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L'INTERPRETATION DE LA PSYCHOLOGIE D'APRES LES NOTIONS NOUVELLES

Il nous reste à adapter les notions précédentes à l'interprétation intégrale de la psychologie.

Nous allons trouver une preuve magnifique et concluanfe de leur véracité dans l'aisance et la limpidité de cette interprétation, faisant place à la lamentable impuissance de la psychologie classique.

Pour la psychologie classique^ en eUei, tous les étais, tous les faits que nous allons envisager sont encore de purs mystères.

1° La Psychologie dite normale

Supposons, chez un individu quelconque, la synthèse bien établie entre ses divers principes constitutifs. Ils sont liés par une affinité suffisante et il n'y a aucun sujet de désharmonie.

La centralisation est forte et l'homogénéité évidente.

La monade centrale, le moi, dirige le dynamo-psychisme mental et a le contrôle complet sur tous ses éléments. Par le dynamo-psychisme mental, il dirige le dynamisme vital et l'organisme', dans les limites seules que comporte son niveau évolutif, (on sait que le niveau actuel d'évolution humaine ne donne pas la connaissance du mécanisme vital ni la possibilité d'agir sur les grandes fonctions — le dynamisme vital gardant une large autonomie).

L'individu, ainsi constitué, est bien équilibré. Sa santé

psychique est parfaite. Mais en même temps, il se trouve très limité par les contingences organiques. La solidarité de son psychisme supérieur et de son psychisme cérébral étant absolue, toute l'activité du premier est bornée par l'étendue du second et restreinte à ses contingences.

Cet individu n'a pas, ne peut pas avoir conscience de ses capacités latentes ni de rien de ce qui concerne le psychisme supérieur. Chez lui, les produits de l'inspiration supérieure et du travail cérébral, étroitement amalgamés, forment un t£>ut harmonieux. Sa psychologie est la psychologie normale, typique, marquée par l'équilibre des facultés et leur rendement régulier, mais aussi par leur étroite limitation.

Les êtres bien équilibrés peuvent être d'un niveau évolutif très variable. Il y a, parmi eux, beaucoup de médioores, mais aussi des hommes fort intelligents.

Leurs productions intellectuelles sont régulières et sans à coup. Ils ne s'aperçoivent jamais du rendement subconscient, qui se confond étroitement chez eux avec le résultat du travail volontaire.

Ils ne connaissent guère l'intuition. Ils ne sont pas originaux. S'ils comprennent l'art, ils ne sont jamais des artistes, dans le beau sens du terme ; encore moins des inventeurs ni des créateurs. Ils n'ont jamais de vue géniale ni d'inspiration supérieure.

Les êtres bien équilibrés jouent un rôle scientifique ou social utile par leur pondération et la justesse de leur raisonnement à l'égard des contingences ; et en même temps nuisible par leur misonéisme et leur esprit de stabilité.

Leurs opinions sont généralement celles de leur milieu. Ils ne cherchent pas à innover et sont portés à accepter ce qui est idée régnante, celle-ci leur semblant établie comme juste par le seul fait qu'elle est régnante.

Ils sont réfractairçs à la philosophie, ou bien se conlonlent d'une philosoplrie banale, terne, conforme aux idées établies. Ils ont une forte tendance au malériallsme ; <'ar

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la fusion étroite des principes constitutifs et leur limitation par la matière ne leur permet pas de voir au delà de la matière. Ce qui, en eux, est au-dessus de cette limitation matérielle leur est tout à fait inconnu. Ils n'ont d'ailleurs guère de curiosité philosophique réelle. Pour eux, tout est relativement simple, parce qu'ils évitent d'aller au fond des choses.

2° Psychologie anormale

Supposons maintenant, au lieu de la synthèse harmonieuse bien établie et de l'amalgame parfait, hiérarchisé et fondu des divers principes constitutifs du moi, une synthèse instable, un manque d'union ou d'affinité entre les « cadres », une désharmonie : toute la psychologie anormale en sera le résultai.

Qu'il y ait rupture d'équilibre ou manque d'harmonie entre le corps et le dynamisme vital qui le dirige et le conditionne, nous avons là l'origine de toutes les manifestations hystériformes d'ordre physiologique.

Qu'il y ait rupture d'équilibre ou manque d'harmonie entre l'organisme et le dynamisme vital d'une part, et le dynamo-psychisme mental, d'autre part, nous avons là l'origine de toutes les manifestations hystériformes d'ordre psychologique.

Qu'il y ait déséquihbre entre le mental et le moi, nous avons là la source de toutes les manifestations dte déséquilibre mental depuis la névrose simple jusqu'à la désintégration en personnalités multiples et jusqu'à la folie.

Théoriquement, le déséquilibre pourrait n'exister qu'entre deux dès principes constitutifs du moi ; mais en réalité, il n'y a jamais de déséquilibre exclusivement partiel. Par suite de la solidarité essentielle du groupement individuel, toute cause de désharmonie entre deux « cadres » retentit sur tout le groupement. C'est pourquoi il n'y a pas de troubles hystérico-physiologiques sans troubles

mentaux et pas de trouble dans le mental sans répercussions hyslériformes.

La même cause productrice de la psychologie anormale,, le manque d'équilibre parfait entre les principes constitutifs du groupement individuel, permet aussi la manifestation isolée de l'un ou l'autre de ces principes ; sa « sécession » ou même son « extériorisation ».

Elle a enfin un résultat heureux : celui de diminuer la limitation du psychisme supérieur.

Ainsi, le même lacteur est la source de la morbidité psychologique et des manifestations psychiques élevées ; ouvre la porte à la fois au désordre mental et aux productions cryptopsychiques, cryptomnésiques, intuitives, géniales ou supranormales ; permet à l'Etre la vision, par éclairs, de son état réel et de sa destinée.

Ces notions générales acquises, nous pouvons entrer dans la voie des détails :

Nous considérerons successivement :

— Les états névropalhiques ;

— La neurasthénie ;

— L'hystérie et l'hypnotisme ; — ■ La folie ;

— Les altérations de la personnalité ;

— Le travail intellectuel dans le psychisme subconscient supérieur et le génie.

— La cryptosychie et la cryptomnésie ;

— Le supranormal ;

— Le médiumnisme.

Tous ces états psychologiques anormaux ont des points de contact inévitables et des rapports réciproques, tant par leur nature originelle que par leur conditionnement. Us s'interpénétrent Iréquemment.

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3° Les états névropatiiiques

A la base de tout état névropalhique, il y a instabilité -d'équilibre dans le groupement individuel, avec désordres relatifs partiels, fragmentaires, causes de toutes les manifestations de souffrance nerveuse.

Au contraire de ce que nous avons constaté dans l'Etre bien équilibré, nous voyons un manque d'homogénéité, d'affinité, de dépendance entre les divers principes constitutifs. La direction centralisatrice est imparfaite : il n'y a plus de fusion harmonieuse entre le moi et le mental, entre le mental et le dynamisme vital, entre ce dernier et l'organisme.

Cet état d'équilibre instable permet des décentralisations momentanées et partielles, sources de désordres mais aussi conditions d'une moindre limitation par l'organisme et de l'apparition, de la mise au jour possible de tout ce qui, dans l'Etre psychique normal, est cryptoïde ou occulte, comme facultés et comme connaissances. Mais cette mise au jour ne se manifeste jamais par un rendement régulier ; La production intellectuelle se fait par à-coups. Elle nécessite une collaboration consciente-subconsciente dont nous connaissons les modalités et les difficultés.

Les êtres ainsi constitués, sont, comme les êtres bien équilibrés, d'un niveau évolutif très variable :

Il est parmi eux des médiocres, dont un grain d'originalité corrige cependant la monotonie psychologique.

Il est des névropathes inférieurs, qui traînent une existence morbide de demi-fous ou de demi-imbéciles, avec les tares physiques et mentales dites de dégénérescence.

Il y a enfin les névropathes supérieurs dont le talent ou le génie, de par sa nature originelle, est inséparable des mêmes tares.

Le névropathe supérieur souffre infiniment de ces tares : il a peine à bien conduire son groupement, à diriger son

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organisme et même son mental. Souvent ce mental lui échappe plus ou moins et il lui arrive, alors, de frôler le déséquilibre total ou la folie. En dehors des tares psychophysiologiques, le névropathe supérieur sent aussi obscu- . ément la limitation imposée par les sens et le cerveau, et c'est là, pour lui, sans même qu'il l'analyse bien, sa plus grande souffrance.

Quelle peine, en effet, dans cette limitation : dans la perception intuitive des facultés supérieures réelles mais échappant néanmoins à la libre disposition ; dans le besoin de ramener à un travail analytique concret de vastes pensées abstraites ; dans l'effort pour exprimer par des mots ce qui se conçoit si bien sans les mots ; dans la nécessité, de soumettre à ce qu'il y a de plus inférieur, le mécanisme organique, ce qu'il y a de plus élevé, le moi conscient !

Guyau a magniflquement fait ressortir ce point de vue : « Nous souffrons, écrit-il, d'une sorte d'hypertrophie de l'intelligence. Tous ceux qui travaillent de la pensée, tous ceux qui méditent sur la vie et la mort, tous ceux qui philosophent finissent par éprouver cette souffrance. Et il en est de même des vrais artistes, qui passent leur vie à essayer la réalisation d'un idéal plus ou moins inaccessible. On est attiré à la fois de tous les côtés, par toutes les sciences, par tous les arts ; on voudrait se donner à tous ; on est forcé de se retenir, de se partager. Il faut sentir son cerveau avide attirer à lui la sève de tout l'organisme, être forcé de le dompter, se résigner à végéter au lieu de vivre ! On ne s'y résigne pas, on aime mieux s'abandonner à la flamme intérieure qui consume. La pensée affaiblit graduellement, exagère le système nerveux, rend femme ; elle n'ôte pourtant rien à la volonté, qui reste virile, toujours tendue, inassouvie. De là des luttes longues, un malaise sans fin, une guerre 'de soi contre soi. Il faudrait choisir : avoir des muscles ou des nerfs, être homme ou femme ; le penseur, l'artiste n'est ni l'un ni l'autre.

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« Ah ! si, en une seule fois et d'un seul effort immense, nous pouvions arracher de nous-mêmes et mettre au jour le monde de pensées ou de sentiments que nous portons, comme on le ferait avec joie, avec volupté, dût notre organisme tout entier se briser dans ce déchirement d'une création ! Mais non, il faut se donner par petites fractions, se répandre goutte à goutte, subir toutes les interruptions de la vie. Peu à peu l'organisme s'épuise dans cette lutte de ridée avec le corps, puis l'intelligence elle-même se trouble, pâlit, comme une lumière vivante et souffrante qui tremble à un vent toujours plus âpre, jusqu'à ce que l'esprit vaincu s'affaisse sur lui-même. »

La coexistence des troubles névropathiques ou même de la folie avec l'inspiration géniale ne prouve donc pas que cette dernière dérive de ceux-là. Elle prouve simplement que le déséquilibre dans le groupement individuel, condition première de ses manifestations décentralisatrices, est à la base du génie. De fait, la décentralisation psychologique est parfois poussée à tel point chez l'homme de génie, qu'il lui arrive de se comporter comme un visionnaire ; d'extérioriser ses inspirations, de les objectiver jusqu'à l'hallucination.

Un type de névropathe non moins curieux que l'homme de génie est le médium.

Ge qui caractérise essentiellement le type médium, c'est Vexcessive tendance à la décentralisation dans son groupement individuel. C'est grâce à cette tendance que les phénomènes d'extériorisation ou d'action isolée des éléments constitutifs, la mise en jeu des réserves cryptoïdes et l'irruption du supranormal sont possibles.

La tendance décentralisatrice est l'origine des tares névropathiques habituelles ; mais de plus elle soustrait d'une manière anormale, plus forte que chez les autres névropathes, le groupement individuel à l'action directrice du

moi. Le médium nesl, pas maître chez lui : de là, au point de A'ue psychologique, une triple caractéristique :

■ — Il présente une grande impressionnabilité ;

— Il est très suggestible ;

— Il offre une instabilité extrême d'humeur et d'idées.

Cette caractéristique se retrouve, plus ou moins, chez tous les médiums, quelle que soit leur valeur intellectuelle.

L'instabilité psychologique des médiums n'empêche d'ailleurs ni la volonté d'être forte ni l'esprit de suite d'être remarquable, chez les médiums supérieurs du moins, mais Vun et l'autre ne sont tels que lorsqu'ils s appuient sur une suggestion ou une auto-suggestion.

En dehors de ces circonstances, d'étranges défaillances peuvent se manifester : les opinions du médium sont instables, éminemment accessibles aux influences ambiantes, quand il n'est pas sur ses gardes. On le voit, d'un jour à l'autre, de la meilleure foi du monde et avec une ardeur toujours nouvelle, soutenir des idées diamétralement opposées. Il lui arrive, d'ailleurs, dans un court espace de temps, de passer par des alternatives extrêmes dans l'expression de sentiments contradictoires.

L'impuissance régulatrice du moi sur le mental se manifeste par une grande tendance aux disjonctions dans ce dernier. Ces disjonctions aboutissent parfois à la formation de personnalités secondes, suivant un processus que nous étudierons plus loin ; plus fréquemment à des ébauches de dédoublement, grâce auxquelles le médium apparaît essentiellement complexe, difficile à juger, capable des actes et pensées les plus divers et les plus contradictoires.

Dans la vie de tous les jours, on observe constamment la prédominance brusque et dominatrice d'une idée, d'une impression, d'un sentiment. Aussitôt, toutes les forces psychologiques, échappant au contrôle du moi, se groupent autour de l'idée usurpatrice et lui donnent une force inal- Aendue.

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C'est pour cette raison que les médiums font de très bons comédiens.

Cette toute puissance d'une idée peut avoir des résultats féconds ; mais en général, la pseudo centralisation autour de l'idée dure peu. Une idée nouvelle prend la place de l'idée usurpatrice et détermine un nouveau groupement et une nouvelle impulsion. A la merci de l'impression du moment, le médium est en proie au déclancliement subit, disproportionné, des forces psychiques dans le sens donné par l'impression. Il échappe alors à toute influence extérieure comme à tout raisonnement. Dans ces moments, une contradiction extérieure n'est jamais accueillie.

La concentration des forces psychologiques autour d'idées incessamment renouvelées et immédiatement renforcées par cette concentration fait que les médiums, quand ils sont intellectuellement supérieurs, font de brillants causeurs et des improvisateurs hors ligne ; mais le fonds même de leurs productions intellectuelles est extrêmement variable : il varie de l'inspiration supérieure à la fluence banale, véritable incontinence de la pensée.

De même que les tares névropathiques des hommes de génie n'expliquent pas le génie, de même les caractères ou défauts psychologiques des médiums n'expliquent pas le mëdiumnisme. Elles en sont, simplement, l'accompagnement inévitable,

4° La neurasthénie

Il peut sembler bizarre de faire de la neurasthénie un état relevant du déséquilibre dans le groupement individuel.

Rien n'est plus vrai cependant.

La neurasthénie est essentiellement due à un rapport défectueux entre le dynamisme vital et l'organisme.

Le trouble ne saurait exister sans une prédisposition congénitale ; mais il est généralement déclanché par une cauF^' quelconque, une infection ou intoxication légère, un défa^"'

Dr Gustave Gtei-ey. IS

ae secrélion glandulaire, une petite lare organique, un élément réflexe. Quelle que soit ce l'épine » causale, il n'y a aucune proportion entre les symptômes et l'élément originel.

La défectuosité d'action du dynamisme vital se traduit, avant tout, par une impression de fatigue. Les fonctions vitales, l'usage régulier des organes, tout ce qui dans l'action physiologique, s'exécute généralement sans attention et sans peine, nécessite un effort douloureux chez le neurasthénique.

Le sommeil est troublé. Il y a toujours insomnie ou hypo-somnie n'interrompant pas complètement l'activité du cerveau. Aussi le sommeil n'est plus réparateur et le réveil est marqué par une grande fatigue. Dans le jour, le travail cérébral est lent, difficile, marqué par la difficulté d'associer les idées et de concentrer l'attention.

Le déséquilibre entre l'organisme et le dynamisme vital se répercute plus ou moins dans tout le groupement.

Ainsi, la neurasthénie n'est pas la conséquence de l'épuisement nerveux, qui est secondaire ; mais d'un trouble dans l'action du dynamisme vital sur le corps.

Pour guérir la neurasthénie, il ne s'agit pas de donner des u toniques ». Il faut, avant tout, régulariser les rapports de l'organisme avec le dynamisme vital, et en même temps supprimer le trouble organique causal.

Ce dernier point est actuellement accessible à la science médicale ; et en fait on améliore toujours la neurasthénie lorsqu'on arrive à connaître et a supprimer la cause originelle.

Le premier point, le plus important, la régulation du dynamisme vital dans ses rapports avec l'organisme, devra être étudié et découvert en se basant sur les notions nouvelles et la connaissance précise de ce dynamisme vital. On devra essayer probablement les agents physiques dont le dynamisme est si puissant. Déjà, l'héliothérapie, la vie

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\u grand air, jouent un rôle appréciable. Il y a là tout un vaste champ d'explorations.

La médiumnité curative mérite d'être sérieusement étudiée. Certains sujels semblent capables d'extérioriser partie de leur propre dynamisme vital pour renforcer le dynamisme vital défaillant de malades.

De là des cures surprenantes et qui dépassent même, peut-être, le cadre des maladies nerveuses.

5° L'Hystérie

L'hystérie est conditionnée par la désharmonie entre les principes constitutifs du groupement individuel et l'absence de subordination à la direction centrale du moi.

Au point de vue physique et physiologique, la désharmonie, l'absence d'affinité et de concordance entre les organes et le dynamisme vital expliquent toutes les tares polymorphes, toutes les localisations morbides : anesthésies, hyperesthésies, contractures, paralysies, troubles trophiques.

Les manifestations de la névrose seront instables et changeantes, précisément parce qu'elles ne sont pas des manifestations organiques mais des produits de l'insuffisance régulatrice du dynamisme vital.

Au point de vue psychologique, îa désharmonie entre le mental et le moi et l'impuissance directrice de ce dernier expliquent toutes les tares psychiques si connues et si banales. L'hystérique est généralement un névropathe inférieur, incapable de s'acquitter de sa tâche : c'est un mécanicien qui ne sait p<is conduire sa machine.

La suggesiibilité, le pithiatisme, sont corollaires de la débilité de îa direction du moi. Ils ne sont pas la cause mais la conséquence de l'état hystérique.

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6° La Folie

Faisons un pas de plus : supposons un déséquilibre nonplus relatif, mais absolu ou à peu près absolu ; un manque de direclion non plus incomplet, mais total, ou à peu prèstotal : nous avons la lolie.

La folie c'est, avant tout, lanarchie des éléments mentaux, sur lesquels le moi n'a plus d'action ; pas même le contrôle limité, caduc et intermittent qu'il garde encore dans l'hystérie.

L'anarchie mentale, par suppression du contrôle du moi, étant établie, que va-l-il se passer ?

Les fonctions psychiques, les facultés, les connaissances sont intactes, mais privées de direction. Elles peuvent n'accuser que de l'incohérence ; mais plus souvent la prédominance d'une idée, dun sentiment, d'un groupement psychique élémentaire s'établit tant bien que mal et tend à s'imposer. De là, le- troubles monoïdéiques et les délires systématisés.

Le déséquilibre mental n'est pas isolé : il s'accompagne toujours d'un déséquilibre total du groupement individuel, par suite de la solidarité fondamentale des principes constitutifs. La folie peut d'ailleurs être ascendante ou descendante, provenir du mental ou y aboutir. Très souvent, on le sait, elle est déclanchée par un trouble d'origine physiologique : toxique, infectieux ou réflexe atteignant le cerveau. Dans ces cas elle se traduira fréquemment par la confusion mentale ou par des phénomènes d'excitation maniaque ou de dépression mélancolique, alternant parfois dans le délire circulaire. L'hérédité habituelle de la folie prouve l'importance du facteur physiologique dans sa genèse.

D'autres fois, elle est d'origine purement mentale : dans ces cas elle est souvent incomplète. Il persiste alors un certain degré de contrôle du moi, insuffisant pour éviter

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la tendance au délire et la systématisation anormale autour d'une idée prédominante, mais suffisant pour laisser une apparence de raison et permettre la continuation de la vie psychique.

Il y a tous les degrés dans la folie d'origine mentale ; toutes les transitions entre le détraquement ébauché et la démence complète. Il n'y a pas seulement des demi-fous » il y a des « quarts et des dixièmes de fous. »

Le contrôle du moi sur son mental, dans la phase évolutive actuelle de l'humanité, est établi sur des bases si fragiles, qu'il s'affirme rarement avec 'régularité. En ce sens il n'est pas d'homme qui échappe complètement au déséquilibre mental. La folie ébauchée est presque la règle, et la santé psychique parfaite l'exception.

Qu'elle soit d'origine organique ou d'origine mentale, la folie essentielle n'est pas à proprement parler une maladie du cerveau. Elle est simplement le contrôle insuffisant ou nul du moi sur son mental. Les groupes élémentaires de ce dernier sont intacts et restent longtemps intacts. Toutefois, si le contrôle supérieur ne se rétablit pas, la désorganisation prolongée se répercute sur la fonction cérébrale et finit par s'y traduire par des lésions dégénératrices.

7° L'Hypnotisme

L'hypnotisme et ses modalités sont d'une interprétation extrêmement simple.

Ses manifestations sont analogues à celles de l'hystérie, avec la différence qu'elles sont artificielles et généralement amplifiées.

L'hypnose exige un certain état de prédisposition à la décentralisation, comme le médiumnisme.

Elle se réalise par une rupture factice dans l'équilibre du groupement individuel.

La cause réelle et vraio, In condition primordiale, c'est la décentralisation du groupement individuel.

Tous les phénomènes habituels se comprennent alors immédiatement : l'automatisme, la suggestibiiité, les modifications de la personnalité, la substitution à la direction centrale d'une direction usurpatrice intrinsèque ou extrinsèque, le monoïdéisme, etc..

Le psychisme cérébral, isolé, sera surtout remarquable par son automatisme et son extrême suggestibiiité. 31 constituera, dans ses manifestations, comme une sorte de subconscience inlérieure, passive, incapable d'aller audelà de l'acquis et de l'habitude.

Le psychisme extra-cérébral se manifestera par la cryptomnésie et la cryptopsychie, par sa complexité extrême, par son groupement en personnalités d'ordre très variable. Parfois enfin, il se révélera par ses capacités supérieures et par des éclairs supranormaux dus à la décentralisation et par suite à la diminution relative et momentanée de la limitation organique : l'hypnotisme est comme une porte entrouverte sur la portion cryptoïde du moi.

Quel rôle est dévolu à la suggestion dans la genèse de /nypnose ? Simplement celui d'un facteur fréquent, commode mais nullement indispensable. La suggestion, par elle-même, n'explique rien. Elle n'agit dailleurs que secondairement, par suite de la diminution ou de la suppression de la direction supérieure du moi sur le groupement individuel décentralisé. Elle peut agir, exceptionnellement, sur les éléments mentaux mais elle agit surtout, est-il besoin de le faire remarquer ? sur le psychisme cérébral.

L'état d'hypnose banal, celui (|ui est classique, est dû, ivnnt tout, à la sécession du bloc inférieur (dynamisme /ital et organisme) d'avec le bloc supérieur (mental et moi). Go bloc inférieur agit ou comme un automate ou comme im esclave sous la suggestion du magnétiseur.

Automatisme et toute puissance de la suggestion se comprennent ainsi sans peine.

l'interprétation de la psychologie 265

L'automatisme dans l'hypnose et le somnambulisme est remarquable par la periection des actes accomplis.

Dans « l'être subconscient » j'avais expliqué cette perfection par le fait que toutes les forces vitales, groupées autour d'une seule idée, sans réflexion et sans distraction, lui donnent une grande puissance et une grande sûreté. Cela est vrai, sans doute, mais il y a autre chose ; il y a comme une singulière régression de l'humanité à l'animalité : Le bloc inférieur, privé de la direction consciente, semble recouvrer alors, pour un temps, la sûreté caractéristique de r instinct animal.

8° Les altérations de la personnalité

Rien ne fait mieux ressortir la vérité de notre conception de l'individu que l'aisance avec laquelle elle va nous permettre de comprendre les altérations de la personnalité.

Ces manifestations ont été, jusqu'à présent, ou bien de pures énigmes, ou bien Torigine de pseudo-interprétations, les plus grossières ou les plus insensées, quand toutefois ces pseudo-interprétations n'aboutissaient pas simplement à un verbalisme imbécile, distinguant la subconscience de l'infraconscience, de la superconscience ou de la coconscience !

A la base du phénomène et comme cause originelle, on note la mise à l'écart de la direction centrale du moi :

Les personnalités factices sont dues à des manifestalions isolées dans le groupement psychologique séparé du moi.

L'activité isolée du psychisme cérébral se traduira soit par l'automatisme, soit par des pseudo personnalités d'origine suggestive, pseudo personnalités banales, d'ordre inférieur, sans originalité.

L'activité isolée des éléments mentaux du psychisme extra cérébral sera la source de la multiplication des personnalités dans^ ses modalités élevées et complexes.

2GG DE l'inconscient au conscjent

Le phénomène de dissociation mentale ébauchée, de tendance au dédoublement est tiéquenl dans la vie normale, par suite de la complexité du mental, de la prédominance alternative de certains groupements, parfois rivaux ou antagonistes et de l'impuissance relative du moi à les mettre d'accord.

-Mais dans les états anormaux et chez certains prédisposés, le dédoublement de la personnalité acquiert une puissance inattendue.

Pour que de véritables personnalités multiples apparaissent, deux conditions essentielles doivent se présenter :

— D'abord la laculté de décentralisation et l'instabilité de la direction centrale, l'impuissance de « l'autocratisme » individuel.

— Puis le délaut d'assimilation des éléments mentaux par le moi.

Cette seconde condition est capitale. Sans ce défaut d'assimilation, iî pourra y avoir décentralisation : il n'y aura pas apparition d'une « personnalité » digne de ce nom.

Nous avons vu que le moi garde en lui la notion intégrale des états de conscience et se les assimile. Si l'assimilation est imparfaite, les états de conscience conservent, avec leur autonomie, leur activité excentrique et centrifuge, avec tendance aux manifestations isolées et distinctes.

La genèse d'une personnalité seconde est alors facile à se représenter : Tout d'abord, il y a activité anormale, « bourgeonnement parasitaire » dans le mental. Un groupement mal assimilé se constituera autour d'une pensée particulièrement active, d'une émotion, d'une tendance, d'une impression, d'une suggestion ou d'une auto-suggestion. Ce groupement primaire, échappant en partie au contrôle directeur et centralisateur, attire autour de lui, par affinité, des éléments mentaux secondaires plus faibles.

Dès lors s'élaborera, dans les profondeurs du mental.

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