U PREFACE
La conception générale de cel ouvrage est celle qui, après avoir inspiré la plupart des grands systèmes métaphysiques, a trouvé son exposition la plus nette et la plus cûiicrèle dans l'œuvre de Schopeuhuuer. Ses prémisses sont donc identiques ; mais son développement et ses conclusions sont totalement différents ; mon travail, en effet, tend précisément à combler l'abîme qui, pour Schopenhauer, sépare l'Inconscient du Conscient. De là, une interprétation tout autre de l'évolution universelle et individuelle. Cette interprétation, au lieu de conduire au pessimisme, guide, je ne dirai pas à l'optimisme (le terme étant déconsidéré et équivoque), mais à l'idéal invétéré de l'humanité, idéal conforme à ses espérances éternelles, les plus hautes et les plus sereines, de justice, de bonheur et de permanence individuelle.
Mais l'originalité vraie de la philosophie idéaliste que j'expose ici, la seule qu'elle revendique hautement, c'est d'être scieniilique. Au lieu d'être enfermée dans un cadre dogmatique ou mystique, ou de tenir dans des formules purement intuitives ou aprioristiques, elle est basée sur une démonstration positive.
C'est à titre de philosophie scicntifK|ue, et à ce titre seulement, qu'elle doit être étudiée et discutée.
Pour édifier ma démonstration, je me suis efforcé de lenir compte de tous les faits connus, soit dans les science^ naturelles et la biologie générale, soit dans les données relatives à la constitution physiologique et psychologique de l'individu. Dans le choix des grandes hypothèses explicatives, j'ai recherché, avant tout, celles qui présentaient le double caractère d'être logiquement déduites des faits et capables de s 'adapter à tous les faits d'un même groupe. Mon but constant a été d'arriver à des }>ypothèses de plus en plus vastes et de j^lus en plus générales ; jusqu'à découvrir, si possible, une hypothèse suffi samment vaste et suffisamment générale poui' servir à l'in-
PRÉiACE III
terprétation globale de l'évolution individuelle et universelle.
Cette méthodologie générale ne saurait donner prise à la critique.
Mais j'ai été amené, peu à peu, par la force des choses, à inaugurer d'abord timidement, puis à adopter systématiquement, une méthodologie d'ordre secondaire, quoique néanmoins fort importante, sur laquelle je dois nécessairement m'expliquer dès maintenant.
En examinant les diverses sciences biologiques ou psychologiques, en étudiant les inductions, les déductions (i les hypothèses classiques tirées de leurs données et admises par la généralité des savants contemporains, j'ai été frappé des très graves erreurs évidentes dues à l'oubli des principes de la méthodologie générale exposés ci-dessus.
Il n'est pas une seule des grandes hypothèses classiques sur l'évolution, sur la constitution de l'individu physique ou psychique, sur la vie et sur la conscience, qui soit capable de s'adapter à tous les faits évolutifs, à tous les faits physiologiques ou à tous les faits psychologiques; à plus forte raison n'en est-il aucjune susceptible d'embrasser l'ensemble synthétique de l'évolution collective et individuelle
Bien mieux, la plupart de ces hypothèses sont, évidemment et sûrement, en opposition, je le démontrerai, avec des faits bien établis.
Cherchant l'origine première et la cause de ces erreurs de généralisation, j'ai été amené à les trouver, avant tout, dans le choix des faits primordiaux sur lesquels ont été basées les inductions et les hypothèses qui constituent la charpente de la philosophie scientifique contemiporaine. C'est que, dans toutes les sciences, mais spécialement en biologie et en psychologie, le choix des faits, en vue d'une explication synthétique, est susceptible de conduire à des méthodes antagonistes et par suite à des conceptions des
rv