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CHAPITRE PREMIER

LE PASSAGE DE L'INCONSCIENT Al CONSCIENT DANS L'UNIVERS

1° L'univers conçu comme dynamo-psychisme essentiel

ET comme représentation

Nous pouvons maintenant, par une vaste induction, reporter à l'univers ce que nous savons de l'individu ; car ce qui est démontré pour l'individu, le microcosme, ne peut qu'être vraisemblable pour l'univers, le macrocosme.

De même que l'individu, l'univers doit être conçu comme représentation temporaire et comme dynamo-psychisme essentiel et réel.

De même que l'organisme de l'individu n'est qu'un produit idéoplastique de son dynamo-psychisme essentiel, de même l'univers n'apparaît que comme la formidable matérialisation de la potentialité créatrice.

Enfin, de mêmxe que l'individu, l'univers passe, par l'évolution, du fait des expériences acquises dans et par les représentations, de l'inconscient au conscient.

2° L'évolution, c'est l'acquisition de la conscience

Considérons l'évolution ainsi comprise :

Dans l'Etre, nous avons vu le dynamo-psychisme inconscient originel et créateur enrichi et éclairé, pour ainsi dire, par les acquisitions conscientes. Nous avons noté la tendance progressive et indéfinie à une union, uns fusion harmonieuse de l'inconscient et du conscient et nous avons pu induire que la multiplicité des expériences évolutives, intégralement conservées et transmuées en même temps en capacités nouvelles, avait pour résultat la réalisation de

plus en plus vaste de la conscience et sa résorption en elle de l'inconscience priniilive.

Dans l'univers évoluant, il est évidemment de même. D'abord il représente comme un océan d'inconscience ■ puis, de cet océan d'inconscience, émergent peu à peu des îlots ou des « icebergs » de conscience. (3es îlots sont d'abord infimes, rares et isolés ; les flots de l'inconscience les dominent et les recouvrent sans cesse. Mais la poussée évolutive continue : les îlots grandissent, se multiplient, se joignent. Ils forment des continents déjà vastes et élevés, dont le sommet rayonne dans la conscience. Mais leur base et leur assise plongent toujours dans l'inconscience dont ils sont issus et dont ils partagent la nature.

Plus tard, dans les phases évolutives supérieures, le domaine de la conscience aura résorbé en lui, à son tour, l'océan primitif de l'inconscience dont il est sorti.

Que ces diverses propositions soient d'ordre philosophique, cela est indéniable ; mais elles ne sont pas métaphysiques, dans le sens propre du mot ; parce que leur base est scientifique et rationnelle.

Quand on dit : révolution est le passage d\in dynamopsychisme potentiel et inconscient à un dynamo-psychisme réalisé et conscient, on ne fait pas de la métaphysique : on exprime simplement, dans un langage philosophique, une évidente vérité scientifique ; on tire, de constatations indéniables, un enseignement général d'ordre plus élevé.

3° Les lois f.volutives, le problème de la finalité.

Considérons l'évolution dans ses détails : nous verrons ce passage s'effectuer très simplement.

La poussée évolutive primitive, qui se manifeste par l'apparition des formes végétales et des formes animales inférieures, est évidemment inconsciente.

Les expériences de do Vries montrent en oï{c[ qu'elle est anarchique et désordonnée. 11 y a comnK^ une exubérance de vie manifestée dans tous les sens.

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Mais les lacteiirs secondaires, surtout la sélection et J 'adaptation, apparus en même temps que les formes ellesmêmes, jouent leur rôle. Ils" ne l'ont pas l'évolution, mais l'évolution se fait désormais conformément à leur in£luence.

Ces i'acleurs secondaires font disparaître ou prospérer les formes apparues. Ils aident, en le régularisant, le processus évolutif.

A cette phase primitive en succède une seconde : dès qu'un rudiment de conscience est apparu, il joue un rôle. La conscience acquise se réserve dans l'inconscient : elle le léconde et l'éclairé.

Dès lors la poussée créatrice n'est plus anarchique : elle se régularise et se concentre peu à peu ; elle obéit, dans une certaine mesure, aux nécessités ambiantes pour faciliter l'adaptation.

Toutefois elle n'est nullement consciente encore : l'apparition même des grandes espèces, le passage du poisson au batracien, du reptile à l'oiseau, de l'anthropopithèque à l'homme n'a pas été un passage délibérément voulu. Le poisson ne pouvait pas comprendre que la forme batracien est une forme relativement supérieure ; le reptile n'a pas désiré consciemment acquérir des ailes et devenir oiseau ; l'anthropopithèque n'a pas compris que l'espèce homme comporterait une somme plus élevée de réalisations psychiques.

Mais ces passages se sont faits comme sous l'influence obscure d'un besom ; comme si la fonction, potentiellement antérieure à l'organe, avait conditionné l'organe qui allait apparaître ; comme si, en un mot, l'évolution avait obéi à un instinct merveilleux.

S'il y a encore, à cette phase évolutive, des tâtonnements cl des erreurs, c'est parce que l'instinct n'est pas infaillible.

Dans la collectivité comme dans l'individu, l'instinct représente la première manifestation du subconscient. Dans la collectivité comme dans l'individu, le subconscient appa-

rait comme l'intermédiaire entre l'inconscient primiiil et le conscient lutur.

Le subconscient n'est plus l'inconscient obscur et chaotique ; il est l'inconscient éclairé déjà par le reflet du conscient réalisé.

De l'inconscient, il tient toutes les potentialités ; du conscient il tient la connaissance générale acquise grâce aux « expériences » vitales et les aspirations réfléchies ou instinctives à la lumière.

Les reversions du conscient dans l'inconscient, que nous avons étudiées chez l'individu, dépassent largement les limites de l'individualité. Grâce à la solidarité essentielle du tout, le conscient acquis individuellement se reverse, en même temps que dans l'inconscient individuel, dans tout V inconscient collectil.

Dès lors, l'évolution des espèces, même inférieures, se trouve guidée, dans une certaine mesure, par une influence supérieure et profonde qui les fait participer au progrès général réalisé.

On comprend ainsi l'apparition des principales espèces et des principaux instincts comme obéissant à une sorte de linalité ; finalité non pas primitive mais acquise.

A l'origine de ces principales espèces et de ces principaux instincts, il y a conime un elfort d'activité subconsciente « lucide » qui les crée dans une forme et une caractéristique données, avec leurs capacités et aussi leur limitation dans l'espace et dans le temps. Cet elfort d'activité subconsciente lucide se trouve toujours, dans une large mesure, grâce à la linalité acquise, en concordance avec les nécessités de Vambiance où doivent évoluer les nouvelles espèces.

La création d'une espèce apparaît, en un mot, comme une réalisation géniale de l'inconscient évoluant vers le conscient.

Finalité acquise, telle est la clef de l'énigme transformiste.

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L'évolution, dans son ensemble comme dans ses parties, révèle une finalité évidente, finalité dont la sélection, l'adaptation ni les autres facteurs classiques ne peuvent, nous l'avons vu, rendre compte suffisamment. Mais cette finalité évidente n'est sûrement pas une finalité préétablie, car alors le plan suivant lequel elle se révèle ne comporterait pas de tâtonnements ni d'erreurs.

Il s'agit d'une finalité acquise, linaliié relative, explicable par les reversions du conscient dans l'inconscient et simplement proportionnelle au niveau collectil de conscience atteint.

La finalité acquise permet seule, par l'adaptation idéale quelle comporte, le jeu complet des facteurs classiques, sélection naturelle, influence ambiante, sélection sexuelle, ségrégation, isolement, migrations, etc. Seule elle explique comment les formes de vie les plus diverses apparaissent partout où la vie est possible, dans les eaux, sur terre ou dans les airs ; seule elle fait comprendre la variété infinie de ces formes de vie, et leur étroite spécialisation. Seule elle permet de comprendre comment l'apparition et le développement des organes nouveaux correspond avec précision à des besoins précis.

Seule aussi, elle explique comment le développement de ces organes va parfois au-delà du besoin et s'effectue en dehors même des adaptations, comme on le constate par exemple pour les caractères ornementaux.

La tendance à la conscience n'est pas, en effet, seulement la tendance à l'intelligence, mais la tendance à tout ce qui constitue le psychisme conscient y compris le sens allectif et le sens esthétique. L'instinct affectif et esthétique, réalisé chez les individus les plus évolués et reversé dans l'inconscient collectif se retrouve, comme l'insfinct de perfectionnement organique, dans la finalité acquise et joue un rôle important.

Seule enfin la relativité de puissance de la finalité ac-

quise fait comprendre les erreurs, les tâtonnements, les régressions.

Dans celte longue phase évolutive, l'inconscient pur n'est plus représenté que par l'automatisme des grandes fonctions vitales et surtout par ses potentialités infinies. Le subconscient prédomine :

Chez les inverléhrés, il joue un rôle presque exclusif. Ces animaux agissent à peu près en dehors de tout raisonnement, et guidés surtout par leur instinct.

Chez les vertébrés, il y a déjà de larges « franges » d'intelligence. Ces franges ne sont pas, comme le voudrait Bergson, un « déchet » abandonné dans le passage de l'animal à l'homme : il n'y a pas de déchet dans l'évolution. Ces franges d'intelligence sont l'ébauche de la conscience.

Au fur et à mesure de l'accumulation des expériences vitales et psychologiques et de leur réversion dans le subconscient qu'elles illuminent progressivement, la conscience se développe.

Chez l'animal supérieur, cheval, chien, singe, éléphant, etc.. la réalisation conscientielle a fait un immense progrès. Les facultés de logique et de raisonnement jouent déjà un rôle important.

En même temps, le rôle apparent de l'instinct diminue. Ses manifestations ne sont plus continues et dominatrices ; elles deviennent limitées et intermittentes. La conscience tend, en eflet,, au fur et à mesure de sa réalisation, à briser les bornes ou la tyrannie exclusive de Vinstinct enlermait Vactivité de Vêlre^ et à se substituer à lui. La prédominance des facultés de logique et de raisonnement sur l'instinct est indispensable pour l'évolution à la conscience ; tandis que l'usage exclusif de l'instinct ou simplement sa prédominance impliquent la stagnation du progrès intellectuel.

Le témoignage de l'insecte, que nous avons déjà eu l'occasion d'invoquer à un autre point de vue, va encore illustrer notre pensée ; il prouve que le progrès organique

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ef. la complexité corporelle ne sont pas étroitement associép au progrès mental. L'insecte est très évolué physiquement et très en retard au point de vue conscientiel. La prédominance exclusive de l'instinct a freiné chez lui l'accession à la conscience. Il y a donc eu là, de la part de la nature, comme un aiguillage sur une fausse voie.

Il faut, il est indispensable que l'instinct, sûr mais borné, fasse place à la raison hésitante et faillible, mais infinie du moins dans ses capacités de développement.

Il est indispensable, de plus, que l'instinct évolue en se transformant, fécondé par l'acquisition conscientielle. C'est ce qui s'est produit dans le passage de l'animalité à l'humanité.

Chez l'homme, en effet, l'instinct se dédouble. Il reste en lui un instinct animal, physiologique, qui joue un rôle de moins en moins important. Puis et surtout, il y a un instinct supérieur, qui n'est autre que Vintuition.

L'intuition, c'est l'instinct rénové, idéalisé, transmué.

Dès qu'il est apparu, le conscient a joué un rôle considérable. Conditionné par le subconscient, il le conditionne à son tour. Il reçoit de lui ses principales capacités et il reporte en lui ses nouvelles acquisitions, en lui laissant le soin de les conserver et de les transmuer en capacités nouvelles.

Mais le conscient est encore très limité, par les conditions mêmes de l'organisation cérébrale, instrument de Tactivité psychique sur le plan physique. Il ne peut utiliser qu'en partie les potentialités inconscientes. Il ne peut surtout rien savoir ou à peu près, des réserves cryptomnésiques. // ne se connaît pas lui-même.

Le résultat de cette limitation et de cette ignorance est de favoriser l'évolution en imposant des efforts multiples et dans tous les sens, en provoquant de nouvelles et multiples expériences ; tandis que la connaissance de l'état réel et les souvenirs passés seraient, dans la phase évolutive actuelle, pour l'Etre pensant, une gêne et un frein ; de D' GkrsTAVB Gelet. 20

mèiiie que rasage leguiicr des hautes capacués subconscienles limiterait leflort.

Mais celle limitation, cette ignorance ne seront que passagères : toute l'évolution reste gravée dans les parties comme dans le tout.

L'interpénétration, de plus en plus marquée, du subconscient et du conscient amènera nécessairement, dans les phases évolutives supérieures, une lusion parlaite. La mémoire complète du passé évolutif, la libre disposition des capacités originelles et acquises, la connaissance étendue de l'univers et la solution des plus haut problèmes métaphysiques deviendront choses régulières et normales. (( L'Inconscient » sera devenu le « Conscient ».

Si nous voulons contempler, d'un coup d'œil, le spectacle de l'évolution tel qu'il s'offre à nous à la lumière des notions nouvelles, nous verrons la réalisation organique s'effectuer, suivant la comparaison classique, dans un immense arbre de vie et non pas, comme le voudrait Bergson, dans un feu d'artifice à fusées divergentes.

Les branches diverses, principales et secondaires, repréo-entent les divers groupes de vie végétale et de vie animale, toutes émanées du tronc commun.

Pour la réalisation conscientielle, elle s'effectue de l'inconscience complète à la complète connaissance, par des séries de lignes brisées qui, parties de la base, convergent vers le sommet commun.

Ces lignes brisées représentent le va-et-vient perpétuel de la vie à la mort et de la mort à la vie de ce qu'il y a « d'essentiel » dans les éléments psychologiques individualisés dans le moi. La formule palingénésiqae fait comprendre le retour, par la mort, à la sève centrale et la répartition par la vie, de la monade individualisée à la place qui lui revient, d'après le degré de plus en plus élevé de sa réalisation conscientielle.

La série infinie des lignes brisées va ainsi, directt'ment et théoriirnoment, de l'inconscient primitif au cinwcieul.

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Comment se feront, après la forme humaine, qui représente aujourd'hui le sommet atteint sur l'échelle évolutive, les futures réalisations conscientielles ?

Seront-elles corrélatives à une complexité nouvelle de l'organisation physique actuelle ? Nécessiteront-elles des formes nouvelles et plus parfaites ?

Le (( surhomme » gardera-t-il l'apparence humaine actuelle ?

A une pareille question, il est impossible de répondre.

On trouve autant d'arguments pour que contre.

Le fait qu'on n'observe pas d'ébauche d'une organisation future ne signifie rien, si la théorie des mutations est vraie. Il peut y avoir, dans notre subconscient, dans le subconscient universel, préparation latente, élaboration obscure et lente d'une lornie nouvelle, qui se réalisera brusquement, quand les conditions seront lavorables.

Cette forme nouvelle serait conforme à toutes nos aspirations conscientes, reversées dans le subconscient.

Elle apparaîtrait avec un organisme moins grossier,, moins assujetti aux nécessités matérielles, plus libre vis-àvis du temps et de l'espace, reflétant enfin notre idéal d'intelligence, d'équilibre, de jeunesse, de force, de santé; de liberté, de beauté et d'amour.

Cette forme de vie et de conscience dominerait la matière au lieu de subir, comme aujourd'hui, son douloureux esclavage.

Mais une organisation plus subtile que l'organisation humaine est-elle compatible avec les nécessités du milieu ambiant terrestre ?

Se réalisera-t-elle seulement dans d'autres mondes ?

Est-elle déjà réalisée ailleurs ?

Autant de problèmes actuellement insolubles, et plus faits pour tenter les poètes que les philosophes.

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