‹ De l'incendie du divin amourChapitre 48 sur 56 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Considérations sur l'humanité du Sauveur ; louanges et remercîments qu'elles inspirent.

Jusqu'à présent, ô Dieu tout-puissant qui voyez et qui sondez mon cœur , j'ai glorifié la toute-puissance de votre majesté et la majesté de votre toute-puissance; maintenant ma bouche va manifester en votre présence et pour mon salut la foi qui règne justement dans mon cœur , et je vais raconter comment vous avez daigné venir au secours du genre humain dans la suite des siècles.

Nulle part il n'est écrit que Dieu le Père ait été envoyé , mais saint Paul a dit du Fils : « Lorsque la plénitude du

temps fut arrivée , Dieu envoya son Fils (1). »Quand l'Apôtre s'exprime ainsi, il montre par là même que le Fils est venu. Il est venu en effet , il est né de Marie toujours vierge , et il a paru sous la forme d'un homme parfait et véritable. C'est de lui que le premier des évangélistes a dit : « Il était dans le monde, le monde a été fait par lui (2). p Il est venu sur la terre sous une forme humaine , mais c'est comme Dieu qu'il repose dans le séjour de son éternité.

Je crois de cœur et je confesse de bouche que la mission du Fils est Fœuvre de toute la Trinité. Père saint et bon , miséricordieux Créateur, de quel amour ne nous avez-vous pas aimés ? vous n'avez même pas épargné votre propre Fils et vous l'avez livré pour nous qui ne sommes que de misérables pécheurs.

11 vous a été soumis , et soumis jusqu'à

(4) Galat. 4.

(2) Joan. 4.

212 r>E l'incendie

la mort de la croix ; il a pris la cédule de nos péchés, et l'attachant à la croix, il a crucifié le péché et exterminé la mort. Vivant au milieu des morts , il a conservé sa liberté et il a eu le pouvoir de livrer son âme pour nous. Il s'est montré à la fois et comme vainqueur et comme victime , et il a été vainqueur parce qu'il s'est fait notre victime et qu'il s'est constitué comme prêtre et comme victime , et il n'a été prêtre que par son sacrifice.

Ce n'est donc point en vain que j'ai mis en lui mon espérance, Seigneur, car c'est vraiment par celui qui est assis à votre droite et qui interpelle pour nous que vous nous guérirez de nos infirmités. Vous le savez , ô mon Dieu , elles sont grandes , elles sont innombrables ces infirmités. Je reconnais que le Prince de ce monde est devenu le maître d'une grande partie de moi-même ; mais , je vous en prie, délivrez-moi par celui qui est assis à votre droite , par notre Ré-

DU DIVIN AMODR. 213

dempteur en qui il ne peut rien revendiquer. Vivifiez-moi par celui qui n'a jamais commis le péché et dont la bouche est demeurée toujours pure ; par notre Chef immaculé , délivrez un de ses membres infirme et misérable. Délivrez-moi de mes péchés, de mes vices, de mes fautes et de mes négligences. Remplissez-moi de vos saintes vertus et réglez toute ma conduite. Par votre saint Nom, faitesmoi persévérer dans les bonnes œuvres jusqu'à la fin , comme vous le souhaitez. L'excès de mes fautes et de ma négligence aurait pu me jeter dans le désespoir, si votre Verbe ne s'était fait chair et s'il n'avait habité parmi nous ; mais je ne puis plus désespérer , sachant qu'alors même que nous étions vos ennemis, vous vous êtes réconcilié avec nous par la mort de votre Fils ; combien plus maintenant ne devons-nous pas espérer d'être sauvés par lui ! Toute mon espérance et ma confiance reposent dans le sang qui a été répandu pour nous et

214 DE l/iNCENDlE

pour noire salut. C'est en lui que je respire et c'est par lui que j'espère et que je désire arriver jusqu'à vous, ô mon Dieu ; je ne puis compter sur ma justice, mais je m'appuie sur celle de Jésus- Christ Notre-Seigneur.

Mon Seigneur, doux et tendre ami des hommes , Dieu qui avez daigné nous racheter par les mérites de Jésus-Christ votre Fils lorsque nous étions perdus par notre faute , je rends grâces à vos miséricordes et je vous remercie de tout mon cœur de l'amour ineffable que vous avez bien voulu nous témoigner, à nous misérables et indignes pécheurs. Vous avez envoyé votre Fils unique de votre sein pour procurer le salut des enfants de perdition. Je vous rends grâces pour sa sainte Incarnation , pour sa Nativité et pour cette glorieuse Mère dont il a daigné prendre sa chair à cause de nous et de notre salut, et afin d'être vraiment homme de l'homme comme il était vrai Dieu de vrai Dieu. Je vous rends grâces

pour sa passion , sa croix , sa mort , sa résurrection , son ascension dans Jes deux, et pour le trône de majesté sur lequel il siège à votre droite.

Quarante jours après sa résurrection , montant sur les cieux des cieux à la vue de ses disciples et s'asseyant à votre droite, il répandit sur ses enfants d'adoption l'Esprit saint qu'il leur avait promis. Mon Sauveur, je vous rends grâces pour le sang précieux que vous avez versé et qui nous a rachetés. Je vous rends grâces pour l'auguste et vivifiant mystère de votre corps et de votre sang qui , tous les jours, dans votre Église, nous nourrissent, nous abreuvent, nous purifient, nous sanctifient et nous rendent participants de la divinité. Je vous rends grâces pour cette charité merveilleuse et inexprimable qui vous a porté à nous aimer et à nous sauver par les mérites de votre Fils unique et chéri. « Oui , vous avez tellement aimé le monde, que vous avez livré votre Fils unique afin

que tout homme qui croira en lui ne périsse pas , mais qu'il ait la vie éternelle ; afin que nous vous connaissions , vous le vrai Dieu , et celui que vous avez envoyé , Jésus-Christ , par une foi pure et par des œuvres dignes de cette foi(1). »

Immense miséricorde ! inestimable charité de mon Dieu ! vous avez livré votre Fils pour sauver un esclave ; un Dieu s'est fait homme pour arracher Thomme perdu de la tyrannie du démon.

Il faut donc que votre Fils , notre Dieu , soit animé pour les hommes d'un amour bien compatissant , puisqu'il ne lui a point suffi de s'incarner dans le sein de la \~ierge Marie , mais qu'il a encore voulu souffrir le supplice de la croix et verser son sang pour nous et pour notre salut.

Il est venu ce Dieu compatissant , il est venu chercher dans sa bonté et

(.4) Joan. 47.

sauver ce qui avait péri. Il est allé à la recherche de la brebis perdue , il Ta trouvée et il Ta reportée au bercail sur ses épaules. Seigneur vraiment miséricordieux , doux et tendre pasteur ! ô miséricorde ! ô charité ! qui a jamais entendu de telles merveilles ? Quel est celui qui ne serait pas saisi d'étonnement à la vue de tant de bonté ? Quel est celui qui ne tressaillerait pas de joie à la pensée de l'amour immense que vous nous portez ? Vous avez envoyé votre Fils sous la ressemblance d'une chair de péché pour qu'il condamnât le péché lui-même et pour que votre justice sur nous fût satisfaite en lui : que pourrai-je donc vous rendre pour tant de bienfaits ?

C'est votre Fils qui est le véritable agneau, l'agneau sans tache qui a effacé les péchés du monde, qui a triomphé de la mort en s'y assujettissant lui-même , et qui a réparé la vie par sa résurrection. Encore une fois , mon Dieu , com-

24 8 de l'iscendis

nient pourrai-je reconnaître tous ces bienfaits de votre miséricorde ? quelles louanges et quelles actions de grâces vous rendrai-je ? Alors même que nous aurions la science et la puissance des esprits angéliques , il nous serait encore impossible de répondre dignement à tant de bienfaits; alors même que toutes nos facultés se réuniraient pour célébrer vos louanges, nos misérables efforts seraient toujours impuissants. Oui , car l'inappréciable charité que vous nous avez témoignée malgré notre indignité est au-dessus de toute science possible.

Ce n'est point la nature des Anges que votre Fils a voulu prendre ; il est né de la race d'Abraham et il s'est rendu semblable à nous , excepté par le péché qu'il n'a jamais commis. C'est donc à la nature humaine qu'il s'est incorporé , c'est elle qu'il a revêtue de la robe immortelle de sa glorieuse résurrection pour rélever ensuite au-dessus des cieux, au-dessus des chœurs des Anges , des

Chérubins et des Séraphins , pour la placer à votre droite.

C'est elle que les Anges glorifient , que les Dominations adorent et devant laquelle toutes les vertus des cieux se prosternent en tremblant : c'est elle qui fait toute mon espérance et ma confiance , car c'est en Jésus-Christ Notre- Seigneur que se trouve une portion de chacun de nous : son corps et son sang. En voyant régner ma portion , je crois aussi régner moi-même ; je me sens triompher là où mon sang triomphe et je me regarde comme glorifié là où ma chair est glorieuse. Tout pécheur que je suis , j'ai confiance en cette communion de la grâce. Si mes péchés me retiennent, ma substance proteste ; et si mes iniquités m'excluent , l'union de ma nature fait tomber les obstacles.

Oui , Dieu est trop bon pour ne pas se ressouvenir de i'homme, pour oublier celui qu'il porte dans ses bras et qu'il soigne comme une tendre mère; c'est là

le gage de mon salut. Notre-Seigneur est la douceur et la bonté même, et il aime la chair et les membres auxquels il s'est incorporé. Unis à Jésus-Christ , notre doux et tendre Sauveur, déjà nous nous élevons vers les cieux, déjà nous y prenons possession avec lui ; notre chair nous aime.

Nous avons aussi en lui la prérogative de notre sang, nous sommes ses membres et sa chair. Enfin , Jésus est notre chef, le chef auquel tout le corps se rattache , selon qu'il est écrit : « Voici l'os de mes os, la chair de ma chair ; et ils seront deux dans une seul chair (1). j> Personne ne hait sa chair; au contraire, il l'entretient et il l'aime. « Ceci est un grand mystère, je le dis en Jésus-Christ et en l'Église (2). »

(4) Gen. 2.

(«) Ephes. 5.

DU DIVIN ÀMOUK. 2 $

Page 1