‹ De l'impuissance et de la stérilité, ou recherches sur l'anaphrodisie distinguée de l'agénésie. Ouvrage destiné aux personnes mariées qui ne peuvent avoir d'enfansChapitre 86 sur 90 · VEL · texte numérisé non relu

VEL

La Colère 2ecélère la circulation, et pousse

le sang vers la tête; cette passion violente et désorganisatrice, semblable à un orage impétueux qui gronde avec fracas et s’apaise incontinent, produit cependant dans l’économie les plus grands désordres, quoique suivie immédiatement d’un relâchement en raison du degré de l’excitation. La colère est sans conseil comme l'amour est sans raison; elle s’apaise par soumission. C’est un désir destiné à venger un outrage ou un mécontentement.

e Dans la colère (1) les mouvemens sont désordonnés, et presque involontaires, la force physique est augmentée. »

Qu'un homme entreprenant essuie un refus de la part d’une belle à laquelle il a adressé ses vœux et son hommage, il s'irrite, et la colère, augmentant ses forces physiques , le système veineux distendu annonce le spasme des troncs artériels , le pouls augmente de vitesse. bientôt les vibrations deviennent irrégulières, sa peau brülante, sa face colorée, ses veux étincelans, sa bouche haletante et remplie d’'écume annoncent l'effort excentrique. C’est en cet état que l'homme colère acquiert la force du satyre; et, s’il m'est permis de citér un exemple de ce

(1) Debreuze, page 37.

genre parmi les animaux, je rappellerai celui d'un monstrueux crocodile que je pris vivant, à Saint-Domingue, dans les filets tendus par mes nègres à ces reptiles, et qui, entouré de feu, entra tellement en fureur, qu'il broyait d’un seul coup de mâchoire des morceaux de bois de la grosseur du bras ; qu'il s'élevait à huit pieds de hauteur, en s’entortillant d’une corde attachée à une poutre très-élevée, et qu'il faisait preuve d’une érection fréquente avec émission de liqueur séminale, émission accomp agnée du son de voix tremblotant qui lui est propre.

Semper fortis Ajax, fortissimus tamen 1 jfurore.

Si la colère ajoute quelquefois à la force, l’abattement qui lui succède fait tomber dans l’anaphrodisie, car alors le spasme est si violent que le visage pâlit, les lèvres sont tremblantes, la voix s'éteint, le pouls se concentre, quoique toujours irrégulier, la respiration est pénible , enfin, la suffocation termine bientôt ce hideux tableau. Ilest aisé de concevoir qu’au milieu de ce tumulte des sens on ne peut être disposé à l'amour.

Page 1