‹ De l'incendie du divin amourChapitre 18 sur 56 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Prière à la bienheureuse Vierge au pied de la

Croix.

0 mes bien-aimés frères ! arrêtez , je vous en conjure , et n'abandonnez pas Jésus-Christ crucifié au milieu des voleurs ! Revenez , marchons et mourons avec lui. Allons avec saint Jean , asso-

(4)Ps. 87.

cions-nous à Marie, et demeurons avec elle au pied de la croix. Soyons touchés de compassion pour elle, car elle est plongée dans l'amertume. Adressons-lui la parole, et peut-être daignera-elle nous entendre. Elle est la plus humble des vierges, et peut-être son humilité nous accordera-t-elle ce que sa douleur aurait droit de nous refuser. Tout absorbée qu'elle soit par ses afflictions et ses gémissements, adressons-nous à elle avec confiance et disons-lui tous les uns pour les autres :

0 Marie ! notre très-douce Mère , où êtes-vous? Quoi! c'est au pied de la croix ! que dis-je? sur la croix même, car si votre Fils est crucifié corporellement, vous l'êtes vous-même en esprit , et les blessures qui couvrent ses membres sacrés sont imprimées dans Votre cœur. Oui, bonne Mère, votre cœur est vraiment percé d'une lance, cloué sur la croix, couronné d'épines, couvert d'outrages, de railleries et d'opprobres , l'incfkd. :\

et abreuvé de vinaigre ei de fiel. 0 Mère de gloire! pourquoi donc êtes-vous immolée ainsi pour nous? La Passion de votre Fils ne nous suffirait-elle pas sans que vous vinssiez unir vos souffrances aux siennes ? 0 cœur brûlant d'amour ! pourquoi donc vous êtes-vous plongé dans cet abîme de douleur? 0 Marie! ce n'est plus votre cœur que je vois, c'est la myrrhe, l'absinthe et le fiel. Je cherche la Mère de mon Dieu, et mes yeux ne voient plus que des crachats, des fouets et des plaies.

0 Mère de douleur! qn'avez-vous donc fait? Comment avez-vous chargé la sainteté même du poids des châtiments les plus rigoureux? Pourquoi ne vous retirez-vous pas solitaire dans votre demeure? Pourquoi restez-vous sur le Calvaire? Ah! pourtant vos yeux ne sont point accoutumés à contempler de pareils spectacles. Comment la timidité naturelle à voire sexe ne vous a-t-elle pa* retenue ? Comment l'horreur d'un si

cruel attentat ne vous a-i-elle point arrêtée ? Comment avez-vous pu vous présenter sur ce théâtre du crime et au milieu des cris barbares des bourreaux de Jésus? Ah! je le vois, ma bonne Mère , ces considérations ne vous ont point retenue, parce que vous n'étiez plus maîtresse de votre cœur, la douleur l'absorbait tout entier et il ne pensait plus qu'aux afflictions , aux souffrances et à la mort de votre Fils bien-aimé. Uniquement attentive aux tourments et aux plaies de Jésus, vous ne remarquiez pas cette foule bruyante et tumultueuse qui vous environnait. 0 Marie ! retirezvous et rentrez dans votre demeure ; que nous ne soyons point exposés à perdre notre Mère et notre Souveraine , après avoir vu déjà notre Pasteur si cruellement frappé. Comment ponrrais-je me trouver un seul instant privé de la Mère et da Fils ? Mais c'est en vain que je vous conjure, car la douleur ne vous permet p»$ d'entendre mes supplications.

0 prodige ! Jésus-Christ tout entier est crucifié au plus intime de voire cœur ! 0 bonne Mère! blessez le mien et renouvelez en lui votre Passion ; donnez-lui part aux afflictions qui remplissent le vôtre; réunissez-les afin que tous deux participent ensemble à la Passion de votre Fils.

0 Marie, tendre Mère, si vous me refusez votre Jésus crucifié, ah! je vous en conjure, accordez-moi les moqueries, les injures et les opprobres que vous avez partagés avec lui. Quelle est la mère qui ne voudrait pas se délivrer, elle et son fils, des tourments qu'ils endurent pour en charger un esclave ? Oh ! que je serais heureux si je pouvais du moins m'associer à vos souffrances? Car enfin, quel plus grand bonheur que de pouvoir unir son cœur aux cœurs entrouverts de Jésus et de Marie !

Le vôtre n'est-il pas tout rempli de grâces, ô ma Mère? Et s'il est ouvert, comment ne les laisserait-il pas tomber

sur le cœur qui lui est uni ? Si votre Fils est la gloire des bienheureux et que son côté soit entrouvert, comment sa douceur ne découlerait-elle pas sur le cœur qui lui est attaché? 0 mon illustre Reine! pourquoi fermez-vous l'oreille à mes supplications? Si je vous ai offensée , vengez-vous en me frappant au cœur. Si je me suis fait votre serviteur , accordezmoi des blessures en récompense. 0 Marie! que sont donc devenues vos miséricordes et vos bontés? Vous qui avez toujours été la plus douce des Mères , comment pouvez-vous vous montrer si cruelle envers moi ? Ce ne sont pas les splendeurs des cieux que je vous demande , frappez mon cœur et je suis content. Comment donc êtes-vous si avare des blessures de votre Passion ?

Arrachez-moi la vie, ou bien frappez mon cœur.

C'est une honte pour moi de voir Jésus-Christ mon Sauveur et sa bienheureuse Mère tout couverts de blessures ,

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tandis que moi, leur indigne serviteur, je demeurerai intact. Mais je l'ai résolu, je me jetterai à vos pieds, et là je ne cesserai de vous importuner de mes cris et de mes larmes. Vous m'exaucerez en me frappant au cœur, ou je ne me retirerai jamais. Je resterai prosterné devant vous jusqu'à ce que vous m'ayez tout couvert de blessures, car c'est là Tunique objet de mes désirs. Mais si vous voulez me caresser sans me frapper, eh bien! ces caresses imprimeront dans mon cœur les plaies de voire amour. El si vous refusez de me frapper et de me caresser, je serai blessé par la tristesse, et c'est ainsi que je ne me retirerai pas de vous sans blessures.

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