoir conjugal, mit au monde un enfant qui avait la figure de cet animal.

H y a de véritables monstres de plusieurs sortes, dit Virey, ou par excès, comme des enfans à deux têtes, à quatre bras, etc. ; ou par défaut, comme des fœtus sans jambes, sans parties sexuelles, etc. ; ou par transposition des parties, ou par altération des formes. Lorsque deux germes se développant ensemble dans la même matrice, s’y trouvent trop resserrés , ils peuvent se souder l’un à l’autre; et, s'ils gênent mutuellement le développement de leurs parties accolées, ils seront plus ou moins imparfaits ; c’est ainsi que des œufs, contenant deux jaunes , produisent des poulets à quatre pattes et quatre ailes. On voit de même des fruits se coller l’un à l’autre lorsqu'ils naissent trop voisins; et les animaux qui engendrent plusieurs petits à chaque portée sont plus souvent exposés à produire cette monstruosité que les animaux qui ne mettent bas ordinairement qu’un petit. Les monstres, par surabondance des parties, comme Îles hommes qui naissent avec six doigts à chaque

main, et qui peuvent reproduire cette difformité dans leurs enfans, ne la doivent qu’à un sur-: croit de matière qui a servi à leur formation ; il en est de même des individus qui naissent avec deux rates, ou trois et même quatre testicules ; des boucs à quatre cornes : des fleurs de quatre pétales qui en prennent six ou huit, etc.

Mais revenons à l’anaphrodisie. L’érotomanie prouve encore en amour l'influence de l’imagination. Marcile Ficin nous dit, «que l’imagination dans les embrassemens amoureux est accompagnée de quatre sortes d'affections :

1° l'amour ; 2° la joie ; 3° la crainte; 4° la douleur. Ces passions , portées à l’excès en plus ou en moins, disposent à l’anaphrodisie.

Excès & Amour et de Désirs.

« Rien de plus capricieux que nos organes , dit le docteur Pariset: jamais l’homme n'est moins maître de lui que lorsqu'il veut trop l’être. Catulle soupire pour Lesbie : au souvenir de sa maitresse son esprit, échauffé par mille images voluptueuses, ne connaît plus de félicité que dans la possession de tant de charmes. Catulle plaît; Lesbie cède ; mais le moment de la victoire est celui de la faiblesse et de l’humiliation. Rendu

avant de combattre, Catulle se cherche et ne sé trouve plus; il s'étonne de s'échapper à luimême. Affligé d’avoir tant promis, confus de tenir si peu, et de n’accorder à l'amour que le prix qu’on garde à la haine, il gémit d’un triomphe qui le couvre de honte; et, consumé désormais de l'ardeur et des vains, efforts de sa flamme , adorateur sans culte et sans offrandes, il s'éloigne avec désespoir d’une beauté que ses sermens et sa froideur ont doublement outragée. »

Pour éviter l’humiliation de cette syncope génitale , il faudrait que l'amant le plus tendre et le plus passionné pt un instani modérer son ardeur, etse dire avec Parny :

Sachons pourtant, près de celie que j'aime, Doùner un frein aux transports du désir;

Sa folle ardeur abrége le plaisir,

Et trop d'amour peut nuire à l'amour même.

Nous avons connu un jeune étourdi, tres-entreprenant auprès des belles, qui nous à assuré que lorsqu'il voulait répondre victorieusement à une bonne fortune, il était obligé de tempérer, auprès de sa maîtresse habituelle, le feu de son désir, trop d’ardeur lui étant toujours funeste en

pareil cas.

Exrces de Sensibilité.

On n’approche point d’une amante chérie sans éprouver un frémissement involontaire , une douce anxiété, qui précédent l'admiration et disposent à l’enthousiasme. La voix d’une femme adorée, et dérobée à notre vue, ne portet-elle pas l'émotion jusqu’au fond de notre cœur ?

On à vu aussi des amans à imagination exaltée, pensant à la honte d’avoir échoué une premièére fois, être saisis soudain d’une telle crainte, que le même inconvénient leur arrivait, et que leur vitalité était momentanément détruite : témoin M. R....., capitaine de corsaire, dont je donne plus bas l'histoire.

« Il est nécessaire, dit Fodéré, pour que la copulation soit entière et parfaite, que l’état de l'âme soit calme. En général, lorsqu'un amant trop passionné a échoué dans une première entreprise, il faut qu’il prenne sur lui de ne pas insister sur une nouvelle attaque ; qu'il se ménage une seconde occasion, ayant soin surtout de ne pas en occuper son imagination. Il ne doitrien heurter de front; il faut, en modérant J'impétuosité de ses ardens désirs, chercher. à

rétablir l'équilibre, le calme et l'harmonie entre le degré d'énergie du système musculaire et celui du sensitif. » :

«Les forces, dit Cabanis(1), s’engourdissent, s'éteignent, quand la sensibilité, par son influence vivifiante, par son action continuelle et régulière, ne les renouvelle pas. Mais elles se dégradent également, et perdent leur stabilité, quand les impressions sont trop vives et trop multipliées. »

En questionnant M. R.... (vorez section [V, Sympiômaiologie) je vis bien qu'avec sa CONStitution d'Hercule, il ne pouvait y avoir impuissance physique réelle; mais que des passions vives , l'espoir, la crainte, allumant tour à tour son imagination, éloignaient de l'appareil génital toute la vitalité qui y devenait nécessaire pour soutenir convenablement la lutte amoureuse. Aussi, me gardai-je bien de Jui ordonner des aphrodisiaques ; mais je lui prescrivis, pour la formule seulement, quelques amandes unies aux anti-spasmodiques, et je l'engageai surtout à se tranquilliser, et à calmer la fougue de son imagination, à sourire au souvenir de

| (1) Rapport du physique et du moral, t. Er, pag. 194.

tien)

ses anciens succès à la cour de Vénus. Ce moyen simple me réussit, et dès que M. R.... ne douta plus de sa vigueur, il remporta glorieusement une victoire qui lui devint doublement chère. I] fallait , en ce cas , éviter les remèdes , comme inutiles, par la forte constitution de l'individu, qu'il était bon seulement de rassurer sur son entreprise. C'est pourquoi le traitement moral eut un plein succes.

On conçoit le trouble que doit produire l’exaltation de l'imagination dans l’appareil génital, par le trouble de l’ordre dans les fonctions successives, dit Fodéré, qui précèdent l’éjaculation. Parexemple, dans le priapisme, l’action des parties accessoires a lieu sans celle des parties essentielles , où l’âme n’est pas disposée à concourir, et où les testicules ne sont pas stimulés à agir : en second lieu, dans l’anaphrodisie produite par une émission trop précoce , parce que, dans cet écoulement séminal, les vaisseaux spermatiques versent la semence dans l’urètre trop tôt pour la verge, qui n’est pas entrée en érection.

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