LES THEORIES NATURALISTES CLASSIQUES DE L'EVOLUTION
Si l'évolution, considérée dans son ensemble, constitue aujourd'hui l'une des grandes hypothèses scientifiques les mieux établies, elle présente encore néanmoins, dans sa systématisation et dans sa philosophie, de sérieuses difficultés.
Le prinûipe même de l'évolutionnisme, basé sur les preuves capitales tirées des sciences naturelles, défie toute réfutation tentée de bonne foi.
Par contre il est, dans la doctrine transformiste, telle qu'elle a été enseignée jusqu'à présent, des points faibles, de graves lacunes sur lesquelles spéculent ses adversaires. Ne pouvant plus ou n'osant plus attaquer l'évolutionnisme de front, ils gardent ainsi l'espoir d'en venir à bout par des voies détournées.
Il ne serait donc pas seulement puéril, il serait dangereux, au point de A'ue philosophique, de nier ou de dissimuler ces points faibles ou ces lacunes. Il importe, au contraire, en les mettant en pleine lumière, de chercher leur raison d'être et leur explication.
Les objections faites à l'évolutionnisme ne sont pas, je le répète, des objections de principe. Elles ne visent pas
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le fait même de révolution. Elles sont néanmoins redoutables, parce qu'elles ébranlent les deux piliers sur lesquels on avait basé le transformisme, c'est-à-dire ses notions classiques de causalité et de modalité.
C'est tout le mécanisme de l'évolution qui se trouve être maintenant sujet à révision. Ce mécanisme, on le sait, relevait de deux grandes hypothèses : l'hypothèse darwinienne et l'hypothèse lamarckienne.
L'hypothèse darwinienne attribuait un rôle essentiel à la sélection nalurcHc, c'est-à-dire à la survivance des plus aptes dans la lutte pour la vie ; les plus aptes étant ceux qui se distinguent de leurs congénères par un avantage physique ou psychologique relativement aux nécessités vitales ambiantes, et cet avantage étant apparu par hasard.
L'hypothèse lamarckienne accordait un rôle capital à Viniluence du milieu, à l'usage ou au non usage des organes ; au besoin, créateur de nouvelles fonctions et de nouveaux organes.
Ces deux causes classiques, parfaitement conciliables ou môme complémentaires l'une de l'autre, impliquaient nécessairement la notion de modilicalions lentes, insensibles et innoinbrables, pour la formation progressive des diverses espèces, depuis la ou les formes primitives et élémentaires jusqu'à l'homme.
A ces deux hypothèses générales sont venues s'ajouter, de nos jours, d'innombrables théories secondaires, destinées soit à établir des lois particulières, telles que celles de l'hérédité ; soit à combattre les objections, sans cesse renaissantes et multipliées, que l'analyse rigoureuse des [ails apportait à la conception classique du Iransforniisme.
Parmi ces théories, les unes se rattachent au darwinisme, les autres au laniarekisme, les autres eclecliiiucment aux deux systèmes. Les unes ne comportent que des explications purement mécaniques ; les autres s'élèvenl
LES THÉORIES NATURALISTES CLASSIQUES DE L É\ OLLTIO , i
aux conceptions dynamiques ; quelques unes enfin empiètent sur le domaine métaphysique (1),
Sur toutes, on peut porter le même jugement d'ensemble ; elles font preuve d'une ingéniosité prodigieuse et d'une impuissance plus prodigieuse encore.
Je ne discuterai ni ces théories, ni leurs explications prétendues des difficultés du transformisme.
Les arguments innombrables, pour ou contre le transformisme, pour ou contre le naturalisme classique, qu'on a invoqués rà et là, ne sauraient comporter, tant qu'ils restent d'ordre secondaire, de conviction, ni de conclusion .
Fidèle à la méthode que j'ai exposée ci-dessus, /e négligerai ces avgumenls de détails et considérerai seules, immédiatement et directement, les diUicultés essentielles ei primordiales, c'est-à-dire les seule? difficultés réelles du transformisme. Peu importent le? imffrfeclions secondaires de lédificG naturaliste ; il s'agit de voir si le corps même de cet édifice, sa charpente et ses clés de voûte, sont solides ou débiles .
Le? difficultés capitales du transformisme classique sont au nombre de cinq.
En voici l'énumération : »
1° Les lacteurs classiques sont impuissants d fai^e comprendre Vorigine même des espèces.
2° Les lacteurs classiques sont impuissants à faire comprendre Vorigine des instincts.
'■>" Les fadeurs classiques sont incapables d'expliquer lefi transformation^^ brusques créatrices de nouvelles espèces.
A" Les facteurs classiques sont incapables d'expliquer
d) Consulter surtout Delage et Goldsmith : leo théories 'i" VEvohition (Flammarion, éditeur). — Deperret : Les transformations Ji! monde animal.
O DE L I.NCONSe ILM AL tONSClENT
(( la cristallisation » immédiate et dclinilive des caracleves essentiels des nouvelles espèces ou des nouveaux instincts ; le fait que ces caractères, dans leurs grandes lignes, sont acquis très rapidement et, une fois acquis, restent immuables.
5° Les facteurs classiques sont impuissants à résoudre la dillicullé générale d'ordre philosophique relative à révolution qui, du simple lait sortir le complexe et du moins lait sortir le plus.
Etudions successivement ces cinq difficultés essentielles.