I. État actuel de nos connaissances sur l’incubation
Que se passe-t-il dans l’économie depuis le moment où le principe morbifique y a été introduit, jusqu’à l’invasion de la maladie à laquelle il doit donner lieu?
Celte période est-elle complètement latente, ou bien déjà quelques troubles fonctionnels peuvent-ils dénoter l’effet du virus ?
Il y a ici une distinction capitale à établir entre les différents modes d’introduction dans l’économie du principe morbifique. Celui-ci peut pénétrer dans l’organisme par une voie occulte, et c’est ainsi que les choses se passent relativement à l’infection proprement dite. Que les miasmes soient absorbés par la muqueuse de l’appareil respiratoire, opinion généralement admise; qu’ils le soient par la peau, ou par tout autre tissu, il n’en est pas moins vrai qu’ils agissent sur l’économie dans cette circonstance sans nous révéler le lieu de leur absorption primitive; et c’est, nous le répétons, ce mode occulte de pénétration que l’on a en vue , quand , en parlant de maladies contagieuses , on dit qu’elles sont contagieuses par infection.
En second lieu, le principe morbifique ou virus peut être directement appliqué sur un point déterminé du corps : c’est la contagion proprement dite, ou l’inoculation .
Or, les choses se passent-elles de la même manière dans l’un et l’autre cas? c’est ce qu’il nous importe de décider.
Dans le premier cas, aucun phénomène ne traduit l’imminence de la maladie, et du moment de l’infection jusqu’à celui de l’apparition des premiers phénomènes d’invasion , il s’écoule un temps , variable d’ailleurs , pendant lequel la maladie reste complètement latente ; c’est donc avec raison que les auteurs , envisageant l’incubation de la maladie sous ce rapport, s’accordent à dire qu elle ne se manifeste par aucun symptôme sensible.
Mais dans le second cas, celui dans lequel un virus est porté directement sous l’épiderme avec la pointe d’une lancette , est-il encore exact de dire qu’il ne se passe aucun phénomène sensible jusqu’à l’invasion de la maladie ?
Interrogeons les faits cliniques et laissons-les ré-
Lorsqu’on inocule du virus variolique, par exemple, à un individu, on peut observer, dès la fin du deuxième jour, et quelquefois plus tôt, un commencement de travail inflammatoire au point d’inoculation.
Il est incontestable qu’à partir de ce moment, le virus agit localement , et manifeste sa présence et son activité par des phénomènes parfaitement appréciables : la rougeur, le très-léger gonflement du point d’inoculation ne peuvent laisser de doute à cet égard ; et de ce moment jusqu’à l’entier développement de la pustule, il se fait un travail local incessant et toujours progressif. Les faits prouvent que les choses se passent identiquement de la meme manière relativement à l’inoculation du virus vaccin, syphilitique, etc., etc.
Or, pendant toute la durée de ce travail local exécuté par l’organisme au lieu précis de l’inoculation variolique, il ne se passe aucun phénomène morbide relatif à l’invasion de la maladie générale, de la variole proprement dite. Ce ne sera que du septième au hui-
tième jour qu’apparaîtront les premiers symptômes d’invasion : frisson, fièvre, etc. Que faut-il donc entendre par incubation dans ces cas d’inoculation directe du virus? Peut-on dire encore que la maladie est latente, lorsqu’un œil, tant soit peu exercé, découvre au siège de l’inoculation les signes manifestes de l’activité du virus?
Il y a là une double question, sur laquelle Marsh1 a écrit les lignes suivantes : « On pourrait admettre dans la variole inoculée deux périodes d’incubation, l’une locale, l’autre générale. En effet, il faut un certain temps pour que le pus varioleux détermine, au point où on l’a inoculé, une affection locale en tout semblable à celle qui a produit la matière virulente, et pendant cet intervalle, il ne se passe rien dans les parties contaminées que des modifications invisibles ; c’est là une première période latente ; puis, il s’écoule un certain temps, au bout duquel se manifestent des frissons, indiquant que l’affection, jusque-là locale, s’est généralisée à tout le corps, à la surface duquel elle va se répéter. C’est là une deuxième période latente. » Relativement à la maladie générale, nous répondrons donc par l’affirmative : oui, sans doute; si on a en vue la variole susceptible de se développer sous l’influence du virus, elle reste encore latente, et ne se traduit par des symptômes sensibles que lors de son invasion, vers le septième ou huitième jour consécutif à l’inoculation. Mais si l’on a seulement en vue l’action locale du virus , il est bien évident que son activité se révèle avant l’apparition de la maladie générale dont il est la cause spécifique.
D’après la doctrine de M. Ricord, la syphilis serait de nature à nous donner un bel exemple de cette
Marsh, In Dabi, hospit. reports , p. 488.