Dict. des sc. méd
pathologiques; ainsi Hildenbrand admet que pendant l’incubation du typhus les malades éprouvent parfois quelques symptômes qui augmentent progressivement d’intensité jusqu’à ce que la maladie soit complètement déclarée.
On rencontre quelquefois des fièvres typhoïdes pendant la première période desquelles les malades sont dans un certain état de malaise avant que la maladie se caractérise; mais dans tous ces cas, il s’agit évidemment de prodromes. Et cette distinction que font tous les médecins modernes, de l’incubation des maladies et de leurs prodromes, nous indique que ce sont deux états qui ne doivent pas être confondus.
Nous pensons donc que nous devrons exclusivement comprendre par incubation le temps qui se passe depuis l’application de la cause jusqu’à la manifestation du premier phénomène pathologique. C’est donc une période pendant laquelle la maladie est complètement latente, et qui ne se révèle à notre observation par aucun phénomène sensible. Cette période ainsi déterminée est différente de celle des prodromes dans laquelle la maladie se traduit déjà par des troubles fonctionnels divers.
Toutes les maladies exigent-elles, pour se manifester par un caractère sensible, un certain temps d’incubation ? En d’autres termes, X incubation est-elle une période que l’on rencontre dans toutes les maladies ?
Evidemment, d’après la définition que nous venons d’adopter, et qui est celle de presque tous les médecins modernes, l’incubation ne se rencontre pas dans toutes les affections qui résultent immédiatement de l’action des agents palhogéniques sur l’économie; ainsi nous devons exclure de notre dissertation tout ce premier groupe d’affections, résultat direct et immédiat de causes physico-chimiques, et qui comprend toutes les
lésions traumatiques, telles que les plaies, les brûlures, les fractures, les luxations, etc., etc.
il pourrait, à la rigueur, y avoir une période d’incubation dans toutes les maladies médicales proprement dites, dans toutes celles qui se manifestent par des troubles généraux et des déterminations locales, pour la production desquels l’esprit est obligé d’admettre un travail pathologique de l’organisme, préalablement modifié par les causes; il en serait ainsi, à ce point de vue, du plus grand nombre des maladies générales, que l’on qualifiait de totius sabstantiæ. — Au temps où la matière morbifique était admise en principe pour toutes les maladies , et où celles-ci n’étaient envisagées que comme un effort de la nature, destiné à expulser cette matière de l’économie, on conçoit comment , à côté des idées de crudité et de coction , aurait pu se placer celle d’incubation.
Cependant, hâtons-nous de le dire, le terme d’incubation ne s’est vulgarisé dans la science qu’avec les notions de la contagion, et la plupart des auteurs qui ont employé ce mot ne s’en sont servis qu’à l’occasion des maladies contagieuses ou infectieuses, résultant de l’introduction dans l’économie d’un principe morbifique, appelé poison morbide par Hunter, et par tout le monde aujourd’hui : virus, miasmes , effluves .
Il est incontestable que beaucoup d’affections , en dehors des maladies contagieuses et infectieuses, ne se développent pas immédiatement après l’application de la cause qui nous paraît la déterminer; ainsi la plupart des phlegmasies, pneumonie, pleurésie, érysipèle, etc., etc., ne présentent, en général, leurs premiers symptômes d’invasion qu’après un temps variable , écoulé depuis la circonstance qui paraît en avoir été la cause déterminante.
Les ténèbres dont l’étiologie des maladies est entou-
rée portent nécessairement leur ombre sur l'existence de l’incubation de beaucoup de maladies, et sur la durée possible de cette incubation. Comment en effet pour la plupart des phlegmasies, par exemple, déterminer s’il y a une véritable incubation , et combien de temps s’est écoulé entre l’application de la cause, et la manifestation de ses effets, lorsque cette cause elle-même nous échappe, ou nous masque l’instant de son activité?
Qui peut déterminer avec exactitude la cause réelle de la plupart des phlegmasies? Que de fois la cause qui paraît être déterminante n’est que présumable, et resterait entièrement sans effet sur l’organisme, si déjà un ordre de causes plus puissantes, les causes prédisposantes, n’avaient agi sur l’économie, et ne l’avaient préparée d’une manière occulte, à l’aptitude à contracter la maladie !
On ne peut nier que beaucoup de phlegmasies n’aient une espèce de période d’incubation; c’est-à-dire qu’il s’écoule un certain temps entre la cause et l’effet; ce n’est presque jamais au moment même où un individu en transpiration s’expose à l’action du froid, qu’il ressentira les premiers phénomènes de la pneumonie, de la pleurésie, du rhumatisme, ou de toute autre phlegmasie, susceptible de se développer sous l’influence de cette cause; il s’écoulera presque toujours un ou plusieurs jours avant que l’invasion de la maladie ait lieu et se manifeste par ce frisson , justement qualifié d 'initial.
Il y a donc, à proprement parler, pour beaucoup de maladies , une sorte de période latente , qui se rapproche beaucoup de celle que l’on constate, et qu’on admet pour les maladies contagieuses et infectieuses ; cependant, comme l’idée d’un principe morbifique n’existe plus aujourd’hui dans l’esprit des médecins , relativement à toutes les maladies, et qu’on ne la conserve plus que pour les affections dans lesquelles il est,
pour ainsi dire, démontré expérimentalement ou fatalement admis par le raisonnement , qu’un principe morbifique, appelé poison morbide , virus , miasmes , effluves, en est la cause spécifique, nous devons nous renfermer dans ce qui est admis par tout le monde, et nous défendre d’innovations mal placées dans une thèse de concours. — Nous ne devons pas non plus considérer comme incubation ces états diathésiques produits par l’hérédité, et qui persistent dix, quinze ou vingt ans avant l’apparition de la maladie transmise.— La question des diathèses sera traitée par un de nos compétiteurs, et ne rentre pas dans notre question.
Voici donc, en définitive, d’après l’acception généralement admise , du mot incubation des maladies , celles de ces maladies qui nous paraissent devoir entrer dans notre travail : ce sont toutes celles qui résultent de l’action sur l’économie d’un principe morbifique spécifique, tel que virus, miasmes, effluves, et dont les effets ne sont souvent sensibles qu’au bout d’un certain temps après leur application , c’est-à-dire qu’après une certaine période d’incubation , dont nous essayerons de déterminer la durée pour chacune des maladies en particulier.
Nous placerons en premier lieu dans notre travail les maladies virulentes dont le mode exclusif de propagation à l'espèce humaine est l’inoculation. Toutes ces maladies résultent du contact direct du virus sur les tissus.
IRage.
Syphilis.
Pustule maligne.
Cowpox.
Vaccin.
Piqûre a n a lo miq ue .
Pian ?
En second lieu , nous placerons les maladies qui ont la double propriété d’être transmissibles à l’homme ou aux animaux, soit par l’inoculation d’un virus, soit par absorption miasmatique.
/Variole.
Varioloïdc.
Varicelle.
Rougeole.
1 Scarlatine.
I Pourriture d’hôpital .
J Morve et farci n.
2° ^ Charbon.
1 Peste.
J Fièvre jaune.
«Clavelée.
F Piétin.
Rupia des dindons.
\ Maladies aphtheuses.
\Eaux aux jambes.
En troisième lieu se rencontrent les maladies dont le caractère contagieux n’est pas admis par tous les médecins, qui n’ont pas encore été inoculées , et dont la cause est essentiellement miasmatique.
! Fièvre typhoïde.
Typhus.
Coqueluche.
Méningite cérébro-spinale épidémique.
Fièvre puerpérale.
Choléra asiatique.
Dysenterie.
Suette miliaire.
Lèpre.
i Diphthérite.
\ Scorbut?
En quatrième lieu nous placerons les affections pu-
rulentes locales qui se transmettent à des tissus de même nature et qui n’ont pas trouve leur place dans les groupes précédents.
, (Blennorrhagie.
( Ophthalmie purulente.
En cinquième et dernier lieu nous trouvons les maladies causées par l’action des effluves sur l’économie , et qui ne sont nullement contagieuses.
p -j-,. , , (Intermittentes simples.
5° b îevres paludéennes ] „ . .
t Pernicieuses.
Si nous écartons des maladies qui doivent nous occuper au point de vue de l’incubation les affections contagieuses, telles que la gale , la teigne , le muguet , c’est que ces affections sont dues à la présence d’un être organisé1 qui subsiste et se développe aux dépens de l’organisme sur lequel il est implanté, et qu’il n’y a pas, d’après leur mode de contagion , de période d’incubation, à proprement parler.
Nous mettons encore de côté les empoisonnements qui sont déterminés par des agents chimiques connus dans leur nature, et dont la rapidité des manifestations est en rapport avec celle de leur absorption. Il n’y a pas ce qu’on appelle de période d’incubation dans ces sortes d’affections qui sont distinctes des maladies proprement dites , et forment la classe des empoisonnements.
Enfin nous écartons encore de notre sujet les affections qui .sont produites par le venin des animaux. « On désigne ainsi, disent MM. Hardy et Béhier2, ces
Hardy et Béhier, Eléments de pathologie interne , 1846. 2. Loc. citK
sortes de poisons animaux, qui ont pour caractère particulier, d’être un produit de secrétion propre à certains animaux vivants, pour lesquels ils sont une production physiologique , un moyen de défense ou d’attaque, et non plus une production morbide, ce qui les distingue des virus; leur effet est, en général, trèsprompt , et se borne toujours à l’individu qui est frappé, lequel ne peut le transmettre à son tour; ce qui est facile à concevoir, puisque l’introduction du venin dans l’économie ne saurait y faire naître les organes particuliers chargés de l’élaborer et de le conserver. » Nous mettons donc encore de côté tous ces accidents causés par le venin des guêpes, des vipères, etc.