CHAPITRE XXVIII
De la Béatitude des Élus.
Heureuse lame qui , dégagée de son enveloppe terrestre , s'élève vers le ciel d'un vol libre, sûr et tranquille! Elle ne craint plus ni l'adversité ni la mort; elle ne voit plus devant elle que son bienaimé Seigneur, après lequel elle soupirait sans cesse, qu'elle chérissait et près duquel elle se trouve maintenant satisfaite et glorieuse. Rien désormais ne pourra plus ternir l'éclat de sa félicité, et les méchants ne pourront plus la lui ravir. « Les filles de Sion l'ont vue et l'ont
saluée du titre de Bienheureuse (1). » Les Reines ont publié ses grandeurs en s'écriant: « Quelle est celle-ci qui s'élève du désert inondée de délices, appuyée sur son bien-aimé ? Quelle est celle-ci qui s'avance comme l'aurore à son lever, belle comme l'astre des nuits, brillante comme le soleil, et terrible comme une armée rangée en bataille (2)? »
Elle marche d'un pas joyeux, elle court, elle se hâte près de son tendre époux dont elle écoute attentivement les paroles : « Levez-vous , ma bien-aimée et mon unique beauté, lui dit-il, levezvous et venez. L'hiver est pssé, les pluies se sont dissipées et ont cessé entièrement; les fleurs s'épanouissent et le temps de la moisson approche. La tourterelle a fait entendre sa voix dans nos campagnes; le figuier a donné ses premiers fruits et la vigne ses fleurs
(I) Cant. 5.
(2J Ibid. 8.
odorantes. Levez- vous, ma bien-aimée, mon unique beauté , et venez; vous qui êtes ma colombe, vous qui vous retirez dans le creux du rocher et dans les enfoncements de la muraille, montrez-moi votre visage ; que votre voix se fasse entendre à mes oreilles, car votre voix est douce et votre visage est agréable. Yenez, épouse choisie, ma toute belle et ma colombe (1), » venez,ô immaculée,réjouissez* vous en ma présence avec les Anges dont j'ai promis de vous faire partager le bonheur. Le temps des périls et des travaux est passé ; venez , entrez dans la joie du Seigneur que personne ne peut vous ravir.