‹ De l'inconscient au conscientChapitre 3 sur 67 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Choses divergentes et même opposées. On peut concevoir idéalement deux méthodes principales découlant amsi du

choix des faits. , ,-, f ,

La première de ces méthodes part du prmcipe qu il taut toujours, en sciences, aller du simple au complexe. Elle prend donc, comme point de départ, les faits les plus élémentaires, s'efforce de les comprendre ; puis passe aux phénomènes un peu plus complexes du même ordre, en leur appliquant la formule explicative déduite de l'étude approfondie des premiers et ainsi de suite, de la base au

sommet.

La deuxième de ces méthodes part du principe qu il n'existe, pour un ordre de faits quelconques, d'explication vraie que celle qui est susceptible de s'adapter à tous les faits de cet ordre. Elle cherchera, avant tout, une explication capable de s'appUquer aux phénomènes les plus complexes, car cette explication sera facilement étendue, à lortiori, aux phénomènes plus simples et moms élevés et sera forcément conforme à toutes les données acquises.

La méthode va ainsi du sommet à la base.

Il arrive fréquemment, bien entendu, que la seconde méthode aboutisse h une impossibihté. C'est que les données de fait sont insuffisantes. Elle avoue alors purement et simplement son impuissance et se réserve, dédaignant les petites explications de détails, forcément insuffisantes puisqu'elles n'envisagent qu'une face du problème.

De ces deux méthodes, la première, avant tout analytique, convient à la science pure. La deuxième, avant tout synthétique, est celle de la pure philosophie.

Or, quand il s'agit de questions ressortant à la fois de îa science et de la philosophie, on doit se demander quelle est celle de ces deux méthodes qu'il faut adopter.

Une fois une vérité bien établie, il importe peu que l'explication connue des phénomènes divers parte de la

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base ou du sommet, soit ascendante ou descendante ; la synthèse étant assurée, il n'est plus possible de s'égarer. Mais lorsqu'il s'agit précisément de rechercher la vérité et d'asseoir la synthèse, il est indispensable de faire un choix et d'examiner avec soin quelle est la méthode la plus sûre et la plus féconde.

La première méthode est presque exclusivement employée. Son usage repose sur un dogme indiscuté de la science contemporaine. Voyons cependant d'un peu près, avant de nous décider, quelques-uns des premiers résultats, actuellement établis, qu'elle a donnés.

Dans l'étude philosophique des phénomènes de la vie, si l'on va du sommet <à la base, de l'homme à l'animalité supérieure, de l'animalité supérieure à l'animalité inférieure, on est conduit à admettre que la conscience est ce* qu'il y a de plus important dans la vie ; parce que c'est co qu'il y a de plus important chez l'homme. Nous sommiî* donc amenés à trouver que la conscience, avec 'oui w qui s'y rattache, s'étend, en se rétrécissant peu à pcjj;. jusqu'aux animaux les moins évolués, chez lesquels elle existerait déjà à l'état d'ébauche.

Si, au contraire, nous allons de la base au sommet, la conclusion que nous devons tirer des phénomènes de la vie est tout opposée. C'est ce que Le Dantec, entre autres, s'est efforcé de faire ressortir (1).

Chez l'animal très inférieur, les réactions chimiques du milieu suffisent à déterminer les phénomènes vitaux. La méthode « ascendante » permet donc d'affirmer que dans tous les phénomènes de la vie, même chez les animaux supérieurs, il est inutile de chercher autre chose que le résultat de réactions chimiques. La forme spécifique d'un animal elle-même, nous le verrons, est, pour Le Dantec. simple fonction de ces réactions.

'1) Le Da?,'tec : Déterminisme hîologlq}ie.

VI rriEFACE

Chez les plastides, existe un étroit déterminisme chimique et il n'y a pas de motif pour leur attribuer de In volonté ou de la liberté. Conclusion : le déterminisme biochimique est le même dans toute la série animale et la volonté ou la liberté, même chez l'homme, ne sont que des illusions.

La notion d'une conscience animale est superflue chez les plastides. Si donc elle existe chez les animaux supérieurs, ce n'est qu'à titre cCépiphénoniène concordant aux réactions chimiques qui constitueraient le phénom'fne essentiel.

Enfin, l'animal très inférieur, tel que l'éponge ou lo corail, n'étant, de toute évidence, qu'un simple complexus de vies élémentaires, on doit en inférer que même l'animal très complexe et très évolué, très centralisé en apparence, n'est cependant lui-même qu'un complexus analogue, existant et se maintenant de lui-même par affinité ou cohésion moléculaires, sans le secours d'un dynamisme supérieur et indépendant.

Tel est le raisonnement et telles sont les conclusions de la méthode « ascendante ». Ces conclusions sont-elles vraies ou sont-elles fausses ?

Le raisonnement est rigoureux et impeccable. Si les conclusions sont fausses, c'est seulement parce que la méthode est mauvaise.

Nous verrons, en réalité, par toute la suite de cet (-uvrage, que, en dépit de la rigueur du raisonnement, les résultats de la méthode sont inacceptables et souvent absurdes.

C'est ce qu'il est facile d'établir dès maintenant, >nns sortir du domaine de la biologie. Voici un exemple d'induction absurde et inévitable de la méthode ascendante : celui de la sensibilité.

Nous connaissons par expérience que nous sommes possesseurs de la sensibilité. Nous en induisons que la

PriÉÎACE "Il

sensibilité appartient à rhiimanifé. Partant de ce sommet pour descendre l'échelle animale, nous jugeons que l'animal suipérieur possède égplement la sensibilité, parce que ses manifestations de douleur ou de plaisir se rapprochent de nos propres manifes(ations.

Si nous continuons à descendre l'échelle animale, les manifestations sont moins nettes et, pour les animaux inférieurs, deviennent d'une interprétation douteuse.

« Les signes de la douleur, dit Richet (1), ne suffiseai pas à affirmer la douleur. Qu'à une grenouille décapitée on pince la patte : elle se débattra, avec tous les signes extérieurs de la douleur, tout à fait comme si elle souffrait. Qu'on coupe en deux un lombric, les deux tronçons vont se débattre convulsivement. Dira-t-on qu'ils souffrent tous les deux, ou bien, ce qui me paraît beaucoup plus rationnel, ne pensera-t-on pas que le traumatisme a déterminé une violente action réflexe? »

Donc, si nous attribuons de la sensibilité aux êtres les moins élevés de l'échelle animale, c'est par une inductica descendante. Notre raisonnement va du sommet à la base.

Suivons la marche inverse : si nous examinons d'abord, en faisant abstraction de notre expérience personnelle, des animaux très inférieurs, nous serons portés logiquement à leur dénier la sensibilité, puisque toutes lours réactions peuvent s'expliquer par des réflexes.

La sensibilité au plaisir ou à la douleur est, chez oux, une hypothèse inutile, et, conformément au principe méthodologique de l'économie des hypothèses, elle doi! être écartée.-

Mais alors, pourquoi admettre cptte sensibilité chez les animaux plus élevés? Tout peut aussi s'expliquer par des réflexes. Comme dit Richot (Li Je cri d'un chien nue l'on

il) EicKET : Ps)iclir)ln(jip. fji'nérn'le.

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