‹ De l'incubation des maladiesChapitre 17 sur 18 · ÉPOQUE DE LA MORT · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE LA MORT

Premier cheval

96 heures.

12e jour.

Second

96 heures.

8e jour.

Troisième

50 heures.

9e jour.

Quatrième

24 heures.

7e jour.

Cinquième

10 heures.

9e jour.

Sixième

8 heures.

6e jour.

Septième

6 heures.

20e jour.

Huitième

5 heures.

21 e jour.

Neuvième

4 heures.

7e jour.

Dixième

4 heures.

1 8e jour.

Onzième

3 heures.

1 5e jour.

Douzième

2 heures.

1 4e jour.

Treizième

1 heure.

1 4e jour.

D’après ces recherches et ces expériences sur l’inoculation de la morve, on peut donc déjà conclure que la cautérisation de la plaie d'inoculation au bout d’une heure n’empêche pas la maladie générale de se développer.

Relativement au virus claveleux, l’expérience a été encore poussée plus loin : M. Renault a fait inoculet la clavelée à vingt-deux moutons; les cautérisations ont d’abord été faites onze heures après l’inoculation sur le premier mouton, et à une époque de plus en plus rapprochée sur les autres ; les derniers ont été cautérisés 30, 25, 20, 15, 13, 12, 10, 8 et 5 minutes après l’inoculation.

Or, dans aucun de ces cas, la cautérisation, même pratiquée à une époque aussi rapprochée de l’introduction du virus, n’a empêché la clavelée de se développer. D’où M. Renault conclut, qu’en ce qui regarde le virus claveleux, son absorption peut se faire en moins de cinq minutes.

Il faut convenir que, si tous les virus agissaient sur l’économie humaine avec la même instantanéité , l’idée d’un traitement abortif serait totalement illusoire.

Mais , ainsi que nous l’avons fait ressortir dans la partie de cette thèse consacrée à la durée de l’incubation , la spécificité du virus, tout en impliquant à l’incubation de chaque maladie une durée relative à la nature propre de chacune, établit aussi très-probablement des différences entre la rapidité de leur action ; et c’est en admettant cette proposition en principe que, malgré les recherches de M. Renault, on pourra continuer à penser qu’en cautérisant la morsure faite par un chien enragé, peu de temps après qu’elle aura été produite, il sera fréquemment possible de détruire faction du virus, et de sauver les blessés. Si la vérité

de cette proposition venait à être contredite plus tard par une rigoureuse observation des faits, elle aurait encore au moins cet avantage d’être considérablement consolante !

Relativement à la syphilis, nous pourrions former un volume avec tout ce qui a été écrit pour ou contre le traitement abortif de cette maladie; mais ce serait par trop nous éloigner de notre question , que d’entrer ici dans toutes les discussions qui ont eu lieu sur ce sujet.

Nous tenions seulement, en rappelant ces faits, à nous garder contre un reproche d’omission.

Une dernière question doit encore être posée dans ce chapitre : Pendant la période d’incubation des maladies contagieuses, celles-ci sont-elles susceptibles de se transmettre ?

La double question que nous avons déjà tant de fois rappelée dans le cours de ce travail doit encore rentrer dans la discussion.

S’il s’agit de maladies infectieuses contractées par l’absorption des miasmes morbifiques, s’il s’agit de maladies infectieuses et virulentes tout à la fois , comme la variole dont un des caractères est de nous présenter ce double mode de transmission, il nous paraît complètement démontré que pendant la période d’incubation de ces maladies, contractées par infection, la transmission n’a jamais eu lieu. Nous ne connaissons dans la science aucune observation authentique de transmission de ces maladies pendant leur période d’incubation, et bien au contraire, presque tous les médecins qui se sont livrés à une étude spéciale de quelques maladies contagieuses en particulier, s’accordent tous sur ce fait que, pendant la période d’incubation, les maladies ne sont pas transmissibles. Le docteur Panum, dans ses belles recherches sur la contagion de la rougeole, pendant (pie cette maladie sévissait aux

îles Feroë , est très-explicite sur ce point ; il n’a jamais vu de transmission de la rougeole pendant son incubation.

Le nombre des auteurs que nous pourrions citer ici à l’appui de cette opinion est extrêmement considérable, et cette conviction est même si généralement répandue dans l’esprit des médecins , que nous ne croyons pas devoir insister davantage sur cette question.

Mais les choses se passent-elles de même lorsque les maladies ont été transmises par l’inoculation d’un virus? Evidemment, non; et les individus qui portent le germe de la maladie sur un point déterminé de l’économie peuvent devenir la source de nombreuses inoculations, avant que l’invasion de la maladie générale se soit manifestée.

Ainsi, si l’on inocule la petite vérole à un individu, dès le troisième jour, consécutif à l’inoculation, et par conséquent cinq ou six jours au moins avant que la fièvre d’invasion de la maladie se manifeste , on pourra trouver dans les points déjà papuleux des piqûres une source de virus extrêmement actif.

Tous les vaccinateurs s’accordent à reconnaître au virus vaccin d’autant plus d’activité qu’il est recueilli à un moment plus rapproché de son développement ; il n’est donc pas nécessaire , pour que la maladie virulente soit transmissible, que l’individu qui fournit le virus soit parvenu à la période d’invasion de la maladie.

La syphilis, d’après la doctrine professée par M. Ricord, doit être regardée comme une affection toute locale tant que le chancre ne présente encore aucune trace d’induration ; or, à ce point de vue, n’est-il pas de la plus haute évidence que la maladie est transmissible avant d’être générale ?

Une question plus délicate serait de déterminer si, pendant le travail latent des manifestations locales primitives, la maladie est encore transmissible ?

Ainsi pendant la période d’incubation du chancre , d’ailleurs si repoussée par quelques médecins, la contagion pourrait-elle avoir lieu?

On a cité bien des cas de chancres et de blennorrhagies contractés avec des femmes chez lesquelles l’examen des organes génitaux ne permettait de découvrir aucune trace d’ulcères primitifs. Dans ces cas est-il plus présumable que l’affection ait été transmise pendant la période d’incubation, ou bien faut-il expliquer le fait par la conservation du virus au sein des parties sexuelles de la femme, dans lesquelles ce virus n’aurait pas rencontré les conditions d’activité suffisante pour l'infecter elle-même? On pourrait, dans certains cas de ce genre, invoquer aussi la rapidité de la cicatrisation de l’ulcère primitif, cicatrisation qui mettrait ainsi obstacle à sa découverte au moment où la femme serait examinée au spéculum.

Que de doutes et d’incertitudes régnent et régneront encore longtemps sur toutes ces questions de contagion et d’incubation !

Quoi qu’il en soit, nous pensons qu’il est très-probable que, pendant l’incubation des manifestations locales primititives, celles-ci ne sont pas plus contagieuses que ne le sont les maladies générales infectieuses pendant leur incubation.

Page 1