CHAPITRE XL
Confusion et repentir du Pécheur à la pensée de ses fautes.
Pardon, Seigneur, pardon pour tant de misères et d'imperfections. Ne repoussez pas le serviteur inutile et coupable qui ose élever vers vous des regards suppliants. Oui, Seigneur, je suis vraiment coupable , puisque je puis encore adorer et bénir un Dieu tout-puissant , terrible et redoutable, sans conlrition dans le cœur , sans verser un torrent de larmes et sans être saisi de respect et de crainte. Les Anges enivrés de joie tremblent en vous adorant, et moi, misérable pécheur , quand je me présente devant vous, quand je célèbre vos louanges et que je vous offre mes sacrifices, comment donc ne suis-je pas saisi d'épouvante ? Comment la frayeur ne fait- elle point pâlir mon visage, trembler
mes lèvres et frissonner tout mon corps? Comment puis-jene pas fondre en larmes devant vous ? Je voudrais , mais je ne puis pas ; car en vous contemplant des yeux de la foi dans vos grandeurs, je n'éprouve pas intérieurement ce vif sentiment d'admiration qui touche le cœur.
Mais qui peut arriver là sans le secours de votre grâce ? Notre salut tout entier n'est-il pas l'effet de votre immense miséricorde ? Malheureux que je suis! comment donc puis-je ne pas me trouver saisi de frayeur lorsque mon âme se présente devant le Seigneur et qu'elle chante ses louanges? Infortuné! comment donc ai-je le cœur assez dur pour ne pas pleurer sans cesse au moment où mon Seigneur daigne s'entretenir avec son serviteur? celui qui a tout créé de rien avec celui qui a été fait du limon ?
Seigneur, me voici en votre présence, et je suis prêt à manifester à mes frères vos secrètes inspirations. Vous êtes riche en miséricorde et libéral dans vos récom-
penses ; accordez-moi vos bienfaits afin que je les emploie à votre service , car ce n'est que par vous que je puis vous servir et vous plaire. Pénétrez mes chairs de votre crainte. Que mon cœur se réjouisse et qu'il craigne votre nom. Ame pécheresse, puissé-je avoir ces sentiments qu'éprouvait le saint homme Job quand il disait : « Seigneur, je vous ai toujours craint comme des vagues impétueuses qui se précipiteraient sur moi (1). » Vous êtes le distributeur de tous les dons, ô mon Dieu; lorsque je publie vos louanges , donnez à mes yeux une source de larmes, la pureté à mon cœur et la joie à mon esprit, afin que vous aimant et vous louant comme vous le méritez , j'éprouve et je ressente combien vous êtes doux , selon qu'il est écrit : « Voyez et goûtez combien le Seigneur est doux (2). » Heureux le peuple
M) Job. 34.
(2) Ps. 33.
qui sait le glorifier ! heureux celui que vous daignez secourir, Seigneur, il s'élèvera de la vallée des misères jusqu'aux célestes hauteurs ! « Heureux ceux qui ont le cœur pur , parce qu'ils verront Dieu (1) ! d Heureux ceux qui habitent dans votre demeure , Seigneur , car ils vous glorifieront dans les siècles des siècles (2). »