‹ De l'incendie du divin amourChapitre 16 sur 56 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Méditation sur la miséricorde de l'amour de Dieu dans la Passion du Sauveur.

Jésus-Christ, mon Sauveur, mon doux et véritable ami, faites encore, comme autrefois, de la boue avec votre salive, et appliquez-en sur mes yeux , afin que mon aveuglement se dissipe et que je puisse voir vos blessures sacrées. Tout indigne que j'en suis, Seigneur, introduisez votre serviteur dans le trésor de votre temple , et que là je contemple le prix et la grandeur du sacrifice que vous avez offert pour nous, sur la croix, à votre Père. Mes péchés m'ont privé de l'Époux qui fait mon unique trésor.

Cependant , ô mon Dieu , peut-être mon àme trouvera-t-elle encore deux oboles à vous offrir. Daignez recevoir votre enfant prodigue , et me nourrir du veau gras immolé sur la croix.

0 mon bon Maître ! faites-moi connaître les trésors de sagesse que renferme votre bienheureuse mort. Encore une fois et toujours, Seigneur, ouvrez votre cœur à votre indigne serviteur, et que mes yeux coupables y contemplent l'éclat de votre gloire. 0 bon, ô compatissant et doux Jésus! mon cœur est plus dur que le rocher, s'il n'est amolli par votre sang ; mon esprit est à jamais incapable de réflexion , s'il ne peut se recueillir dans votre côté.

Tendre Pasteur, je suis cette brebis fugitive et perdue pour laquelle vous vous êtes immolé sur la croix. Me voici, reconnaissez-moi, ramenez-moi au bercail de vos plaies , et mettez-moi sous la garde de votre Passion. Sans votre mort, je suis perdu ; sans vos plaies , je suis couvert de blessures ; sans vos oppprobres, je suis accablé d'outrages , et je subis les tourments du crime au lieu des châtiments salutaires que vous daigneriez ra'infliger. Malheur à moi! parce que

je n'ai pas su m'attacher à votre bienheureuse Passion, me voici comme réduit au néant; parce que j'ai renoncé aux ignominie* de la croix , me voici couvert d'opprobres ; parce que j'ai méprisé la folie de la croix , me voici le plus insensé des hommes; parce que j'ai refusé les souffrances de la Passion , me voici en proie à toutes les infirmités ; parce que j'ai repoussé les douleurs du fer qui vous a percé , me voici tourmenté par les aiguillons de la concupiscence. Que dirai-je? Du moment où mon cœur s'est fermé à vos douleurs, il s'est ouvert aux plus honteux forfaits. Dès lors qu'il a refusé de se cacher dans vos plaies , les voleurs l'ont dépouillé en le couvrant de blessures.

Votre Passion, ô mon Jésus, est le remède le plus efficace contre l'orgueil et les autres vices. Votre humilité s'oppose à l'ambition, votre abjection à la vaine gloire, et votre générosité à l'avarice. C'est encore votre Passion qui préserve

des paroles vaines ou coupables, qui ferme les yeux sur les objets nuisibles ou mortels. Elle prévient la bouche contre les sensualités ou les mauvais propos ; elle empêche l'odorat d'énerver le cœur par les parfums ; elle attache les mains à la croix, pour qu'elles ne se livrent pas à des actions criminelles, elles pieds, pour qu'ils ne s'engagent pas dans d'inutiles démarches. Elle entrelient un mutuel amour et élève l'âme aux plus sublimes contemplations.

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