IV. Traitement ; hygiène , médecine légale
Nous entrerons dans peu de considérations à propos des indications thérapeutiques que peut présenter la période d’incubation des maladies. Presque tout ce
qu’il y aurait à discuter serait beaucoup plus en rapport avec l’incubation de chaque maladie en particulier qu’avec l’incubation envisagée d’une manière générale.
Nous avons déjà fait suffisamment pressentir dans le chapitre précédent tout ce qui pouvait être dit de général pour ou contre le traitement abortif des maladies , pendant leur incubation ; la question ne pourrait actuellement présenter d’intérêt qu’envisagée à un point de vue spécial et par conséquent dans des maladies déterminées.
Les précautions hygiéniques à prendre après la vaccination trouveraient également beaucoup mieux leur place dans un traité de vaccine que dans une dissertation générale de la nature de celle-ci, et nous pensons devoir nous abstenir de toute digression qui nous entraînerait fatalement dans le domaine des maladies en particulier.
Parmi les considérations auxquelles nous nous sommes livré dans le cours de ce travail, il en est un grand nombre qui ont également dû faire pressentir toute l’importance que doit avoir l’étude de l’incubation des maladies, pour ce qu’on est convenu d’appeler la médecine politique ou la police médicale, et la médecine légale. En effet, les quarantaines, et les mesures sanitaires, soit qu’elles s’appliquent aux maladies contagieuses de l’homme, soit qu’elles aient pour objet les épizooties, ont pour base essentielle la question de l’incubation des maladies; cette incubation joue également un grand rôle dans quelques questions de médecine légale ; il importerait donc à quelques-uns des intérêts de l’humanité que la période d’incubation des maladies , et surtout des maladies contagieuses , fût déterminée aussi rigoureusement que peuvent l’être des phénomènes de ce genre.
Des efforts considérables ont été faits dans ces derniers temps pour éclairer la question au point de vue des quarantaines , des lazarets , des cordons sanitaires, et autres mesures ayant pour objet de défendre les pays sains contre l’invasion de fléaux destructeurs, susceptibles d’être apportés d’autres pays moins heureux.
Le rapport de la grande conférence internationale, souvent cité dans le cours de cette thèse, en est un puissant témoignage; mais quelle que soit l’opinion qu’on se fasse sur les résultats de ce beau travail , on sent bien par ses conclusions que beaucoup de questions, relatives à l’incubation, exigeraient pour être définitivement résolues un nombre de faits plus considérables, scrupuleusement observés.
Quoi qu’il en soit, lorsqu’il a fallu établir des règlements , poser des limites , élever des barrières , gêner le commerce et les voyageurs , on a bien été forcé de traduire , par des chiffres , la durée de la période d’incubation des maladies, la prudence exigeait qu’on cherchât à dépasser le but, dans la crainte de livrer à la peste, à la fièvre jaune, au choléra et au typhus, des populations tout entières; delà des exigences, peut-être inutiles, mais excusables, que de nouveaux travaux, de nouvelles observations rigoureuses pourront peutêtre adoucir un jour.
Pour atteindre ce but, il serait à désirer que tous les médecins placés de manière â étudier les maladies contagieuses s’efforçassent de déterminer aussi rigoureusement que possible, la durée de l’incubation des maladies soumises à leur observation.
Ce que nous disons à l’égard des maladies de l’homme s’applique, avec non moins de raison , aux maladies contagieuses des animaux. Ne serait-il pas d’une grande importance de savoir exactement, par
exemple, après combien de jours des bestiaux qui ont échappé à une affection contagieuse peuvent impunément être introduits dans un pays sain, ou mêlés à d’autres bestiaux?
Mais on comprendra sans peine que nous ne puissions ici qu’indiquer l’importance de ce sujet en ce qui concerne l’hygiène publique. Quant à la médecine légale, les médecins sont souvent appelés à résoudre des questions dans lesquelles la durée de l’incubation des maladies joue un rôle important ; par exemple, lorsqu’il s’agit de décider si une affection contagieuse a pu être communiquée à une époque plus ou moins reculée, ou bien, s’il faut attribuer son invasion à des contacts récents et quelquefois dissimulés.
Nous pourrions nous étendre longuement sur ces différentes considérations, et démontrer de plus en plus l’importance de cette question de pathologie générale, qui introduit le médecin dans le domaine de la législation, de la justice et des intérêts privés; mais nous croyons convenable de nous restreindre après avoir cependant prouvé que cette partie de la question n’a pas échappé à nos méditations.
Si nous avions la prétention de faire un traité complet de l’incubation des maladies, nous devrions, actuellement que nous nous sommes livré à toutes les considérations générales dont cette question nous a paru susceptible, étudier l’incubation de chaque maladie en particulier; un tel travail aurait sans doute une grande utilité , mais dépasserait beaucoup les limites d’une thèse ; ce serait tout un livre ! Cependant, afin de donner, par un aperçu général une idée de toute l’incertitude qui règne encore aujourd’hui sur la durée de l’incubation des maladies, nous allons terminer notre travail par un tableau résumant, le plus
succinctement possible, l’état actuel de nos connaissances sur le minimum et le maximum de la durée de l’incubation. /
NOMBRES DE JOu|ÉLDE LA DURËE
DE L’iNcfflATION
indiqués par différents auteurs.
Rage
Syphilis
Pustule maligne
Cowpox
Vaccine
Piqûre anatomique
Variole
Varioloïde
Varicelle
Rougeole
Scarlatine
Pourriture d’hôpital ....
Morve et farcin aigus. . . .
Charbon
Peste
Fièvre jaune
Fièvre typhoïde
Typhus
Coqueluche
Méningite cérébro-spinale.
Fièvre puerpérale
Choléra
Diphthérite
Blennorrhagie
Ophthalmie purulente.. . .
Fièvre paludéenne