‹ De l'incendie du divin amourChapitre 19 sur 56 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Sentiments d'une Ame enflammée de l'Amour de Dieu.

Qui donnera la force à mon âme , la lumière de la vérité à mes yeux, et à ma faible voix la facilité de raconter les merveilles de la charité divine? Je le désire, ô mon Dieu, malgré tome l'impuissance de mes louanges et de mes sentiments pour célébrer dignement vos grandeurs, Amour sublime et céleste, qui pourra se glorifier de sonder l'abîme de voire perfection et la profondeur des misères de l'homme ? N'est-ce pas pour nous un éternel mystère ? Je le sais , ô mon Jésus, un abîme appelle un autre abîme; mais cependant, alors même que mon âme sera l'esclave de ce misérable corps, ce cœur que vous avez embrasé du feu de votre amour ne cessera de vous glorifier et de gémir sur ses misères et ses ignominies.

56 DE l'inckndie

Oui, ô mon bon Maître, je veux donner un libre essor à mon amour afin qu'il proclame vos grandeurs et son abaissement. Je rentrerai en moi-même et j'ornerai mon âme de l'éclat des vertus; et alors j'y introduirai mon Seigneur pour apprendre de lui comment je dois le glorifier; et puis je goûterai ensuite avec lui les douceurs du repos. C'est là que je parlerai à son cœur et que je lui révélerai mes pensées et mes sentiments. Je lui chanterai des cantiques d'allégresse et d'amour, et la mélodie de mes chants le charmera, et il viendra s'établir dans mon âme.

O mon Seigneur, lui dirai-je , je sais que vous m'aimez mille fois plus que je ne vous aime, je veux donc renoncer à moi-même et m'attacher uniquement à vous. Mes soins ne peuvent se partager entre vous et moi; daignez donc, ô mon Dieu , jeter sur ma faiblesse les regards de votre miséricorde , soulenez-moi et donnez-moi la grâce de méditer sans

cesse sur les merveilles de votre bonté, afin d'y trouver mon bonheur et ma consolation. >

Les avantages de cette union ne sont, il est vrai, que pour moi, mais je sais néanmoins que vous prenez plus de plaisir à demeurer en moi et à me diriger que je n'en prends moi-même dans la jouissance de vos bienfaits. D'où vient donc ce prodige? Je ne puis me voir sans vous haïr, et vous me comblez d'amour.

Mais, Seigneur, si je voulais énumérer toutes les marques de votre charité pour moi, jamais je n'y parviendrais. L'éloquence des Anges et des hommes ne me suffirait pas pour raconter les biens de la nature , de la fortune et de la grâce que vous m'avez prodigués avec tant de libéralité. Je me tairai donc, ô Père éternel, et j'irai me reposer auprès de votre Fils.

A quel excès d'amour vous êtes-vous donc porté pour nous , mon Seigneur, pour que vous ayez voulu qu'un Dieu se fît homme et que l'homme fût honoré d@

la Divinité ? Pouviez-vous rien faire de plus pour nous que de nous unir inséparablement à vous? Que dis-je? Vous avez voulu que votre Verbe naquît d'une pauvre femme et qu'il fût appelé le Fils de la Vierge. 0 prodige de gloire pour notre humanité ! Vous avez élevé l'homme et le Fils de la femme jusqu'à le rendre votre égal! Mais quoi! les Anges euxmêmes ont-ils jamais reçu des marques d'un amour si inconcevable ?

Si tant de charité ne suiïil pas pour attendrir nos cœurs, certes, c'est bien là le plus étonnant prodige. Lorsque nous nous abandonnions au crime, n'était-il pas juste que Dieu nous précipitât aussitôt au fond des enfers pour créer ensuite des créatures plus dignes de lui? Quel n'est donc pas son amour pour nous, lorsqu'après tant de chutes et tant d'offenses il veut bien encore nous chercher avec bienveillance et redoubler ses bienfaits! Nos fautes devaient-elles donc nous mériter la gloire ?

Et cependant vous avez fait plus encore ; pour nous empêcher de vous abandonner de nouveau, vous avez voulu vous unir à notre nature. 0 mon Dieu , mon amour et la joie de mon cœur, pouviezvous porter plus loin l'excès de votre charité? Nous vous haïssions, et voici que vous nous aimez et que vous nous glorifiez. Si le Tout-Puissant nous aime avec tant d'ardeur, nous qui ne sommes que néant, combien plus ne devons-nous pas aimer Tunique et souverain bien, la seule joif» des Anges et la consolation des Saints ?

0 charité suprême ! ô amour plus fort que la mort, que vous avez été généreux envers nous! O mon âme, comment peuxtu ne pas défaillir d'amour au souvenir de tant de bienfaits? Comment la langue est-eile muette et tes yeux ne versent-ils pas un torrent de larmes ? Comment tous tes os ne tressaillent-ils pas d'amour ? Quelle n'est donc pas l'infinie miséricorde de notre Créateur, pour qu'il veuille ainsi

nous attacher à lui par les liens de la charité? Comment notre cœur peut-il penser à autre chose ?

Pour nous glorifier ainsi, ô mon Jésus, vous avez voulu naître petit enfant pour nous rendre participants du ciel ; nous qui étions mis par le péché au rang des bétes sans raison, vous avez voulu reposer au milieu des animaux dans une pauvre étable. O étonnante prodigalité de l'amour divin! ô détestable aveuglement de nos yeux ! ô cœur de glace, comment donc ne te fonds-tu pas aux ardeurs de celte charité? Hélas! ô mon Dieu f pouviez-vous quelque chose de plus pour moi ? et si tant d'amour ne peut me gagner à vous, que me reste-t-il à faire?

Mais que dirai-je encore? Jésus-Christ est le refuge des exilés , et il a voulu s'enfuir en Egypte ; il a voulu par là me témoigner son amour et m'apprendre à me réfugier vers lui dans mes persécutions. O mon Dieu, ma miséricorde et la lumière de mon cœur, je reconnais que

vous êtes mon tout et que vous voulei me posséder sans partage.

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