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L'INTERPRÉTATION DE LA PSYCHOLOGIE

une lutte latente et sourde entre le moi et la personnalité parasitaire. Le plus souvent, cette dernière, vaincue, se désagrège et s'assimile au moi. Mais parfois, par suite de l'impuissance directrice de ce dernier, soit qu'il soit faible par son niveau évolutif, soit que son action se trouve gênée par un manque d'affinité originel ou acquis ou par la -tendance congénitale du groupement à la décentralisation, la personnalité parasitaire prospère et se développe.

Elle groupe autour d'elle une part de plus en plus vaste des activités mentales, s'adjoint des éléments Imaginatifs, se fortifie par un exercice journalier et bientôt, une rupture sera possible : une confédération nouvelle se sera formée dans le mental ; une sécession d'avec le moi.

Dès lors, une lutte ouverte s'établira, avec résultats variables, retours de fortune, entre le moi et la ou les personnalités factices, pour Ja possession du pouvoir, pour l'intégrité ou les désagrégations partielles, pour la domination sur le champ psychologique.

Il n'est aucun cas connu de personnalités secondes qui ne soit explicable par ce processus.

On pourrait peut-être aller plus loin encore ; supposer un défaut d'assimilation des éléments mentaux par le moi, non seulement dans la période comprise depuis la naissance du groupement vital actuel, mais jusqu'en deçà de ce groupement, dans un groupement antérieur : dans cette hypothèse, qui aurait besoin d'être établie sur des faits, on reculerait encore, on élargirait formidablement la genèse possible des personnalités secondes.

Telle ou telle de ces personnalités secondes pourrait ainsi n'être que la « représentation » mal assimilée et restée autonome, du moi dans une vie précédente...

Parmi les personnalités secondes, une part toute spéciale doit être faite aux personnalités médinmniques. Par leur caractère d'autonomie, leur originalité, leur permanence, par leurs affirmations très spéciales aussi sur leur origine ;

enfin par les facultés supranormales dont elles font preuve parfois, elles doivent faire l'objet d'une élude séparée. Nous les considérerons en dernier lieu.

9° Le travail intellectuel et ses modalités. Le génie

Le travail intellectuel ordinaire est dû essentiellement à une collaboration étroite du psychisme cérébral et du psychisme supérieur.

Pendant l'étal de veille, chez l'homme normal, il y a fusion, union, homogénéité des deux psychismes, d'où productions régulières mais qualitativement limitées par les capacités cérébrales. Les facultés supérieures ne se manifestent guère que par les tendances innées, les capacités générales et le caractère de l'individu.

Pendant le repos du cerveau, l'activité psychique supérieure persiste, mais n'est guère perçue ou reste totalement latente. Son action se manifeste néanmoins dans le mécanisme si connu de l'élaboration subconsciente, qu'on attribuait à tort, nous l'avons vu, à l'automatisme du cerveau.

L'automatisme du cerveau n'apparaît que dans les rêves ordinaires, incohérents, futiles, d'ordre banal.

Les rêves logiques, cohérents ou géniaux sont dus à une répercussion accidentelle du psychisme supérieur, toujours actif bien qu'inaperçu, dans le psychisme cérébral.

A côté du rêve, se place la rêverie. La rêverie est due au relâchement de l'effort intellectuel et du contrôle précis du moi. Les idées se déroulent suivant des associations ou des affinités habituelles et le moi assiste à leur défilé comme à un spectacle. Il n'intervient guère, sinon de temps en temps pour écarter une idée pénible, orienter les idées dans le sens désiré ou lûcher In bride h des broderies Imaginatives.

Le travail intellectuel, pour donner tout son rondement, pour as.surer ù la collaboration et la direction du psychisme

l'interprétation de la psychologie 209

supérieur extra cérébral toute son activité, nécessite une diminution, un relâcliement de la centralisation du groupement individuel.

C'est pour cela que l'étendue de l'élaboration subconsciente et l'apparition de l'inspiration sont presque toujours associées aux états anormaux et névropathiques que conditionne cette décentralisation relative et momentanée.

11 semble par moments, que la limitation de l'Etre par la cérébration soit comme brisée : alors apparaissent les facultés supérieures, qui n'en resteront pas moins toujours gênées ou même déviées, par les alternatives d'effort, c'est-à-dire d'action centralisée, et de relâchement de la synthèse, seule capable de diminuer la limitation cérébrale.

La cryptopsychie et la crypiomiiésie, incompréhensibles par le fait des facultés cérébrales, s'expliquent très aisément par le fait du psychisme subconscient supérieur. Non accessibles, directement, à la volonté et à la connaissance de l'Etre borné normalement par ses limitations cérébrales, elles n'en contribuent pas moins largement, quoique d'une façon occulte, à élargir le champ de son activité psychique, dont elles constituent la meilleure part.

Uinnéité, les capacités non héréditaires, V inspiration, le talent ou le génie, se manifestant en dehors du travail volontaire, s'expliquent par la nature essentielle du psychisme subconscient et par son rôle dans l'origine, le développement et le fonctionnement de l'Etre normal.

L'inspiration est le produit de l'activité, libérée et accrue par cette libération, du psychisme supérieur extra cérébral. Mais cette activité, par la même cause qui la libère, la décentralisation, ne se répercute dans la conscience normale que par éclairs, par intervalles ou par fragments, avec inconstance et irrégularité.

Ce qu'on appelle *< travail inconscient » est d'ailleurs rarement inspiration pure. C'est le plus souvent, nous le répétons, le résultat d'une sorte de collaboration du psy-

chisine dit conscient et du psychisme subconscient supérieur.

Le conscient élabore ou amorce le travail ; mais la limitation des capacités cérébrales ne lui permet pas, en dépit de tous les efforts, de le mener à bien. Alors, la collaboralion avec le subconscient s'établit, d'une manière latente. Elle se poursuit même et surtout pendant le repos du cerveau ; car le subconscient est dégagé des contingences physiologiques de cet organe et au-dessus de ses limitations. Le caractère inaperçu de cette collaboration fait que leur résultat prend parfois l'apparence d'une révélation.

Le génie iieni de l'essence même du moi son pouvoir créateur. Il est bon de remarquer que, théoriqueînent, le génie n'implique pas forcément, pour ses manifestations, une évolution mentale supérieure. Il peut apparaître par éclairs et il s'observe, en réalité, à tous les degrés de l'échelle évolutive. Mais, pratiquement, pour donner une création durable, le génie nécessite des connaissances étendues des rapports des choses entre elles, connaissances conscientes ou suboonscientes qui impliquent une haute évolution antérieure. Il faut remarquer aussi que le génje n'implique pas la perfection. Le génie, dans ses diverses manifestations, scientifiques, philosophiques, artistiques, religieuses, etc.. n'est pas à l'abri des désharmonies et des erreurs. Le contrôle réfléchi lui est indispensable, comme nous l'avons montré plus haut. C'est pour cela qu'un homme de génie ne peut rien apporter d'utile à l'humanité s'il n'est pas, en même temps, un homme hautement évolué.

10° Le Supr anormal

Il en est de l'apparition du supranormal comme de celle de l'inspiration créatrice ou du génie : elle est conditionnée par un degré de décentralisation suffisant pour briser momentanément la limitation cérébrale de l'Etre.

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De la profondeur de la conscience subliminale jailliront alors parfois, comme d'une fenêtre brusquement ouverte dans le cadre opaque de cette limitation, des éclairs éblouissants, quoique éphémères, de divination ; apparaîtront les capacités d'action mento-mentale, où se feront jour des pouvoirs supérieurs à la matière et dégagés des contingences de temps et d'espace.

Ces capacités lucides, ces pouvoirs en apparence illimités, n'ont en réalité rien de merveilleux ou, du moins, ils ne sont ni plus ni moins merveilleux que tous les phénomènes de la vie et de la pensée.

Entre le normal et le supranormal, il ny a pas de ligne de démarcation, de frontière séparaiive ; l'un et l'autre relèvent des processus vitaux et leur seule différence vient de ce que le premier nous est familier, ce qui nous donne l'illusion de l'avoir compris ; tandis que le second tient son caractère occulte de ce qu'il était ignoré.

î.e supranormal physiologique présente exactement le même mystère que îe normal physiologique : la formation normale d'un organisme vivant n'est ni plus ni moins merveilleuse, ni plus ni moins compréhensible que la formalion anormale du médiumnisme. C'est, nous le répétons, le même miracle idéoplastique qui forme, aux dépens du corps maternel, les mains, le visage, tous les tissus, l'organisme entier de Tenfant ; ou, aux dépens du corps du médium, les mains, le visage ou l'organisme entier d'une « matérialisation ».

Le supranormal psychologique lui-même n'est qu'une face, la face cachée, du conditionnement normal de l'Etre dont sa conscience apparente n'est que le reflet limité de sa conscience totale. Il y a le même mystère dans la création géniale et dans la lucidité, la même indépendance des contingences, le même reflet divin. ,

Dans l'ensemble des phénomènes de la vie, de la conscience, de l'évolution de TEtre, on ne comprend rien ou bien Von comprend tout. On ne comprend rien, si on veut

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ramener tout l'Etre à l'un de ses principes, surtout au plus grossier, l'organisme matériel ; on comprend tout lorsqu'on envisage le moi divin et permanent dans ses objectivations passagères et diverses.

En somme, il n'y a pas de supranormal ; comme il n'y a pas de miracles ! Le supranormal n'est que la manifestation inhabituelle, élargie par la décentralisation, du moi se révélant dans toutes ses capacités, même les plus supérieures et les plus latentes ; tandis que la vie psychique normale ne comporte que ses manifestations étroites, strictement rétrécies au champ matériel, aux représentations.

La connaissance du « supranormal » prouve simplement qu'il y a, dans le moi, des capacités supérieures inutilisées et inutilisables pendant l'objectivation terrestre, facultés d'action mento-mentale, facultés extra-sensorielles, facultés de divination synthétique et de clairvoyance, enfin facultés dominatrices sur la matière.

On peut admettre, avec Myers, que ces facultés supérieures, qui échappent entièrement à notre volonté pendant la vie terrestre, qui nous sont accessibles d'une manière relative et fragmentaire, à mesure que diminue dans la décentralisation anormale la limitation organique, nous sont accessibles d'une manière plus complète, après la rupture finale de cette limitation par la mort. De plus et surtout, il semble évident que ces facultés, en voie de culture, seront un jour pleinement soumises au moi. Leur usage régulier et normal marquera la vie supérieure, idéalement évoluée, ou la conscience aura établi son triomphe complet sur l'inconf^cience originelle. Alors, il n'y aura plus de (( limitation » du moi par le groupement individuel qu'il dirige. Le moi connaîtra tout et pourra tout : Il aura vraiment réalisé ses potentialités diverses et infinies.

11° Le Médiumnisme

Le médinmnisme pose de grands problèmes ; mais ces

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problèmes sont relativement simples si nous nous reportons aux notions précédentes :

Le mécanisme de l'action médiumnique peut se résumer ainsi : décentralisalion dans le groupement individuel du médium et manilestations isolées des portions décentralisées.

Tantôt ces manifestations isolées s'exécutent dans le groupement même, intrinsèquement ; tantôt elles s'exécutent extrinsèquement, par une véritable extériorisation.

On voit quel champ immense est capable d'embrasser l'action médiumnique :

— Extériorisations motrices, sensorielles, dynamiques, intellectuelles ;

— Automatismes divers :

— Manifestations d'ordre psychologique d'une immense variété ;

— Action isolée du psychisme cérébral ; disjonctions dans le mental avec personnifications de nature et de niveau variable ; manifestations pithialiques ou suggestives ; manifestations cryptospychiques, et cryptomnésiques ; manifestations dites supranormales.

Ainsi compris, le médiumnisme est un monde ; monde défiant toute exploration partielle et fragmentaire, se dérobant à toute vision de détail, mais se révélant, dans la majestueuse constitution complexe de l'Etre, à la haute et claire vision d'ensemble.

Vouloir expliquer le médiumnisme par des séries d'hypothèses fragmentaires, adaptées seulement à quelquesuns de ses casiers, comme le font certains psychistes, est une entreprise insensée. Aucune des explications partielles ou de détail n'a, ne peut avoir la moindre valeur. On ne peut comprendre le médiumnisme, dans sa prodigieuse diversité, que par la connaissance de ce qu'est l'individu, de ce qu'est son groupement individuel, avec, ses possibilités de dissociation relative et momentanée ; par la notion

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surtout de son essence métaphysique, du dynamo-psychisme créateur objectivé en lui.

Si l'on part de cette conception nouvelle du moi et dans ce cas seulement, il devient aisé de comprendre, dans son infinie diversité, l'action médiumnique.

Cependant, à propos du médiumnisme, il reste et restera, toujours des questions sujettes à controverses, même si l'on part des notions précises, ci-dessus exposées, sur la constitution de l'Etre.

Parmi ces questions réservées, deux surtout prêtent àdiscussion : celle des personnalités médiumniques et celle des enseignements donnés par ces personnalités.

1. Personnalités médiumniques. — Dans toute manifestation d'ordre médiumnique, s'observe une tendance extrêmement marquée à la » personnification ». Les disjonctions mentales, les extériorisations, les phénomènes cryptomnésiques ou cryptopsychiques, les pouvoirs supérieurssur la matière ne sont généralement pas incohérents ou anarchiques ; ils dénotent un but, ils révèlent une direction. Cette direction est celle d'une personnalité seconde, en apparence distincte du moi.

Souvent la personnalité médiumnique est insignifianteet éphémère.

De même que la menue monnaie du médiumnisme (phénomènes élémentaires d'extériorisation ou ébauches d'action mento-mentale ou de clairvoyance) sont choses courantes dans l'existence, même normale, des médiums, ainsi la tendance aux disjonctions mentales cl aux pcrsonnilicalions autonomes apparaît comme un phénomène banal et sans intérêt.

Mais, dans ralmosphère favorable créée par les séances spiritiques ou à la suite d'entraînement et d'exercice, ou spontanément parfois, les manifestations se précisent et s'accentuent, et la personnification directrice accjuiert alors-

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une puissance parfois extrêmement remarquable et digne de la plus grande attention.

Quelle est l'origine et la nature des personnalités médiumniques ? Dans les disjonctions ordinaires, les personnalités secondes, que nous avons vu apparaître par la décentralisation mentale, se comportent généralement comme des personnalités usurpatrices dans le moi. Elles semblent aspirer à remplacer l'autocratie légitime. Elles déclarent être le vrai moi. Dans le médiumnisme, leur allure est différente : elles déclarent être étrangères au moi. ; elles se donnent comme des entités distinctes : généralement, du moins de nos jours et en occident, comme les « esprits » des morts, et disent n'emprunter au médium que le dynamisme vital et les éléments organiques qui leur manquent pour agir sur le plan matériel.

Les preuves données par les personnalités médiumniques, à l'appui de leur dire, sont le plus souvent très vagues et ne résistent pas à l'examen ; mais parfois elles sont singulièrement nettes. Il s'agit du rappel de la caractéristique du défunt, de souvenirs personnels dans des détails ignorés et minutieux, de sa langue maternelle, de ses traits en cas de téléplastie, de sa signature, etc..

Que penser de cette affirmation ? Est-elle toujours fausse' ? Le médiumnisme n'est-il que le domaine du mensonge et de l'illusion ? C'est ce que ne craignent pas d'affirmer nombre de psychistes. Ecoutons leur argumentalion :

« Les personnalités médiumniques, disent-ils, peuvent parfaitement n'être, en dépit de leurs affirmations, que des personnalités secondes : Leur genèse, analogue à celle de ces dernières, débutant par une suggestion ou une autosuggestion, consciente ou subconsciente, leur développement, leur enrichissement obéirait au même mécanisme.

(f Aucune des preuves d'autonomie et d'indépendance ne saurait être formelle : la différence psychologique de facultés et connaissances avec celles du médium peut s'ex-

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pliquer simplement par la complexité du mental et l'étendue de la cryptopsychie ; les contradictions d'idées, de caractère, de volonté, peuvent représenter simplement des tendances intimes refoulées par la vie journalière, et se faisant jour avec violence parla soupape du médiumnisme; le supranormal peut appartenir au subconscient médiumnique.

u Aucune des preuves dideniité rie saurait être pleinement convaincante : l'origine de ioutes les connaissances, même les plus inattendues et les plus secrètes, même celle d'une langue ignorée du médium peut être dans la cryptomnésie, l'action mento-mentale ou la clairvoyance.

« Les preuves nouvelles inventées par les cliercheui's anglo-américains (correspondances croisées, communications de la même entité à divers médiums isolés et sans rapports) sont évidemment, au premier abord, déconcertantes et redoutables à notre thèse. Il est clair que des faits aussi précis et extraoïrdinaires que ceux observés, par exemple, par Mme de W. (1), semblent indiquer une volonté directrice bien indépendante et autonome. Mais n'estce pas là encore une illusion ? Qui sait si la personnalité n'arrive pas à acquérir, par la culture médiumnique, en plus d'une grande autonomie, un dynamisme passager, au moins pendant la durée de l'expérience, dynamisme emprunté au médium même et lui permettant alors une action à distance sur des médiums différents ?... »

Tout est possible, en effet. Mais il ne faut jamais oublier, quand on raisonne sur le médiumnisme, de tenir compte de toutes les notions que nous avons établies sur la nature et la constitution individuelle. Ces notions (]ui, acceptées intégralement, nous ont permis de sortir de l'abîme obscur, du chaos de la psycho-physiologie classique, de compren-

(1) (( Annales des sciences paycbiques » : Contribution à VétitHe dts correspondances croisées.

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dre enfin le sens et la nature de lEtre et de l'Univers, permettent en outre d'aHimier la survivance du moi et son éternelle évolution de i Inconscient au Conscient.

Que le moi préexiste et survive au groupement qu'il dirige pendant la durée d'une vie terrestre ; qu'il survive spécialement à l'organisme, son objectivation inférieure pendant cette vie, cela ne saurait faire de doute ; cela doit être admis, sinon comme une certitude mathématique, du moins comme le résultat d'un calcul de lorte probabilité .

La rnanifcstation, sur le plan matériel, à l'aide d'éléments dynamiques et organiques empruntés au médium, d'un (( esprit désincarné » apparaît dès lors comme une indéniable possibilité.

En présence donc d'un fait d'apparence spiritique, une seule attitude s'impose au psychiste instruit : celle de prendre pour guide le bon sens. C'est au bon sens, au sain jugement, d'apprécier les affirmations du communicateur.

C'est au nom du bon sens, que les psychistes anglo-américains, au courant de toutes les subtilités déconcertantes des interprétations du médiumnisme intellectuel, ont fini, de guerre lasse, et avec un ensemble impressionnant, par accepter les affirmations catégoriques et répétées des communicateurs.

Après Hodgson, parti d'un scepticisme absolu et déclarant, après 12 ans d'études, qu'il n'y avait plus place, dans son esprit, même pour la possibilifé d'un doute sur la survivance et sur la réalité des communications entre vivanits et morts ; Hyslop, Myers et récemment 0. Lodge ont proclamé très haut la même conviction.

Je laisse au lecteur, désireux de se faire une opinion réfléchie, le soin de lire les publications de ces psychologues et d'apprécier la valeur de leur argumentation (1).

(1) Ckjnâulter surtout Les « Proceedings )> des sociétés angl«-*méricaiue.. d'études psychiques et le livre récent d'Oliver Lodge : « Raymond ».

27S Di: l'inconsciknt au conscient

S il m'était permis de donner une imprécision personnelle sur ce que j'ai observé dans le domaine du médiumnismc, je dirais : alors même qu'on ne saurait, dans un cas donné, aiiîrmer la certitude scientilîque d'une intervention spiritique, on se trouve obligé, bon gré mal grC,, de reconnaître en bloc, la possibilité de cette nitervention. Pour moi je considère comme probable l'action, dans le médiumnisme, d'entités intelligentes distinctes du médium. Je me base pour cela, non seulement sur les preuves prétendues d'identité données par les communicateurs, preuves sujettes à controverse ; mais sur la nature même des phénomènes élevés et complexes du médiumnisme. Ces phénomènes élevés et complexes démontrent, souvent, une direction, une intention quon ne peut, sans induction arbitraire, rapporter eu médium ou aux expérimentateurs. Nous n'arrivons à en trouver l'origine ni dans la conscience normale du sujet, ni dans sa conscience somnambuhque ni dans ses impressions, ses désirs ou ses craintes, directs ou indirects, suggérés ou volontaires. Nous ne pouvons ni provoquer les phénomènes, ni les modifier. Tout se passe réellement comme si l'intelligence directrice était indépendante et autonome. Ce n'est pas tout : Cette intelligence directrice, elle, semble souvent connaître, dans une mesure profonde, ce que nous ignorons ; savoir distinguer ce qui est essence des choses et représentations ; le savoir assez pour être capable de modifier les rapports régissant normalement les représentations, et cela, à son gré, dans l'espace et le temps. En un mot, les phénomènes élevés du médiumnisme paraissent indiquer, nécessiter, proclamer une direction, une connaissance, une puissance dépassant les /acuités, mêmes subconscientes, des médiums.

Telle est du moins l'impression profonde que je gard( de mes expériences comme du récit de certaines expériences d'autres métapsychisles. On comprendrait alors, si mon impression est juste, pourquoi certaines séries (Va

périences célèbres, telles que celles de Crookes ou de FU

l'interprétation de la psychologie 279

cliel, semblent n'avoir eu qu'un but : apporter à des savants éminents une conviction inattendue, par les procédés susceptibles de les frapper davantage.

2. En ce qui concerne les « enseignements » donnés par les communicateurs, les difficultés d'appréciation ne sont pas moindres.

Ces enseignements sont de nature et de valeur trop variables pour servir de base à des convictions rationnelles.

Leurs contradictions, que M. Maxwell (1) s'est efforcé de faire ressortir, sont déconcertantes pour qui voudrait se baser uniquement sur elles. Mais ce qui n'est pas moins évident, c'est que ces contradictions sont naturelles et inévitables.

Eli effet, en tenant compte, toujours, des notions précédeiiles, on peut concevoir, à une communication médiumnique, deux origines :

A) La communication peut provenir exclusivement du médium :

Elle peut êlre due soit à l'automatisme cérébral, soit à une disjonction mentale et à une personnification factice, soit à une manifestation cryptomnésique ou cryptopsychique... On comprend alors combien sa valeur peut être variable. Le médiumnisme intellectuel sera tantôt la source de divinations ou de révélations merveilleuses, tantôt et plus souvent de banalités, de mensonges et d'erreurs. Il pourra révéler une inspiration supérieure ; il pourra aussi étaler une déconcertante et niaise incohérence. Il y a tous les degrés, toutes les catégories dans les produits de la disjonction du mental : seuls les ignorants pourront désormais s'en étonner et s'en émouvoir.

« Nous sommes dans notre corps, écrit poétiquement Maeterlinck (2), des prisonniers, profondément ensevelis avec lesquels il (le moi réel, l'hôte inconnu) ne communique

(1) Maxwell : a Les phénomènes psychiques »„

(2) Maeterlinck : (( L'hôte inconnu ».

280 DE l'inconscient au conscij:nt

pas quand il veut. Il rode autour des murs, il crie, il avertit, il frappe à toutes les portes ; mais rien ne nous parvient qu'une inquiétude vague, un murmure indistinct que nous traduit parfois un geôlier mal éveillé et d'ailleurs, comme nous, captif jusqu'à la mort... En d'autres termes, et pour parler sans métaphores, c'est le médium qui tire, de son langage habituel et de celui que lui suggère l'assistance, de quoi revêtir et identifier les pressentiments, les visions aux formes insolites qui sortent il ne sait d'où. »

Cet hôte inconnu, cet Etre subconscient, n'est pas en réalité un être homogène et un. Il faudrait plutôt l'appeler « le complexus subconscient », capable de se révéler à nous dans les formes et avec les attributs les plus divers.

Uuniié n appartient qu'au moi réel, distinct des processus mentaux autant que du revêtement organique, mais gardant en lui la totalité mnésique des représentations.

Pour que le moi, soustrait à la limitation organique, arrive à se révéler dans ses capacités supérieures, et dans l'immensité de ses acquisitions conscientielles latentes, il faut qu'il se rende suffisamment maître de son mental décentralisé.

Une pareille condition est rarement réalisée et c'est pourquoi, le plus souvent, les manifestations cryptopsychiques sont fragmentaires et déviées.

B) Si la communication provient d'une intelligence disiincle du médium, elle ne pourra être elle-même, le plus souvent et dans une mesure très variable, que fragmentaire et faussée.

En passant par le canal médiumnique, elle sera forcément limitée par le mental et la cérébration du médium. Alors que l'inspiration subconsciente infi'insèque ellemême a déjà tant de peine à se répercuter intacte dans le cerveau, à plus forte raison une inspiration extrinsèque sera-t-elle bornée, diminuée ou déformée.

Ce n'est pas tout : par le seul fait de se communiquer, le communicateur subit un trouble ps3<'hi(ino oxpressônuMit

l'interprétation de la psychologie 281

noté par tous les cheircheurs, spécialement par les Anglo- Américains. En empruntant la substance du médium, l'Etre se limite, comme il se limite, à la naissance, en, se formant un corps avec la substance maternelle. Il subit, par le fait de la communication sur le plan matériel, une sorte de réincarnation relative et momentanée, accompagnée, dans une certaine mesure, comme la réincarnation normale, de l'oubli de sa situation réelle et de la mise en réserve de la majeure partie de ses acquisitions conscienticlks.

Si l'on admet la manifestation spiritique, on est obligé de penser que, pendant le cours de sa manifestation par l'intermédiaire du médium, l'Etre se trouve irrésistiblement ramené aux conditions qui le caractérisaient de son vivant.

C'est pour ces raisons, en vertu de ces difficultés primordiales, que les communicateurs peuvent abonder en détails sur leur identité et si difficilement donner des notions précises sur leur situation réelle.

Ces notions, si elles étaient exactes, tendraient à établir l'existence d'un « au-delà » assez peu dissemblable de « l'en deçà ». La « représentation » que s'en ferait l'esprit désincarné rappellerait du moins, sur des « plans » plus subtils et rapportables à ce que nous avons vu de la constitution individuelle, la « représentation » que se fait le moi incarné du monde matériel.

Les renseignem.ents relatifs à l'évolution, au passage de « l'inconscient au conscient » sont plus précis.

Si Von ne tient compte, comme il est logique, que des messages portant la marque cVune inspiration élevée et d'une volonté supérieure, on voit s'évanouir la plupart des contradictions .

Toutes les communications élevées, toutes, sans exceptions, affirment la survivance de ce qu'il y a d'essentiel dans le moi, et l'évolution indéfinie vers plus de conscience et plus de perfection. Toutes placent l'idéal et la fin de

l'humanité au-dessus de tous les dogmatismes. Toutes proclament une morale supérieure de bonté et de justice.

L'évolution progressive de l'inconscient au conscient, n'est pas toujours, cependant, rapportée à la palingénésie. La pluralité des existences nest ianiais niée, dans les communications élevées^ mais elle est souvent sous entendue. Ainsi en est-il dans les admirables messages reçus par Stainton Moses (1).

Peu importe d'ailleurs. Il est évidemment prudent de ne tenir compte, dans la philosophie de l'évolution individuelle, que des faits et des inductions rationnelles.

C'est suir eux que doit reposer la souveraine beauté et l'éclatante vérité de l'évolution palingénésique. Il n^est nul besoin d'autre révélation.

(1) Enseignements spiritualistes.

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